‹ uvres complètes de TabarinChapitre 20 sur 123 · I. Var.: tapecul · texte numérisé non relu

I. Var.: tapecul

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mesme en est des vieillards; car quand ils ont assez travaillé et qu'ils sont saouls de la besongne. ils font incliner leur pauvre frère après tant de travaux , la teste sur le sac naturel.

Le Maistre. Ce n'est pas là où gist nostre question.

Tabarin. Je ne dis aussi cela qu'en passant. Pour revenir à nostre chemin , la raison pourquoy les vieillards pettent et vessent quand ils sont couchez auprès de leurs nouvelles mariées, est qu'ils ont tant travaillé en leur jeunesse qu'ils sonnent la retraitte en leur vieillesse, et ne veulent plus aller à la charge.

Qjjestion XIV.

Qui sont les meilleurs logiciens.

Tabarin.

Ostre maistre , je suis philosophe depuis cest hyver, mais la philosophie ne me plaist guères

Le Maistre. Pourquoy, Tabarin?

C'est une science qui doit allécher un esprit curieux comme toy à l'acquérir et s'en rendre possesseur.

Tabarin. Diable, vous dites vray ; mais il n'y a point grand acquest à l'acquérir. Je commence desjà à faire des arguments in frissesomorum , et avec cela je suis mal vestu, le vent me souffle au

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derrière : si vous y voulez mettre votre nez, pour me servir de châssis.

Le Maistre. Allez, gros porc; sortez d'icy, allez-vous en au logis.

Tabarin. Mais, à propos de logis, qui sont ceux qui se peuvent dire à bon droict les meilleurs logiciens ?

Le Maistre. Les meilleurs logiciens sont ceux qui sçavent bien définir, diviser et argumenter; qui ont une notion parfaicte et intelligence scientifique des opérations de l'ame et de l'objet de la logique ; qui cognoissent les natures universelles, et de là trouvent les vrayes définitions des secondes substances, et les constituent en leurs vrayes espèces.

Tabarin. Quoy! pour estre bon logicien, on doit sçavoir toutes ces brouilleries ? Vostre père toutesfois fut un des premiers logiciens de son temps, et jamais pourtant ne sceut-il faire un syllogisme in celantes. Sa boutique estoit ouverte à tout le monde, aussi bien que celle de la nouvelle encre qui est sur le Pont-neuf.

Le Maistre Qui prends-tu donc, Tabarin, pour estre les meilleurs logiciens ?

Tabarin. Les meilleurs logiciens du monde sont les macquereaux de la Samaritaine, parce qu'ils ont une entière et parfaite cognoissance des bons logis de Paris.

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Question XV.

Qui est le premier inventeur des notes de musique.

On maistre, peut-estre que vous ne sçavez pas qui a esté le premier inventeur de la musique.

Le Maistre. L'invention de la musique est bien une des plus belles particularitez qui soit en l'univers : aussi tient-elle son rang parmi les arts libéraux, comme une chose rare et excellente. Les accords dont elle est composée est l'harmonie, dont elle monstre assez que son extraction est plus que céleste. Les anciens en attribuent l'invention à un Amphion et Orphée , qui ont esté les plus grands musiciens de leurs siècles; aussi ont-ils peu, par les doux tons de leurs accords , l'un fleschir les furies infernalles et les cœurs des Eumenides enragez, l'autre adoucir les flots de la mer et calmer sous ses douces chansons le courroux de Neptune. Si l'antiquité leur a déféré cet honneur et ceste invention, pourquoy, d'un mesme vol, n'embrasseray-je la mesme opinion ?

Tabarin. Vous vous estes grandement trompé en vostre élection , car l'invention des notes vient d'Italie. Vous devez sçavoir qu'une certaine damoiselle italienne avoit un jour les souliers

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décousus , et qu'en voulant remédier à cet inconvénient, elle se porta chez un savetier et luy dit : fa, mi, la, re, sol, la, refaites-moy mes souliers. Le savetier, qui vouloit respondre à sa demande, luy dit : yo , vous, la, re , sol, la, re; c'est-à-dire, je vous les referay. Voylà desjà une partie de la besongne faite, et la moitié des notes trouvées. Pour les achever, c'estoit en plein hyver, il commanda à son garçon de monter au haut de son grenier, et il crioit d'en bas : fa, sol, la ? car il n'avoit point de feu , il luy demandoit s'il faisoit soleil. Le garçon luy respondit la, sol, fa. Et voylà toutes les notes de la musique rencontrées.

