SUR THOMAS. XIX
a a éié long-temps esclave en Europe. Elle est « libre aujourd'hui, au moins dans la plupart des c états; mais elle est pauvre et avilie. Ce n'était a pas ainsi que le peuple était libre à Sparte et à « Rome. Cet avilissement de la plus grande par- « tîe du genre humain est un des effets les plus a funestes de notre luxe, et de la prodigieuse « inégalité dans la distribution dis richesses.
a L'auteur de cette Épitre envisage le peuple « dans ses travaux, dans ses vertus, et dans la « portion de bonheur qu'il peut avoir. Partout « c'est le petit nombre qui jouît, et le grand «r nombre qui travaille. Les premières tètes des « états donnent les ordres pour le gouverne- « ment; c'est le peuple qui exécute. Ce sont ses a bras qui font mouvoir ces machines si vastes « et si compliquées.
« On sait qu^il y a des vices parmi le peuple. « Il doit j en avoir : ce sont des hommes; mais « la voix de la nature y est mieux entendue ; « les grandes passions y sont moins vives ; les « crimes qui désolent la tetre y sont plus rares, a II y a de moins tous les vices que produisent « la dissimulation et l'intrigue.
« Mais le peuple est-il heureux? Eh ! où trour « ver des hommes qui le soient ? Le peuple, duce moins , a deux avatitages qui contrebalancent
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ce bien des maux : la paix et la santé. Les fruits (c des excès , les orages des passions lui sont a presque inconnus, surtout dans les campa-* a gnes , où le poison des grandes villes n'a pas a pénétré. J'ose même dire que ses plaisirs sont a plus vifs. Ils ne sont ni émoussés par l'habicr tude, ni l'ouvrage de l'art, comme les plaisirs a factices des riches et des grands.
<c Enfin , quand même dans ce jugement entre « les deux parties de l'humanité, je n'aurais pas <c tenu la balance bien égale, j'aime mieux qu'elle ce ait penché du côté du peuple. Ce que la voix ff d'un écrivain obscur peut lui accorder de trop, ce est un bien faible dédommagement de tout « ce qu'on lui ôte dans la société. »
L'auteur fait une apologie beaucoup plus vigoureuse de son Épître, dans une lettre adressée à quelqu'un qui en louait l'exécution, sans en approuver le sujet. Voyez le tome VI, page 5i5.
Un curé de village fit imprimer, dit-on, cette pièce à ses frais , en y supprimant quelques déclamations contre les grands. Après l'avoir lue publiquement dans son église , il en distribua les exemplaires à ses paroissiens, plus sensibles au tribut d'estime, offert par le poète à la classe obscure de la société, qu'au mérite de ses vei-s énergiques et habilement travaillés. Cet hom-