SUR THOMAS. XX
mage inattendu fut celui qui toucha le plus Thomas.
Nous pourrions citer plusieurs morceaux où le coloiis le plus savant se joint à la vigueur de la pensée. Nous nous bornerons au portrait que Fauteur trs^ce de lui-même avec une noble fran* chise :
Je te rends grâce , ô ciel ! dont la bonté propice M*écarta de ces rangs qui sont un précipice.
Je n*ai point en naissant reçu de mes aïeux De Vor, des dignités, l'éclat d'un nom fameux; Hais %\ i'ai des vertus , si mon mâle courage A. touiours dédaigné l'intrigue et l'esclavage, Si mon cœur est sensible aux traits de la pitié, S'il éprouve les feux de la tendre amitié.
Et si l'horreur du vice et m'anime et m'enflamme. Mon son est trop heureux : j'ai la grandeur de rame(i).
Le panégyriste du maréchal de Saxe et du chancelier Daguesseau surpassa ces deux premiers essais, dans V Éloge de René Dugay-Trouiriy lieutenant-général des armées navales, couronné en 1761. Au milieu de plusieurs morceaux vraiment remarquables, on distingue le parallèle qu'il fait de son héros et d'un homme également ilionneur de la marine française, le célèbre For-
^i) Tonic VI, page
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bin. La prosopopée qui termine ce discours causa une impression d autant plus vive qu'elle renfermait une satire indirecte du gouvernement, qui, après des défaites sur terre et sur mer, avait subi les conditions d'une paix humiliante. L'orateur évoque l'ombre de Duguay- Trouin, et lui fait dire : « Français, que sont « devenus ces vaisseaux que j'ai commandés, ces « flottes victorieuses qui dominaient sur l'Océan ? a Mes yeux cherchent en vain : je n'aperçois que « des ruines; un triste silence règne dans vos ff ports. £h quoi ! n'étes-vous plus le même « peuple ? N'avez-vous plus les mêmes ennemis a à combattre ? allez tarir la source de leurs « trésors. Ignorez-vous que toutes les guerres a de l'Europe ne sont plus que des guerres de ce commerce ; qu'on achète des armées et des «c victoires, et que le sang est à prix d'argent? a Les vaisseaux sont aujourd'hui les appuis des « trônes. Portez vos regards au-delà des mers : « les habitants de vos colonies vous tendent les « bras; les abandonnerez - vous aux premiers « ennemis qui voudront descendre sur leurs « côtes? Les ferez^vous repentir de leur fidé- « hté? En vain la nature leur a donné la valeur « et le zèle; leur vie, leur sûreté, leur existence « est dans vos ports; vos vaisseaux sont leurs
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fl remparts ; ils n'eu ont point d'autres. Étes-vous
«citoyens? ce sont vos frères. Etes- vous avides
« de rïcliesses ? vous les trouverez dans ce nou-
« ^eau inonde. Vous y trouverez un bien plus
«précieux : la gloire. Vous avez versé tant de
«sang pour maintenir la balance de l'Europe!
«L'ambition a changé d'objet. Portez, portez
« cette balance sur les mers. C'est là qu'il faut
«c établir Téquilibre du pouvoir. Si un seul peu-
« pie y domine, il sera tyran, et vous serez es-
« daves. Il faudra que vous achetiez de lui les
(c aliments de votre luxe, dont vos malheurs ne
«c vous guériront .pas. Français , considérez ces
m merSj qui, de trois côtés, baignent votre pa-
«t -trie. Voyez vos riches provinces qui von* of-
« frent à Tenvi tout ce qui sert à la construction.
« Voyez ces ports creusés pour recevoir vos
« vaisseaux. La gloire, l'intérêt, la nécessité, la
« nature, tout vous appelle. Français, soyez
« grands comme vos ancêtres ; régnez sur la mer;
« et mon ombre, en apprenant vos triomphes
« sur les peuples que j'ai vaincus, se réjouira
« encore dans son tombeau ( i ). »
Thomas n'a rien ajouté à l'éloge de Duguay- Trouin; il y a fait seulement des corrections.
{%) Tome lily page k^-