Question XVI.

Pour raser la barbe et mouiller en un mesme temps.

Tabarin.

mm

■ r.On maistre, quelle invention trouverez- |vous pour raser la barbe et mouiller à tout en un mesme temps ? C'est une ^£&feà chose que les barbiers devroient pratiquer; l'invention en est rare.

Le Maistre. Ceste invention-là regarde les barbiers. Tu leur devrois enseigner, Tabarin. Pour moy, bien que ce ne soit mon mestier, toutesfois serois-je bien aise d'en apprendre

quelque chose. Je n'y sçay pas autre finesse que de prendre le rasoir d'une main et de l'autre avoir une esponge et mouiller le costé que l'on veut raser.

Tabarin. Vostre subtilité n'est pas beaucoup grande : ainsi ce ne seroit mouiller et raser en mesme temps, ains à diverses fois. Je vous veux apprendre un secret. Vous sçavez que quand les servantes vont tirer du vin , et principalement quand le tonneau a la gravelle et qu'il ne sçait pisser, cependant que le pot sera à attendre les faveurs de robinet, elle se mettra en ung coin de la cave et vous fera un gros estron. Qu'arriveil? Il arrive que par négligence cet estron vevant à vieillir, la barbe luy commencera à croistre de demy-pied de long. Si maintenant vous voulez user de mon secret et sçavoir mouiller et raser en un mesme temps , il ne vous faut que lescher ceste vénérable pièce : en mesme temps vous le mouillez et luy rasez la barbe.

Qjjestion XVII.

Pour faire passer une troupe d'oysons sur un pont sans le gaster.

Tabarin.

Uisque vous vous vantez d'avoir tant d'expérience, auriez-vous bien l'esprit de faire passer un escadron d'oisons sur un pont sans que le pont fust souillé ny gasté de leurs defluxions merdiques?car

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vous sçavez que c'est un animal qui a tousjours la porte de derrière ouverte.

Le Maistre. Tu me fais tousjours l des questions si insolentes, que je me désiste doresnavant d'y plus respondre.

Tabarin. Si est-ce pourtant que mes questions ne manquent point de sentiment ; et ce qui est d'advantage, il y a tousjours de la substance et de quoy boire et manger ; cependant je vous prie de me dire ce que vous en sentez.

Le Maistre. Il est très-facile de les faire passer sur un pont sans le gaster : il n'y faut qu'estendre une toille et les faire passer par dessus.

Tabarin. Oui, mais vous ne les feriez pas passer sur un pont, ains sur la toille.

Le Maistre. Il faudroit donc les porter l'un après l'autre ?

Tabarin. Et tendre vostre chappeau au trou de derrière. Non, non, si vous n'y sçavez autre finesse, vous pouvez bien retourner à Pecolle Sainct-Germain voir combien vallent les cotterets. Sçavez-vous , quand vous vous rencontrerez en telle besogne, ce que vous ferez?

Le Maistre. Que faut-il faire, Tabarin ?

Tabarin. Il faut faire passer le premier devant et mettre le bec du second au cul du premier, et le bec du troisiesme au cul du second, et ainsi consequutivement les attacher l'un au cul de l'autre, jusques au dernier.

Le Maistre. Et le dernier, qui l'empeschera de faire ses ordures ?

Tabarin. Vous y mettrez votre nez et bou-

i . Var. : ordinairement.

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cherez safenestre de derrière, et ainsi vous passerez sur le pont sans aucunement le gaster.

Question XVIII.

Quel est le premier créé, de l'homme ou de la barbe.

Tabarin.

On maistre, vous estes philosophe ?

Le Maistre. Non pas si excellent qu'un Aristote, ou un Platon ; mais si ceux qui ont faict leur cours et employé une partie de leur diligence à ceste estude se peuvent appeller philosophes, je ne craindray de me mettre au rang des autres, bien que je n'en aye acquis une entière cognoissance.

Tabarin. Resoudez-moy une question, je vous prie ; c'est toute philosophie que je vous demande : Quel est le premier créé, de l'homme ou de la barbe ?

