I. Var : emburinée
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geois que vous estes ! Voilà pas un brave gentilhomme !
Tabarin. Ouy, je soustiens que je suis gentilhomme. Premièrement par race et par le sang : je suis noble de sang , car mon père estoit boucher. Pour la seconde condition, n'avez-vous pas remarqué que mon grand père se trouva un jour à la deffaite d'un escadron de morpions et au siège d'un haut de chausse, et qu'il fit une telle destruction de soldats, qui couroient la campagne et ravageoient ce qu'ils trouvoient au passage, que le sang luy en vint jusques au bout des ongles ?
Quant à la noblesse qui vient des lettres, quand on recueilleroit l'opinion de tout le monde, il n'y a personne qui ne donnast un arrest en ma faveur ; car la noblesse que j'ay acquise par les premières conditions n'est rien en prix ' de celle que je me suis acquise par mes lettres : car, dès ma jeunesse, j'ay tousjours esté messager et distribué quantité de lettres. Jamais Mercure, messager de Jupiter, ne fit tant de despesches que moy, et ainsi me voylà gentil-homme, et de sang, et de mérites, et de lettres.
i. Var. : en regard.
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Qjjestion XXX.
Qui sont ceux qui ne se servent point de gands en hyver.
Tabarin.
E m'esmerveille qu'au temps de la Q froidure et où les aquilons soufflent de S* tous costez, comme il y a des gens qui ne se servent pas de gands ; en sçavez-vous bien la raison, mon maistre ?
Le Maistre. Je te diray, Tabarin, il y a certaines personnes qui sont plus chaleureux que les autres , parce qu'ils participent d'une nature ignée et d'un tempérament plus chaud , estans composez et fabriquez d'un élément plus léger, comme est le feu et l'air : car tout ce qui est en la nature, qui croit et a vie, ou qui est insensible, est composé des quatre qualitez élémentaires qui par un meslange discordant font un accord harmonieux et bastissent un corps auquel ils donnent mouvement tempéré, selon qu'elles sont meslées. Ainsi les unes ont un tempérament plus sec et participent plus de la terre (parce que c'est la qualité qu'elle a in ociavo gradu, la froideur ne luy estant que adjacente et conjoincte in gradu rémission'). Les autres abondent d'avantage en humidité ou froideur, et, selon que ces qualitez se rencontrent ou plus ou
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moins intenses, ils tiennent moins ou d'avantage de la nature de l'eau, ou de l'humidité de l'air. Les autres participent plus du feu et ont une temperie plus chaloureuse , et de ceux-cy jeté pourrois asseurer qu'ils n'ont beaucoup besoin de gands , mesme en plein hyver, car la chaleur naturelle qu'ils ont s'opposant entièrement au froid qui vient du dehors, par ceste antiperistaze dissipe et chasse aussi le froid qui tasche à s'insinuer en ces parties ; jouxte que plus le chaud est environné de son contraire, plus il agit, nam agens agendo repatitur, et patiens paiiendo reagit. Ainsi le chaud , qui est en hyver plus grand en l'estomac, se communique aux parties lointaines et les empesche du froid. Je t'en fournirois bien d'autres qui ne se servent de gands en hyver: ceux qui s'engraissent de ma pommade n'en ont beaucoup de besoin, car le froid ne les peut attaquer ; ils ont un remède fort bon pour les crevasses qui arrivent de froidure.
Tabarin. Vous auriez besoin de me garnir de deux ou trois boistes de vostre pommade, car j'ay une crevasse sous mon nez qui m'empesche bien d'amasser: je l'engraisse tous les jours , j'y fais des lavemens, et toutesfois je ne peux rejoindre les labiés. Mais venons ad rem. Toute vostre philosophie n'a point rencontré ceux que je demande : car ceux mesmes qui participent d'avantage de la nature aquatique que des autres elemens , comme les maquereaux , sont ceux qui mesmes en plein hyver ne se servent point de gands , et toutesfois se veulent - ils ehauffer. Ceux qui n'ont que faire de gands en hyver sont les coupeurs de bourses, parce qu'ils
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eschauffent leurs mains dans les poches de leurs compagnons.
