‹ uvres complètes de TabarinChapitre 42 sur 123 · PREAMBULE III · texte numérisé non relu

PREAMBULE III

Subtilité de Tabarin.

Tabarin.

On maistre, me voilà tout eschauffé, par ma foy. On m'a fait un des grands /q Ij affrons que puisse recevoir un homme y^5* de qualité comme moy.

Le Maistre. Tu es un personnage bien relevé, voirement, et de grande qualité!

Tabarin. On dit que Ciceron fut le premier de sa race qui ait annobly sa postérité à cause des lettres et de la science qui estoient en luy : n'en pourrois-je pas avec autant de raison dire de la race tabarinesque , puis que le tayon du grand-père de l'oncle de mon père estoit jadis

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un des fameux messagers et un des pauvres porteurs de lettres de son temps?

Le Maistre. Ce n'est pas là où se trouve la noblesse d'un homme, Tabarin : c'est en la vertu. C'est elle qui annoblit nos esprits et qui nous met au-dessus des plus grands de la terre. La noblesse que nous empruntons de l'extraction de nos parens, ce n'est qu'un image de la vraye noblesse :

Una hominem virtus post sua fata beat.

Tabarin. Maxime, Domine. Mais, pour revenir à mon premier discours, vous devez sçavoir que dernièrement, voyant que la rigueur de l'hyver commençoit à nous attaquer, et que vous ne faisiez aucun conte de me racommoder ny de me revestir...

Le Maistre. Ne t'ay-je pas habillé d'une toile neufve ?

Tabarin. Il est vray ; mais vous sçavez le procez que nous en avons eu sur les bras : vous allastes desrober une aile du moulin de la porte Sainct-Anthoine ' pour me faire une Juppé; encor les cousturiers m'en ont-ils pris la moitié. Mais passons outre. Je m'en allay donc chez un grand de la cour qui me cognoissoit de longue main, luy priant de me donner quelqu'un de ses

I. Voir ci-après, tome 2 : Le procez, plaintes et informations d'un moulin à vent de la porte Sainct-Anthoine contre le sieur Tabarin, touchant son habillement de toille neufve , intenté par devant Messieurs les meusniers du fauxbourg Sainct- Martin,avecl'arrest .. Paris, 1622. Cette facétie pourrait bien être de Tabarin. L'arrêt lui donne gain de cause contre les meuniers, qu'il ne ménage. it pas dans ses bouffonneries.

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vieux habits, ce qu'il me promit, et me dit que je retournasse du matin, ce que je fis; mais ses laquais furent si impudens qu'ils ne me donnèrent que le haut de chausse et le bas. Je me mis en colère là-dessus, croyant qu'on se mocquoit de moy, de me donner en partage l'estuy aux vesses. Que fais-je là-dessus?

Le Maistre. Que fis-tu, Tabarin?

TabaKin. Je leur tesmoignis bien que Tabarin avoit de l'esprit, et que l'urbe inclite et famosissime de Lutèce ne progenère point des cerèbres si mal timbrez qu'ils n'ayent une suffisante potence dans l'intellect de s'en remémorer et d'en tirer une rationale vindicte.

FANTAISIES TABARINESQUES '.

De l'ethymologie et antiquité du nom de Tabarin.

'A cognoissance des choses tant universelles que particulières gist en leurs 'principes et commencements : de sorte ique nul ne se peut dire avoir acquis ce tiltre de cognoissance , s'il n'a pénétré dans les secrets les plus cachez de la chose cogneue, parce que d'autant plus qu'il ignoreroit sa source et son origine , tant plus il s'esloigneroit de son progrez et de sa fin. Ainsi nostre jugement seroit plustost limité d'une ignorance très-obscure qu'esclairé d'une notion parfaite. Nostre ame, qui à la recherche exacte des choses aiguise ses plus fortes conceptions, désire avec plus de vehe-

i . Ces Fantaisies ne sont autre chose que la Préface , en deux chapitres , comprise dans les pièces liminaires de la première partie du Recueil général. On la reproduit ici comme édition originale sous ce titr.j de Fantaisies. D'ailleurs le texte présente quelques légères variantes.

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mence sçavoir leurs commencemens que leurs progrez.

C'est ce qui m'a esguillonné, en parlant de Tabarin, d'en recercher la source, et me rendre certain tant de son extraction que de son origine. Ceste cognoissance me servira de planche pour passer à la suite de ce discours , parce qu'il est aisé, en cognoissant parfaictement la cause et son essence, d'acquérir la cognoissance des effects qui en peuvent naistre.

Pour l'ancienneté , etymologie et dépendance du nom de Tabarin, les autheurs tant modernes qu'anciens en sont en grandes disputes : aussi est-ce un différent digne d'exciter les plus subtils esprits et d'esveiller les jugemens les plus solides pour le terminer.