Le Maistre. Pour te faire comprendre cecy, Tabarin, il te faut sçavoir qu'entre les philosophes il y a deux sortes de prioritez : l'une s'appelle priorité ou primauté de nature, l'autre priorité du temps. Or, il est très-certain que l'homme est premier que la barbe, selon sa priorité de nature , car prius est hominem esse hominem cjuam esse talem, bien que pour la priorité du temps cela soit à disputer.

Tabarin. Et moy je soustiens que, selon la

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priorité de nature et selon la priorité du temps, la barbe est première que l'homme. N'est-il pas vray que Dieu créa le ciel, la terre, les animaux et les plantes devant que bastir et composer la structure de l'homme? Or est-il que le bouc a de la barbe et fut créé devant l'homme, estant animal irraisonnable. Ergo la barbe est première que l'homme. 0 le brave philosophe! Allez, mon amy, on vous a desrobé vostre argent, de vous avoir apris de la sorte.

Question XIX.

En quelle partie du corps la peau est la plus dure.

Tabarin.

L y a longtemps que je suis en doute d'une chose.

Le Maistre. De quoy, Tabarin?

Si cela est dedans la sphère d'activité de ma cognoissance, je serois bien aise de t'en esclaircir. La science que nous avons acquise doit paroistre à l'extérieur, autrement elle ne seroit plus science.

Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciât alter. Tabarin. Je desirerois sçavoir en quelle partie du corps la peau est la plus dure.

Le Maistre. La partie la plus dure du corps est celle où se retrouvent les callositez qui se font pour le mouvement continuel dont telles parties sont agitées , comme , par exemple, au dedans des mains, qui, par la continuation du

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travail, se rendent calleuses et s'endurcissent ; ou bien, si tu veux, la plante des pieds est la partie la plus dure, pour ce que la peau y est espaisse, à cause du mouvement perpétuel , et cecy se remarque principalement aux villageois, à cause du travail qu'ils exercent journellement et la compression qu'ils font tant aux mains qu'aux autres parties du corps.

Tabarin. Ne bougez de là, vous n'y estes pas. La peau la plus dure du corps de l'homme est celle qui est au devant de la teste, en la suture cornale, je veux dire corronalle.

Le Maistre. Pourquoy, Tabarin?

Tabarin. Parce que vous verrez des hommes qui, durant l'espace de vingt ans, auront porté des cornes en la teste , et toutesfois la peau est si dure, que, bien qu'elles soient de leur nature assez pointues, elles ne la peuvent percer et se monstrer au jour. C'est une chose visible, et toutesfois on a bien du mal à les voir.

Qjjestion XX '.

Pour quelle raison les femmes portent ordinairement des croix pendues en leur col.

Tabarin.

Our quelle raison est-ce que les femmes portent ordinairement des croix pendues en leur col?

Le Maistre. Ceste coustume est

i . Elle ne se retrouve pas dans les Recueils en deux parties.

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pratiquée de long-temps, Tabarin, comme une chose pieuse. Tu sçais que les femmes sont de soy très-devotes , et qu'elles ayment à porter avec soy les marques de la dévotion ; jouxte aussi qu'il y en a qui ne le font que par ostentation et pour se braver etfaire d'avantage paroistre le lustre de leur beauté.

Tabarin. Vous n'avez pas pénétré au fond de la besongne. N'avez-vous jamais veu aux grands chemins des croix qui monstrent aux passans la route qu'ils doivent tenir ?

Le Maistre. J'ay remarqué cela en plusieurs endroits, et le plus souvent, Tabarin , telles croix ne servent que d'addresses aux passagers et voyageurs.

Tabarin. Vous en devez estimer le mesme de ces croix que portent les femmes : ce n'est que pour enseigner le grand chemin par où il faut passer pour descendre en la vallée paphienne.

Qjjestion XXI.

En quel temps les femmes pissent plus nettement.

On maistre , en quel temps est-ce que les femmes pissent plus nettement ?

Le Maistre. Est-il possible que tu m'importuneras tousjours de demandes

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si impertinentes? Ne sçaurois-tu t'esvertuer à rechercher quelque chose de plus haut?