Question XXXI.
Combien y a-il de sortes de[natures.
Tabarin.
Ostre maistre , vous parliez l'autre jour de la nature, et que vous aviez des medicamens et des secrets les plus rares et les plus exquis que jamais la nature ait descouvert; dites moy un peu, combien y a-il de sortes de natures ?
Le Maistre. Il n'y a qu'une sorte de nature , Tabarin , qui sustente , qui nourrit , qui alimente et soustient tout ce que nous voyons, qui fait croistre les plantes , végéter les arbres et nous donne toutes les vicissitudes , altérations et changemens que nous remarquons en cest univers. La nature est une en sa substance et en son essence , que les physiciens définissent : principium motus et quietisy le principe du mouvement et du repos ; c'est de ceste unique pièce dont toutes choses prennent leur accroissement , mandient et empruntent leur estre : aussi , s'il y avoit plusieurs natures, on verroit du mélange et brouillement en ce monde inférieur, car de toutes choses créées il n'y doit avoir qu'un seul principe , d'où dérive et procède leur estre et leur essence.
78 Recueil des questions
Tabarin. Je voy bien que nous ne tomberons pas d'accord , car je trouve qu'il y a quatre natures et qu'elle se divise en quatre espèces.
Le Maistre. Voyons un peu ta division : je serois très-aise d'apprendre quelque chose de toy qui meritast , car tu n'as jamais que des recherches si insolentes qu'elles me font plustost envie de me taire que de m'en enquérir.
Tabarin. La première sorte de nature est la nature salle , la seconde la nature chaste, la troisiesme la nature nette, et la quatriesme la nature commune.
Le Maistre. Voyons maintenant et espluchons un peu toutes tes natures par le menu. Premièrement , la nature salle , quelle est-elle ?
Tabarin. La nature salle est la nature d'une vache, car elle chie tousjours sous soy ; la nature chaste est la nature des mulles , car elles n'engendrent jamais ; la nature nette est la nature des chiennes , car les chiens la leschent souvent avec leur langue : c'est la première saluade qu'ils font l'un à l'autre que de se baiser au cul.
Le Maistre. Et la nature commune, quelle est-elle , Tabarin ?
Tabarin. Puisque vous en estes si curieux , je n'osois vous le dire, mais il n'y a pas de danger de contenter votre curiosité. La nature commune c'est la nature de vostre mère : elle estoit ouverte à tout le monde ' . 0 le curieux philosophe,
1. Les Recueils en deux parties disent ici : C'estoit la porte de la ville, tout le mondey entroit. Et plus bas, après les mots : belle boutique, on pouvoit bien crier largesse quand die passoit.
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qui veut sçavoir que c'est que la nature commune! Vertu de ma vie! c'estoit une belle boutique ; on la devoit bien appeller la porte de la ville, car tout le monde y entroit à la foule.
Question XXXII.
A qui on doit porter plus de révérence : à un estron f ou à du musc.
Tabarin.
Onsieur, y a-il longtemps que vous n'avez mangé ?
Le Maistre. Depuis le disné, Tabarin ; pourquoy ?
Tabarin. Parce que je vous vay apporter une bonne matière. Bouchez le nez, s'il vous plaist, et me dites vostre opinion : à qui on doit plustost porter honneur, à un estron ou à du musc.
Le Maistre. Allez, gros porc! vous me voulez tousjours embausmer de discours villains et deshonnestes. Ne scavez-vous pas que le musc est d'une odeur suave , agréable et délicate , et qui de soy alleiche un chacun à le porter sur soy ? outre plus , que les odeurs qui sentent bon ont une force et une vertu particulière pour conforter le cerveau et le maintenir en son entier, où au contraire les odeurs puantes gastent, infectent et corrompent l'air, excitent des mal-decœur et des sincopes aux malades , qui puis après apportent de grandsdetrimens aux hommes.