Quant à l'etymologie du nom, les uns le dérivent de taberna, comme qui diroit tabarina, et certes bien à propos, veu que tous les discours tabariniques ne buttent qu'à la taverne et à la mangeaille; les pointes les plus gaillardes de ce droguiste ne sont tirées que du fond de la marmite, ses devis les plus facétieux ne sentent que la cuisine : c'est de quoy le reprend ordinairement son maistre. Et de cecy le mot françois nous en fournit de grandes preuves et des apparences très-évidentes : car Tabarin vaut autant à dire, si nous voulons un peu periphraser, que Table à vin ; ce qui se rapporte et conforme grandement à ses plaisanteries et sornettes.

Les autres, qui sentent d'avantage la médecine, opinent favorablement à leurs désirs , car ils dérivent ce mot du latin tabès , veu que par ses onguents et médicaments Tabarin guarit

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plusieurs genres de maladies comprises sous ce nom, et ainsi ils croyent enrichir l'etymologie de Tabarin par ceste invention, et annoblir grandement son nom de ses propres despouilles.

Les plus fins, et qui veulent mettre le nez plus avant en ceste recherche, disent que ce nom est formé et descendu du mot grec zv.vpoç, quasi ravxpivKj, et ne rencontrent point mal à mon advis, pour plusieurs raisons1.

La première raison qui parle pour eux est que ce mot grec raypoe (selon Eustatius , autheur assez recommandable) ne signifie point seulement ce que nous appelions en latin taurus, mais encore demonstre et dénote ceste partie du corps humain qui est entreposée entre le scrotum et le podex, sur laquelle viennent aboutir et respondre, comme au centre, toutes les lignes tant paralelles qu'inesgalles des jouxtes ; que quand bien nous retiendrions le mot latin taurus, nous aurions tousjours suffisante preuve de ceste dérivation , puis que Tabarin ( principallement quand il a le chappeau fait en cornes) , par un beuglement coustumier aux taureaux, représente assez bien ceste nature.

Ceste opinion, à la vérité, est un peu subtile , et a quelque apparence de vérité ; si est-ce pourtant que les autheurs n'en ont qu'effleuré le dessus, sans beaucoup se soucier de pénétrer dans la quinte essence, et desnouer la difficulté de ceste affaire , et faut que je confesse que pour

1. Et ont des arguments assez forts et assez puissants pour se bastionner contre l'opinion des premières. (Edit. de 1622.)

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estre récente, elle n'a pas moins de poids pourtant; car si de l'etimologie de ce nom -ruvapivoç nous descendons dedans l'antiquité de la secte tabarinesque , nous trouverons des raisons trèscertaines de ceste dérivation.

Premièrement , donc , il est à remarquer que Pline, livre v, chapitre 27, de son histoire, parlant de l'assiette de la province de Carie et des villes du pays , en raconte une qu'il nomme Tabœ Tabarum, fort ancienne, qui se présume et se vante de l'origine des Tabarins, et fondée sur ce qu'un certain fugitif de Troye , nommé Tabarinos (qui mesme, au récit d'Homère , estoit l'homme de chambre de Paris), l'a édifiée et bastie, tant toutes les nations de la terre ont à cœur de se dire de la race des Troyens, bien que gens efTeminez. Or la province de Carie comprend une grande partie de l'Asie-Mineure, et de la Licie et l'Ionie, en laquelle province, au rapport de Strabo, flambeau de l'antiquité, est une partie du mont Taurus, large et spacieuse contrée qui s'estend f)ar toute la Grèce , tellement que si nous vouons esguiser nos esprits , nous trouverons que Tabarin, tant à cause du mot de Tcvapivoç que pour l'ancienneté de la ville de Tab&, qui est située assez proche du montTaurus, se dérive à bon droit de ce mot grec de Taupo? ou Tavajotvoc. Ce qui confirme ceste opinion et l'appuyé grandement , c'est que Bacchus se nommoit jadis Tavjooç et Taupoyor/o , duquel Tabarin est le grand amy, comme l'ayant curieusement choisi entre tous les dieux , et préféré à toute la bande céleste , pour estre gravé , emburiné et entaillé au derrière de son pourtraict et de sa médaille,

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Voilà pour ce qui regardoit l'etymologie de son nom.

Quant à son extraction et antiquité de sa race, les autheurs se trouvent aussi embrouillez qu'à la dérivation de son nom , bien que sa race soit une des antiques familles du monde; et certes ce n'est pas peu de difficultés que d'expliquer et desvelopper, d'une longue suite d'années, le nom et la mémoire d'une race , et rechercher les premières souches d'une famille : s'il y a peu d'advantage pour le premier pour ce qui regarde l'ordre de la généalogie, il n'y a pas moins de peine pour le dernier pour authoriser les asseurances et le fondement de telles recherches : aussi la gloire qui s'acquiert en l'un ne cède rien à l'honneur qui se brigue en l'autre.

