‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 13 sur 100 · SUR THOMAS. XXV · texte numérisé non relu

SUR THOMAS. XXV

Ihis si de la irerCu les généreuses flammes Peuvent de mes écrits passer dans quelques âmes, Si je puis d'un ami soulager les douleurs, S*il est des malheureux dont l'obscure innocence

X.anguisse sans défense, Ëtdont ma faible main puisse essuyer les pleurs;

O temps ! suspends ton vol , respecte ma jeunesse ; Que ma mère , long-temps témoin de ma tendresse , Keçoiire mes tributs de respect et d'amour :

Et vous , Gloire, Vertu , déesses immortelles , Que vos brillantes ailes

Sur mes cheveux blanchis se reposent un jour.

îlous avons de Thomas, sur les Devoirs de la

'Société^ une autre ode , adressée à un homme

qui veut passer sa vie danÈ la solitude. Elle fut

envoyée, je crois, au même concours que la

précédente. Quoiqu'elle soit purement écrite, et

noblement pensée , La Harpe n y distingue que

la quatrième strophe. Grimm né fait cas ni de

cette pièce , ni de celle sur le Temps. « Je n'aime

« pas ces deux odes , dit-il ; les idées en sont

« pauvres et communes; ainsi la véritable élé*

« vation n'y est point. C'est un catéchisme pomT

« peusement rimé (i). »

' mieux, dit-il, que la répétition, loin d'être une cheville, ' rentre dans le mouvement et le dessein de la phrase. » (i) Correspondance, septembre 176a.

XXVI UrOTICE

Ne voulant rien dérober aux devoirs de sa place de professeur, Thomas était obligé de passer une partie des nyits à Tétude, afin de pouvoir satisfaire son ardeur pour la célébrité. Ce travail opiniâtre alluma bientôt dans sa poitrine une chaleur dont il eut à souffrir toute sa vie, et qui sans doute en abrégea la durée. Chaque année, pendant les vacances, les eaux minérales du Mont-d'Or lui rendaient des forces qu'il venait perdre à Paris. « Dans ma jeunesse, » écrit-il à madame Monnet , « je suis déjà privé « d'un des plus grands charmes de la vie : à a trente ans, je ne mène qu'une vie faible et « languissante. Il y en a plus de dix que je vis «à moitié de lait; j'aime la campagne, et j'y «vais souvent pour ma santé (i).» Il occupait une chaire de troisième, peu compatible avec un tel état de faiblesse, lorsqu'il sortit de la carrière de renseignement. Ceux qui ont eu le bonheur d^étudier sous lui rendent un témoignage unanime k son sang-froid , à sa douceur, à sa bienveillance pour ses écoliers dont il était un excellent juge, et parmi lesquels on compte Dupaty, magistrat éloquent, Desforges, auteur

(i) Lettre du 3i mai 1766, tome VI, page i38.

SUH THOMAS. XXVII

kk^emm^ Jalouse^ comédie, etc. On ne sera pas fâché de trouver , à la suite de cette notice , ime lettre qtx'il écrivit, le ao janvier 1766, à l'un de ses anciens disciples.

Le duc de Praslin , ministre des affaires étrangères^ lui offrit une place de secrétaire particulier quHl accepta; et ce fut alors qu'il composa YÉlage de Maximilien de Béthune^ duc de Sully^ couronné en 1763. Asssuréraent rien ne saurait mieux prouver la fierté de son caractère , puisqu'il n'a combattu nulle part les abus du pouvoir avec une indépendance plus généreuse.

Cet éioge a été diversement jugé. « A mon

« avis, dit Grimm, il mérite lui seul plus de cou-

« tonnes que les trois autres ensemble. L'orateur

« a fait un grand pas. C'était, dans les discours

« précédents, un rhéteur rempli de déclamation^

« et de phrases ampoulées, et dérobant la disette

« des idées sous des amplifications ^e l'école.

ir Ità c'est tout autre chose ; c'est un philosophé

« quf parle, qui, à la vérité, tient encore un peu

m â cette parure puérile et mesquine dont il s'est

ir aiTbbJé au collège, mais dont les progrès dans

m le goût et dans la véritable éloquence ne laissent

«r plus de doute qu'il ne se dé&sse dans peu de

« toutes ces futilités, et qu'il n'ait incessamment

XXVIII UrOTICE

c( une place distinguée parmi nos meilleursjécri- « vains (i).»