Tabarin. J'ayme mieux rechercher les choses basses que les choses hautes. Je vis l'autre jour un certain en la grève, qui montoit sur une eschelle, comme les escrevisses, à reculons : sans doute qu'il vouloit rechercher quelque chose de haut ; mais, le pauvre homme, il y demeura pour les gages. Peut-estre qu'il n'avoit de quoy payer.

Le Maistre. J'entends que tu dois exercer tes imaginations à des choses plus relevées.

Tabarin. Mais cependant rendez-moy responce de ce que je vous demande.

Le Maistre. Je ne te puis dire autre chose, sinon que quand elles sont malades et qu'elles veulent monstrer leur urine au médecin, je croy qu'alors elles taschent à pisser plus nettement que l'ordinaire.

Tabarin. Il vaut mieux que je vous l'apprenne, car c'est une curiosité que vous ne devriez ignorer. C'est en esté, quand il fait de la poudre, que les femmes pissent le plus nettement : et pour mieux entendre cecy, vous sçavez que quand les femmes veullent pisser, elles se retroussent et s'accroupissent, et, la pièce ne pouvant distiller si on ne luy donne vent par derrière , elles vous font une vesse qui par son souffle nettoyé toute la place : c'est alors qu'elles pissent plus nettement1. Nostre maistre, si vous ne me voulez croire , prenez des lunettes de Holande et regardez.

i . Ce qui suit est ajouté dans les Recueils en deuxparties.

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question xxii.

Quelle différence y a-il d'une femme à un flacon ?

Tabarin.

Uelle différence trouvez -vous entre ,une femme et un flacon? Vous n'ignorez pas qu'un flacon , c'est un vaisseau où on a de coustume de mettre le vin.

Le Maistre. Différence, Tabarin, autant que du jour à la nuit.

Tabarin. Je scay bien, à la vérité, qu'une femme n'est pas un flacon, et qu'elle en diffère de genre et d'espèce. Toutesfois il y en a beaucoup qui ayment à boucher leur bouteille. Dittes-moy donc, s'il vous plaist, en quoy vous fondez la vraye différence.

Le Maistre. Quand les philosophes veulent faire la distinction d'une chose à une autre, ils apportent la différence essentielle, qui, conjointe avec le genre , constitue une espèce toute distinguée des autres : ainsi je diray que le flacon diffère de la femme par sa nature propre.

Tabarin. C'est la vérité, vous ne renconstrates jamais mieux; elle n'est différente qu'en sa nature.

Le Maistre. L'essence d'un flacon ou d'une bouteille est toute autre que l'essence d'une femme.

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Tabarin. L'essence d'une bouteille est quand elle est pleine de vin '.

Le Maistre. Je trouve donc que la vraye différence et distinction d'une femme et d'une bouteille ou flacon est que l'essence et l'existence de l'une ne communique aucunement avec l'essence de l'autre.

Tabarin. Et moy, je trouve, dans mes rubriques des jours ouvriers, que les femmes et les flacons sont une mesme chose, et qu'ils ne différent qu'en un seul point ; ne sçavez-vous pas qu'on appelle les servantes flacons, et qu'elles ne font que causer et flaconner envers leurs maistresses ?

Le Maistre. Et en quoi diffèrent-ils ?

Tabarin. En ce qu'un flacon se ferme à vispar dehors, et une femme se ferme à vis par dedans : voilà la différence.

Question XXIII.

Quelle différence il y a d'une eschelle à une femme.

Tabarin.

Ependant que nous sommes sur les femmes, faisons nostre discours à loisir. Dittes-moy, quelle distinction mettez - vous entre une femme et une eschelle ?

j . Ce passage est tronqué dans presque toutes les éditions.

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Le Maistre. Nous voicy en la mesme peine qu'au flacon. Pour en parler philosophiquement , je te diray qu'il y a quatre genres suprêmes en la nature, dont les espèces sont distinguées de leur propre intresec , à parie rei, comme disent les philosophes : la substance, le corps, le vivant et l'animal. De sorte que tout ce qui est animal est vivant, tout ce qui est vivant est corps, et tout corps est substance. Non e converso ; car il n'est pas vray de dire , en descendant, que toute substance soit corps, car les anges sont incorporels ; ny que tout corps soit vivant , car les pierres n'ont aucune vie ; ny que tout vivant soit animal , car, bien que les arbres ayent la vie végétante , ils n'ont pourtant la sensibilité qui les distingue des derniers.