Tabarin. Si vous faites tant de cas du musc pour l'odeur, il y a pour le moins autant d'odeurs
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et de sentimens à la merde qu'au musc : c'est ce qui me faict conjecturer qu'on ne luy doit point porter tant de révérence qu'à un estron. Et pour establir d'avantage mon dire et affermir mon discours sur des pilotis et des fondemens plus véritables, imaginez-vous un jeune muguet qui, venant du Palais acheter du musc , de la civette ou de l'ambre gris , par cas fortuit , en pensant tirer son mouchoir hors de sa poche, en aura laissé tomber quelque partie à terre : un gros villageois viendra à l'estourdy et le foulera aux pieds , sans beaucoup se soucier si c'est civette ou ambre gris. Mais si de fortune il rencontre un estron au passage , principalement de ceux qui ont desjà atteint la vieillesse et portent la barbe grise (car ils sont plus vénérables et plus anciens que les autres) , vous verrez mon villageois qui , au lieu de suivre son grand chemin , ira faire un grand contour et un long circuit , et tournera en arrière de peur d'offenser monsieur l'estron. N'est-ce pas luy porter plus de révérence qu'au musc ?
Question XXXIII.
Qui on doit prendre pour les meilleurs palferniers.
Tabarin.
Ui prenez-vous pour estre les palferniers les meilleurs de Paris ?
Le Maistre. Les palferniers les meilleurs sont ceux qui pensent leurs chevaux avec un grand soin et diligence , qui les
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peignent, qui les lavent, qui les estrillent, espoussent, avec un labeur très-curieux de les bien entretenir ; bref, qui ont une cure particulière de leur donner l'avoine à leur heure et de les abreuver quand il est temps ; et avec ceste diligence il est aussi expédient que les palferniers ayent quelque légère cognoissance des maladies et accidents qui peuvent arriver aux chevaux , affm d'y apporter un prompt remède : car les maladies qui dès leur naissance sont contrepointées par de bons et vallables medicamens sont bien plustost guaries que celles qu'on laisse croupir et languir dans une morne paresse.
Ignis ab exigua nascens extingvitur unda ;
Sed postquam crevit volitantque ad sidéra flamme
Vix putei , fontes, fliivii, succurrere possunt.
Tabarin. Tournez de l'autre costé, car vous n'estes pas au vray chemin. Les meilleurs palferniers de Paris sont les barbiers.
Le Maistre. Quelle raison as-tu pour prouver ton dire, Tabarin ? Les barbiers et chirurgiens ont-ils des chevaux à penser ?
Tabarin. Nenny, mon maistre; mais ils sont si adroits et si subtils qu'ils pensent les poulains sans estrille.
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82 Recueil des questions
Question XXXIV.
Pourquoy les femmes ont les fesses plus grosses que les hommes.
Our quelle raison les femmes ontelles les fesses plus grosses que les hommes ?
Le Maistre. Allez , gros vilain ; n'avez-vous point de honte de me remplir de ces discours ? C'est une chose estrange que , depuis qu'un homme s'est laissé emporter à des folies, que la coustume et l'usage ordinaire qu'il embrasse s'enracine et s'emburine ■ de telle sorte dedans son âme que le temps mesme , bien qu'il corrompe et dissipe toutes choses, ne peut faire esvanouir ces folies de son esprit , et ce qui estoit auparavant coustume se change et se métamorphose en nature. Tabarin est tellement imbu de questions sales et deshonnestes , qu'il ne me fait qu'importuner de ses folles demandes.
Tabarin. Voilà comme il faut dire quand on est au bout de scn roollet.
Le Maistre. Ma science ne s'estend pas si avant que de respondre directement à tes demandes 2, Tabarin.
i. S'engrave. Var.