Dans un des numéros du Mercure de France y que nous avons déjà cité (a) , M. de Fontanes porte un jugement bien opposé à celui qu'on vient de lire. « Si vous exceptez, dit-il, quelques u traits des dernières pages, Thomas , dans ce dis^ a cours, est resté fort au-dessous de lui-même, « et surtout de son héros. C'est alors qu'il com- « mence à faire un grand abus des termes ab- « straits et des comparaisons tirées de la méca- « nique. Tout est poids et contrepoids ^ force et a levier^ action et réaction. Les critiques remarie quèrent justement l'emphase et l'obscurité de «c quelques phrases de cet éloge. On n'a jamais a prodigué l'orgueil des grands mots et le vague (c des idées avec plus d'excès que dans le portrait « de cç ministre qui doit veiller sans cesse à fie-^ « trancher de la somme des maux qu'entraînent a V embarras de chaque jour^ le choc et le con- « traste éternel de ce qui serait possible ddÊns la « nature^ et de ce qui cesse de F être par les « passions. »

J'avoue que l'opinioti de Grimm me parait ici

(i) Correspondance, septembre 1763.

(a) Page xii de celle notice.

SyA THOMAS. XXIX

plus judicieuse que celle de M. de Fontanes , dont le goût est très-sûr en général.' La phrase critiquée manque, il est vrai, de naturel et de clarté ; mais il fallait néanmoins la rapporter entièrement. L«a voici: « Si j'ajoute qu'un ministre « doit veiller sans cesse à retrancher de la somme « des maux, qu'entraînent l'embarras de chaque c jour , le tourment des affaires , les nécessités « du moment , la {noUesse ou la corruption de « ceux qui exécutent , le choc et le contraste «r éternel de ce qui serait possible dans la nature, « et de ce qui cesse de l'être par les passions , •e je n'aurai encore tracé qu'une image impar- « faite des qualités et des devoirs d'un homme « d'état (i). » D'ailleurs il n'est pas exact de dire que l'auteur ait commencé , dans cet éloge , à faire un grand abus des termes abstraits , etc. : il y en a moins que dans les trois éloges, précédents. Quant au reproche d'être resté fort au-dessous de lui-même, et surtout de son héros, je ne le crois pas mieux fondé. Thomas représente Sully comme guerrier, comme négociateur, comme ministre : les deux premiers tableaux ont nécessairement moins d'intérêt que le troisième ; mais ils sont pleins de substance et même de

(j) Tome III, page io5.

XXX KOTICB

rapidité; les événements et les personnages j sont peints en fort peu de mots. Dans la troisième partie, les talents de l'administrateur sont développés avec plus d'étendue ; le parallèle de Sully et de Colbert suffirait pour démontrer que Técrivain domine le sujet qu'il traite.

Il nous serait facile de justifier notre manière de voir par plusieurs passages remarquables.

C'est un soin que nous laisserons au lecteur éclairé, qui pourra les trouver aisément.

Le pathétique étant la partie faible de Thomas» on ne sera pas fâché de l'apprécier précisément dans le genre qui lui^st le moins familier. Dans son exorde, le souvenir du bon Henri IV lui inspire l'apostrophe suivante : <c Vous ne serez m point séparé de cet éloge, ô vous, tendre ami <c de Sully, vous le plus grand des rois et le K meilleur des maîtres, vous, dont un citoyen ne 4c peut prononcer le nom sans attendrissement ! tf Ah ! si vos cendres pouvaient se ranimer, vous « peindriez vous-même Sully avec cette éloquence « simple et guerrière qui vous était propre ; et « Sully serait mieux loué qu'il ne pourra l'être « par les plus grands orateurs (i). »

Au sujet de l'étroite liaison qui régnait entre

(i) Tome 111, page S'î.

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