Si quelque lignée se peut présumer pour son antiquité, celle des Tabarins se doit partager les premiers rangs , comme estans d'un des plus anciens estocs de la terre : car je trouve qu'il est descendu de Saturne, qui au temps que Jupiter le poursuivoit , s'estant venu cacher au pays de

Latium , his quoniam latuisset tutus in oris ,

engendra un fils qu'il nomma Tabarum, comme escrivent Strabo et Pausanias , autheurs dignes de foy. Iceluy estant venu à la perfection de l'aage, où une ardeur martiale fait généreusement bouillir les entrailles aux plus vaillans , voulut faire paroistre que si son sang avoit un Dieu pour père , son courage en dementoit les actions comme fugitif.

Le Pont-Euxin, où habitent les Calibes, voisins du fleuve Thermodon, fut le champ fatal où il

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ouvrit les premiers îraicts de sa valeur; il se rendit maistre de la campagne, et, voulant éterniser son nom où il avoit immortalisé son courage , il nomma les peuples des environs de son nom, Tabarini, selon Pomponius Mêla , où ils sont encore de présent, ou, si nous nous voulons asservir à l'arbitrage de Strabo, Tabarni ou Tabarini, de sorte que voylà nos Tabarins trouvez, dont la race consécutivement de temps en temps s'est conservée, accreue et augmentée, comme on peut voir en Italie, où ils sont pullulez particulièrement, comme estant leur ancien patrimoine.

De l'antiquité du chapeau de Tabarin, des tenans , aboutissans et descendances.

'Eust esté une inconsideration trop grande et une faute qui eust autant encouru de blasme que de détriment , si, en parlant de l'ancien estoc et origine de Tabarin , je ne venois par mesme moyen à traicter et esplucher quelque parcelle de l'ancienneté de son chapeau , qui est la première pièce et le vray ornement de sa boutique, d'autant plus recommandable que contre les coups du temps et de la fortune il s'est toujours conservé et maintenu en son entier. Je n'ignore pas, à la vérité, que plusieurs n'ayent exercé leurs plumes et leurs esprits en la description de ce chappeau; mais je sçay bien que la recherche que j'en fais sera d'autant plus authorisée qu'elle est fondée sur de graves et antiques autheurs, et d'autant

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mieux recueillie qu'elle est d'une haute origine , s'il est vray que les choses qui se rencontrent rarement se voyent avec plus de véhémence et d'impatience.

Ce chappeau est bien une des pièces la plus mystérieuse qui se soit veue de long-temps, pour estre descendu des hommes les plus illustres et renommez de la terre. Les philosophes disent que la matière , qui est le premier principe de la génération des choses naturelles , ne se retrouve jamais sans forme ; et , bien que ce soit une pure puissance qui induise tantost une forme , tantost une autre, et que par ces changemens et altérations elle semble estre despouillée d'accidens , si est-ce que jamais elle ne reste seule , ou indépendante d'aucunes formes.

Le contraire se remarque en ce noble chapeau , qui est une vraye matière première , indifferens ad omnes formas : car, bien qu'à la vérité il ne soit tout à fait destitué de la forme essentielle, si est-ce que la multitude des formes qui le vont informant le rend quasi comme sans forme, n'ayant rien plus constant que l'inconstance ; et certes, si ex generatione unius fit corruptio alierius, ce chappeau souffre de grandes altérations, n'y ayant moment ny instant où il ne reçoive une nouvelle figure ; aussi vient-il d'un Dieu grandement variable , et semble que pour toute succession il eust eu le changement en partage : car, si nous nous voulons borner des opinions de Berose et Manethon, autheurs chaldéens, nous trouverons que ce fut Saturne qui le porta le premier, non si large comme il est, mais en forme longue,

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car toutes les choses s'agrandissent avec le temps.

Tantum œvi longinqua valet mutare vetustas.

Il le fit faire expressément quand il vint en Italie, comme dit est, fuyant l'ire de Jupiter, pour se desguiser, car personne n'avoit encore inventé les chapeaux poinctus ; trop bien Mercure en avoit un qui lui couvroit la teste, mais il estoit d'une forme ronde. Depuis ce temps, la mode est venue de porter les chappeaux poinctus à l'espagnole , et mesme en France, où on a fait le mesme, mode qu'on peut dire à bon droict mariée à l'inconstance. Plusieurs portent aujourd'huy les chappeaux, non point tant pour embrasser les loix de la mode que pour cacher les cornes dont leurs femmes les emmossent, qui aboutissent en pointes, ce qu'ils ne feroient si aisément si leur chappeau estoit de forme platte, comme l'année passée ; car il y auroit à craindre qu'elles ne perçassent et se fissent paroistre au travers de ces chappeaux plats.

