SUR THOMAS. XVII
lent à cette pièce : « A peine avais-je mis mon
< Épitre (i) au concours, lorsque Thomas, selon « sa coutume , vint me communiquer celle qu'il « y allait envoyer. Je la trouvai belle et d'un « ton si noble et si ferme, que je crus au moins « très-possible qu'elle l'emportât sur la mienne. « Mon ami, lui dis-je, après l'avoir entendue et a fort applaudie, j'ai de mon côté une confidence « à vous faire ; mais j'y mets deux conditions : f l'une, que vous me garderez le secret le plus « absolu; l'autre, qu'après avoir appris ce que je « vais vous confier, vous n'en ferez aucun usage, « c'est-à-dire que vous vous conduirez comme « si je ne vous avais rien dit. J'en exige votre pa- « rôle, j» I) me la donna. « A présent, poursuis- « vi»*je , apprenez que j'ai rois moi-même un « ouvrage au concours. — En ce cas, me,dit-il, « je relire le mien. — C'est là ce que je ne veux c point, répliquai -je, et pour deux raisons :
< l'une, parce qu'il est très-possible que l'on re- « jette mon ouvrage comme hérétique, et qu'on « lui refuse le prix; l'autre, parce qu'il n'est pas « décidé que mon ouvrage vaille mieux que le « vôtre, et que je ne veux pas vous voler un « prix qui peut-être vous appartient Je m'en
(i) Les charmes de l' Étude, épitre aux poètes.
XVIU NOTICE
ff tiens donc à la parole que vous m'avez don- « née. Écoutez mon Épitre. » Il l'entendit, et con- « vint qu'il y avait des endroits hardis et péril- « leux. Nous voilà donc rivaux confidents l'un « de l'autre , et concurrents de l'abbé Delille ( i ). »
Le second accessit fut décerné à la pièce de celui-ci. C'était, il me semble, son Épitre sur Vutilité de la retraite pour les gens de lettres. En publiant la sienne, Thomas y joignit une Pré* face^ qui mérite d'être conservée, et que par ce motif nous croyons devoir transcrire. La voici :
à L'Académie française, après. avoir couronné « si justement M. Marmontel, le la janvier, a « donné le premier accessit à cet ouvrage. Elle « eut même la bonté de déclarer, par la bouche « de M. Duclos , son secrétaire , qu'elle regreta tait de n'avoir point un prix à lui donner. Une « approbation aussi flatteuse, de la part d'un <c corps tel que l'Académie française, a déter- « miné l'auteur à donner son ouvrage au public.
c( Le but de cette Épitre est de rendre le c( peuple respectable aux yeux des autres, et de « le consoler lui-même. Cette portion du genre « humain, qui est comptée pour si peu de chose,
(i) Mémoires d'un pèir, pour srn'/r h rinsti^iction rie ses enjants, livre VII.