Or tous ces quatre genres suprêmes ont chacun leurs espèces distinguées les unes des autres, en tant qu'elles sont immédiatement constituées sous genres divers. Toute substance est spirituelle ou corporelle. La substance corporelle est ou vivante ou sans vie : vivante, comme les arbres, qui ont l'ame végétative ; sans vie, comme les pierres, minéraux, etc. Le corps qui a vie est sensible ou insensible : sensible, comme les animaux; insensible, comme les plantes. De sorte que, si je veux trouver la vraye distinction d'une femme et d'une eschelle, je regarde s'ils sont soubs un mesme genre immédiat : je trouve que la femme est une substance corporelle vivante , sensible et animée ; de l'autre partie, je voy que l'eschelle est seulement une substance corporelle, ny vivante ny sensible. Je conclus donc qu'elles diffèrent en l'espèce, et que par conséquent

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elles sont distinguées l'une de l'autre, réellement et de fait.

Tabarin. 0 tous les diables! voylà Pescolle effondrée, la philosophie s'enfuit par les fenestres . allez-vous tourner si loin pour venir tomber si près ? Ne sçavez-vous pas que la femme est une substance et l'eschelle une substance ?

Le Maistre. Il est vray de ce que tu dis.

Tabarin. Ergo est animal.

Le Maistre. 0 la bonne conséquence!

Tabarin. Laissez faire, avec le temps je deviendray philosophe ; je ne feray pas tant d'arguments que vous, et prouveray mieux mon dire. La femme n'est différente d'une eschelle qu'en une seule chose.

Le Maistre. En quoy, Tabarin ?

Tabarin. En ce que, quand on veut monter sur une eschelle, on la dresse, et quand on veut faire le mesme en une femme, on la couche. Diable! il n'y faut point d'estrier; ce sont de bons chevaux de poste , ils ont bientost mené un homme de Paris à Naples.

Question XXIV.

Quelles sont les différences de l'amour.

Tabarin.

Uisque nous sommes sur les différences, n'en sortons que bien à propos.

Quelle différence trouvez-vous entre l'amour mangeatif et l'amour carnatif ?

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Le Maistre. Il y a autant de différence que de la terre au ciel, Tabarin. Ignores-tu que les poètes nous feignent que l'amour est de la race des Dieux, et que, par conséquent, sa demeure ordinaire est le ciel? Au contraire, l'amour mangeatif se recouvre parmy les animaux, qui ne sont que terrestres. L'amour est une chose divine et une des premières passions qui ont empire sur nostre ame, et la mangeaille est une chose corporelle et matérielle qui ne regarde que le corps.

Tabarin. Il y a donc une grande distance entre l'amour carnatif et l'amour mangeatif, puis qu'il y a autant d'espace qu'entre la terre et le ciel. Et moy je suis de contraire advis; je trouve qu'il n'y a pas de différence de quatre doigts. Par où entre l'amour carnatif?

Le Maistre. Il entre par les yeux, c'est l'organe de l'amour, par où il fait voir ses passions, ses géhennes et ses tourmens.

Tabarin. Les aveugles ne sont donc guères amoureux, à vostre conte. Et l'amour mangeatif, par où entre-il?

Le Maistre. Par la bouche.

Tabarin. 0 la grande distance! Mesurez s'il y a plus de quatre doigts entre les yeux et la bouche! Ce n'est pas tout; l'amour mangeatif sort par la porte de derrière, et l'amour carnatif par la porte de devant. Voilà pas un grand espace? Allez à l'escole, nostre maistre, et apprenez que c'est d'une différence.

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Question XXV.

Qui sont ceux qui sont les plus courtois.

Tabarin.

Uelles gens trouvez-vous les plus courtois du monde ?

j| Le Maistre. J'ay esté en Italie, " j'ay veu les Espagnes et traversé une grande partie des Allemagnes , mais je n;ay jamais remarqué tant de courtoisie qu'en France : vous voyez les François qui entre toutes les nations s'embrassent, se caressent, se bien-veillent, s'ostent le chappeau. Enfin je n'ay, entre toutes les contrées où je me suis trouvé , veu n'y remarqué gens si courtois qu'en France.