Saturne, pour tesmoignage de l'affection qu'il portoit à Tabaron , sçachant sa délibération touchant son partement, entre les dons dont il voulut signaler sa courtoisie , il luy fit transport du susdit chappeau , avec deffenses très-estroittes de ne l'alliener, vendre ny donner à qui que ce fust, luy enjoignant de plus de le garder comme une pièce fatale à sa race et un précieux thresor. Aussi, Saturne, estant le père des changemens, ne luy pouvoit donner chose plus correspondante à son humeur que la vicissitude.

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Tabaron, qui auparavant alloit nue teste, fut bien aise d'avoir un expédient pour se garder de la chaleur du soleil. Ce fut de ce chappeau qu'on tira l'invention des parasols, qui sont maintenant si communs en France que désormais on ne les appellera plus parasols, mais parapluyes et garde-collets , car on s'en sert aussi bien en hyver contre les pluyes qu'en esté contre le soleil. Ce chappeau, de père en fils, fut gardé comme une précieuse relique, en souvenance de Saturne, leur ayeul , car c'estoit son bonnet des jours ouvriers; mais de fortune, après quelque espace de temps, comme les choses perdent toujours leur premier lustre, un de la race tabarinienne qui l'avoit en garde le laissa esgarer, soit que le destin luy eust disposé un autre maistre , ou autrement. Ganimède , mignon des dieux, par rencontre le trouva, et, désireux de luy faire voir le ciel, le prist et le porta à Jupiter. Ce dieu portefoudre s'estonna de prime-abort de voir la structure, le bastiment et les estages de ce vénérable chappeau ; il en voulut gratifier Mercure , et luy en faire un présent, comme estant seul entre tous les dieux qui se servoit de chappeaux. Luy, qui aime la vanité , le fit remettre en forme et réintégrer en son premier lustre par Philoforon, son chappelier ordinaire, et voulant désormais s'en servir aux plus urgentes occasions, y attacha des aisles; mais de mal-heur, comme il fut commandé de Jupiter d'aller faire un voyage aux Champs -Eliséens, en se callant du ciel, le vent s'entonna dedans, de manière qu'il tomba, et oncques depuis il ne voulut porter aucun chappeau à la pyramide. Janus, qui vivoit en ce

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temps-là, fut si heureux qu'il le recueilla ; mais, ayant deux faces, et la teste grosse à proportion , il eslargit sa première forme, et de là en avant, il demeura large comme on le void à présent. Cestuy-ci le cacha sous le mont Aventin ; mais Romulus, bastissant la ville de Rome, le recouvrit; il fut long-temps comme une pièce rare et exquise, mesmeon le portoit aux triumphes des empereurs quand, chargez de despouilles et trophées, ils entroient à Rome.

Ce fut aussi de ce chappeau d'où vint la coustume aux Romains de se couvrir la teste en leurs sacrifices, ce que les grands sacrificateurs observoient fort religieusement ; car , quand ils vouloient faire une hécatombe aux dieux , ils se couvroient de ce chappeau (tous les assistans estans descouverts pour plus grande révérence). Geste loy estoit inviolable , et pratiquée en tous les sacrifices, excepté en ceux de Saturne, où ils se presentoient teste nue, comme raconte Plutarque, voulant par ceste cérémonie déférer quelque honneur à ce dieu pour son chappeau, ettesmoigner que ce seroit une indécence de luy sacrifier estant couronné de ses propres despouilles.

Ceste pièce fut conservée plusieurs siècles dans le Capitole ; en fin un certain de la race tabarinique, qui estoit esclave du grand sacrificateur, s'en saisit secrettement comme si quelque destin l'eust sourdement excité à cela ; depuis en descendant , il demeura tousjours en la ligne droite et masculine des Tabarins, qui commencèrent dès lors à se peupler en Italie plus que devant, jusques à tant que le grand-père du grand-père de Tabarin, au temps que François premier fai-

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soit esclatter ses armes par toute l'Italie, le donna à un soldat françois qui, estant retourné en sa patrie, surpris qu'il fut d'une forte maladie, n'ayant autre chose pour se guarir, le donna en eschange d'une médecine à un apothycaire de la place Maubert , qui s'en est servy , luy et ses enfans , comme d'une chausse pour passer l'hypocras.

Tabarin , qui avoit leu les annales, croniques et archives de ses prédécesseurs, et combien ce chappeau avoit esté en grande estime, a recherché tous les moyens de le recouvrer- en fin, dernièrement qu'il vint à Paris, il le recogneut, et le rachepta dudit apothicaire, estimant une chose très-indigne qu'un si sacré vaisseau fust ainsi poilu. Maintenant il s'en sert ; et, s'il est le dernier qui le possède, il se peut dire à bon droict le premier qui a inventé de luy donner nouvelles et nouvelles formes.

FARCES TABARINIQjJES

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