Tabarin. Appellez-vous un traict de courtoisie que d'ester le chappeau? Je ne voudrois pas beaucoup voir de telles caresses, r?.oy.

Le Maistre. La coustume d'oster les chappeaux, enseigne de bienveillance, est ancienne, Tabarin, pour tesmoigner l'honneur, le respect et l'amitié qu'on doit à ceux qu'on salue. Les Romains furent les premiers qui inventèrent ceste coustume : car, lorsque le sacrificateur immoloit les victimes aux Dieux , il avoit la teste couverte pour montrer plus de majesté, et tout le reste des assistans estoit au dessous de l'autel teste nue, pour tesmoigner la révérence.

Tabarin. De façon que toute l'essence de

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courtoisie , vous la jugez consister à oster le chappeau. Voulez-vous sçavoir qui sont les gens les plus courtois du monde ?

Le Maistre. Qui, Tabarin?

Tabarin. Ce sont les tireurs de laine de Paris, car ils ne sont pas contens de vous oster le chappeau , mais le plus souvent ils ostent le manteau quand et quand.

Question XXVI.

Si le serviteur est aussi grand seigneur que le maistre.

On maistre, contons un peu nous deux, je vous prie : il y a longtemps que nous n'avons pas regardé nos parties ; il est désormais temps que je sois le maistre , j'ay trop esté serviteur.

Le Maistre. Allez, gros coquin, gros pendart ! Vous voulez estre le maistre , marmiton que vous estes! Voulez-vous donc me commander? Et moy, que seray-je ? Vostre serviteur ? Ah ! vrayement il feroit beau vous voir!

Tabarin. Ouy vrament, il feroit beau me voir. Ne suis-je pas autant que vous et aussi grand maistre que vous ?

Le Maistre. Qu'est-ce d'un homme quand il se persuade quelque chose et qu'il s'imprime

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dans l'intellect quelque insolence ? Viens çà , gros maraut : qui t'entretient? qui te nourrit? qui te fournit toutes tes nécessitez ?

Tabarin. A la vérité, vous vous deviez bien vanter de me nourrir ! Vous estes un beau maistre. Quand je vins vous servir, vous fistes un pact avec moy et me promistes de m'habiller, me vestir et me nourrir ; au diable si vous en avez observé la centiesme partie ! Toutes les fois que je me suis levé , j'ay esté contrainct de m'habiller moy-mesme. Quand il m'a fallu disner, m'avez -vous donné à manger? J'ay esté contrainct moy-mesme de prendre la peine de porter la main aux plats, et de la charier en ma bouche: encore, pour en trop prendre, j'ay souvantesfois versé. J'en ay trop enduré de vous; mais doresnavant je vous apprendray que c'est que d'estre maistre.

Le Maistre. As-tu la cervelle si troublée et le jugement si louche et hors des allignemens, que tu ne cognoisse pas que je suis ton maistre ?

Tabarin. Non dea; je vous maintiens que je suis aussi grand maistre que vous. Dites-moy, s'il vous plaist, en quoy reconnaissez-vous le maistre d'entre le serviteur?

Le Maistre. Il est aisé de le cognoistre, soit à son lever ou à son coucher, mesme parmy les rues : le maistre marche tousjours devant.

Tabarin. Ah ! je vous tiens au piège, venezçà. Vous dites que le maistre se recognoist à ce qu'il marche toujours devant; dites-moy, je vous supplie, toutes les fois que vous allez souper en ville et que vous revenez le soir au flambeau, qui est-ce qui marche le premier de nous deux?

yo Recueil des questions

Le Maistre. C'est toy, Tabarin , car, portant le flambeau, tu dois m'esclairer.

Tabarin. Je suis donc le maistre , car je marche devant. 0 le brave laquais qui me suit alors !

Question XXVIï.

Qui sont les plus obstinez du monde.

Tabarin.

Ostre maistre , diriez -vous bien qui sont ceux qui sont les plus obstinez du monde ?

Le Maistre. Les gens les plus obstinez du monde sont les ignorans, Tabarin, comme toy ; hommes qui se persuadent ce qui leur vient en la teste; gens estourdis et sans considération quelconque, qui, depuis qu'ils ont imbu une opinion, il est impossible, ny par raisons naturelles, ny par artifice, de leur faire quitter, ny de les sortir du labyrinthe où ils sont plongez; et tant plus on les prie à quitter leur erreur, plus ils s'obstinent contre ceux qui taschent à les ramener au sentier de la vérité.

Tabarin. Vous n'y estes pas arrivé ce coup là, nostre maistre; il vous falloit fueilleter d'avantage les fables d'Esope , vous y eussiez trouvé que les plus obstinez du monde sont les bossus et les boiteux : car, en despit de ceux qui

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les regardent, ils iront tousjours de tortu jusques à la mort, et n'y a aucun moyen de les faire redresser jusques à la sépulture, tant ils sont entiers en leur obstination.

Question XXVIII.

Quel est le meilleur peintre du monde.

Tabarin.

Uel est le meilleur peintre de tout l'univers ?

Le Maistre. Le meilleur peintre qui se puisse rencontrer est celuy qui

f)ar son industrie peut tromper nos jugemens et es faire balancer à l'estimation de ce que les yeux regardent : aussi , Appelles estoit au rang des premiers peintres du monde, parce qu'il sçavoit si bien par son art tromper la vue des assistans, que leurs sens estoient quasi contraincts, à l'intérieur, d'avouer pour véritable ce que leurs yeux approuvaient à l'extérieur, bien que l'imagination taschast de leur desrober leurs jugemens. Et n'estoient pas seuls qui y furent trompez : les peintres mesmes se sont laissé prendre à la peinture et ont creu la realité de ce qui n'estoit que feintise. Aussi Alexandre le Grand deffendit que personne ne fust si hardi de le peindre, que cest Appelles.

Tabarin. Appelles ny Zeuxis ne peuvent

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aller de front avec celuy dont j'entends parler, soit pour broyer les peintures , soit pour les appliquer.

Le Maistre. Qui est donc ce peintre si expert, Tabarin, qui a une telle addresse que tu vantes ?

Tabarin. N'est-ce pas une grande subtilité à un peintre de broyer les couleurs et les appliquer en un mesme temps?

Le Maistre. A la vérité , c'est une perfection qui se retrouve en peu de gens.

Tabarin. Il n'y a donc au monde meilleur peintre que le cul, parce qu'en même instant il broyé les couleurs dans le marbre de ses deux fesses et les applique sur la chemise; et encore, ce qui plus est, il ne peint que des choses confuses et qui apportent mauvais air, sçavoir les cornettes : il est bien plus expert à peindre ces choses que d'autres. Jouxte aussi qu'il ne crayonne jamais ses patrons.

Question XXIX.

En quoy consiste la noblesse.

Tabarin.

Uand je considère mon extraction et | l'origine de mes ayeulx, il me prend QjjB$Mun désir de sçavoir en quoy consiste fè^^-^d'estre noble.

Le Maistre. On peut estre noble en trois

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façons, Tabarin : ou de race et par le sang, ou par lettres, ou par quelque bel acte généreux où on ayt fait signaller sa vertu. Ceux qui sont nobles de sang sont ceux qui de leur ancienne extraction se trouvent avoir jouy des privilèges dont jouissent les nobles, et ceux de qui la famille et l'ancienne tyge est annoblie par les roys et princes anciens. Les autres sont nobles par leurs faicts glorieux, comme ceux qui se sont montrez courageux en quelque rencontre, ou siège de ville, et qui ont fait paroistre leur vertu et leur valeur au faict des armes, prodiguant généreusement leur vie à l'abandon des coups, pour acquérir de l'honneur et de la réputation à jamais.

A'tzm genus et proavos et quœ non fecimus ipsi Vix ta nostra puto.

La troisiesme sorte par laquelle un homme peut se qualifier du tiltre de noble, c'est par les lettres et par les escrits qui le vont éternisant et luy servent de bouclier pour deffendre sa gloire contre les coups du temps et de la fortune : ainsi, Ciceron, Virgille, Homère, et tant d'autres graves autheurs, dont la mémoire est gravée ' sur le front de l'immortalité , bien que de basse condition et de foible racine, se sont toutesfois annoblis par leurs estudes.

Tabarin. S'il est vray de ce que vous venez de dire; je veux désormais porter l'espée, car je suis gentil-homme.

Le Maistre. Allez, gros nigaut, gros villa—

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