‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 15 sur 100 · SUR THOMAS. XXXV · texte numérisé non relu

SUR THOMAS. XXXV

«Tout cela est vrai, me répondit Thomas; et il «est.YTÛ encore que M. d'Argeots^l m'a, signifié f ce ipafcin que M. <|e I^raslin Teut que je me «pré$e|ite , .qu'il exige de moi cette .marque d'atc t^çhepienty que t^Up a été la condition du «b^ey^ qu'il ip|a fa^t ayoir; qu'en l'acceptant, • î'^ A\jL entendis pourquoi il m'était accordé; c^et.que, )^ije ip^i^q^^ ,à mon biçqfaite^r par

.c^^^gr^.pQqrtUO.tiQipm.e qqi l'a qiSensé, je perds c,nifà,p^e,^t,ii^iQrt{me. Yoilà foa pg^ition, A

.« présent,, dîtes -mpi ce que vous. feriez à ma « place*. — ' Est-ce ebien sérieusement, lui dis-je, « gue vous me consultez?— Oui, me dit-il en «souriant, et de l'air d'un homme qui avait pris

. m, son parti. — ;Eh bien! lui dis-je , à votre place, «je ferais ce que vous ferez. — Non; sans dé- « tour , 1 que feriez-vous? — ?- Je ne sais pas ^ lui « dis-je, me donner pour exemple ; mais ne suis- «je pas votre anji? n'êtes-vous pas le mien? — « Oni, me dit-il, je ne m'en cache pas:

Je l'iû dit à I4 terre, au cipl, à Gusiçan niéiiie(i).

■ £h bien I repnsje, si j'avaisAin fi|s, et s'il « avait le malheur de servir cont^ son ^mi la

(t) Paroles d'Alzire à Zamore, acte III, scène 4.

XXXVÏ NOTICE

« haine d'un Gusman , je lui... — N'achevez «pas, me dît Thomas en me serrant la main, « ma réponse est faite et bien faite. — Eh! mon « ami, lui dis-je, croyez-vous^ue j'en aie douté ? <c — Vous êtes cependant venu vous en assurer, « me dît-il avec un doux reproche. — Non certes, «répondis-jë, ce n'est pas pour moi que j'en ai ce voulu l'assurance , mais pour des gens qui ne « connaissent pas votre ame aussi bien que je la «connais.— Dites-leur, reprit-il , que , si jamais « j'entre à l'Académie , ce sera par la belle porte ; « et à l'égard de la fortune, j'«n ai si peu joui, « et m'en suis passé si long-temps, que j'espère « bien n'avoir pas désappris à m'en passer en- «core. — A ces mots, je fus si ému que je lui « aurais cédé la place , s'il avait voulu l'accepter, « et s'il l'avait pu décemment; mais la haine de « son ministre contre moi était si déclarée , que « nous aurions passé , lui pour l'avoir servie, moi a pour y avoir succombé. Nous nous en tînmes « donc à la conduite libre et franche qui nous « convenait à tous deux : il ne se mit point sur «les rangs, et il perdit sa place de secrétaire « du ministre. On n'eut pourtant pas l'impudence « de lui ôter celle de secrétaire interprète des « Suisses. Il fut reçu de l'Académie immédiate-

SUfi THOMAS. XXXVII

« ment après moi (i), mais à une longue dis- « tance; car, de 1763 jusqu'en 1766, il n'y eut, «point de place vacante, quoique, année corn- « mune , le nombre des morts à l'Académie fût « de trois en deux ans.

a Je dois dire à la honte du comte (a) de «Prasiin et à la gloire de Thomas, que celui-ci, « après s'être refusé à un acte de servitude et « de bassesse, crut devoir ne se retirer de chez « un homme qui lui avait fait du bien que lors- « qu'il serait renvoyé. Il resta près de lui un « mois encore, se trouvant, comme de coutume, « tous les matins à son lever, sans que cet homme ' t dur et vain lui dît une parole , ou qu'il daignât « le regarder. Dans une ame naturellement noble «et fière comme était celle de Thomas, jugez «combien cette humble épreuve devait être «pénible! £n6n, après avoir donné à la recon- « naissance aundelà de ce qu'il devait, voyant « combien le vil orgueil de ce ministre était irré-, «conciliable avec l'honnêteté modeste et pafftiente,il lui fit dire qu'il se voyait forcé de

(1} Marmontel fut reçu à rAcadémie française le aa décembre 1 763. (a) Il n'était pas encore duc.

« prendre s^ôn ^Heàcé pbùr liii édngé, et il ste re- <t tîra.Cette conduite àcheva*de feire coMtriaîtres'ôir « Caractère; et, dû côté même dé la fortune , iV ne « perdît rien à s'êtTe éoriduit en Wntiête hômtme. « I^ roi lui en sut gré ; et non-sculemébV il 6bcctint dans là suite une pénâon dé dexh. thilie « Kvres sur lé trésor royal, mais un b^au logement d au Lbùvre, que \tû ût donner le conifé d^Ah^- « vîïïiérs, ^on ami et lé tnren (^i). »

Dix-huit ans avant la pilbiicatîon dés mémoires doint nous venons dé rapportel' uri passage kàse^ long, Saini-Lambért ^'arW de ce fait en pleine* acadéàiiè, lorsqifit y rfeçutfd) le' comte de Guî-^ bert à la place de Thomas. Sâtiè àfommér le duc' dé Praè:lih , il lé désigna par sa qualité dé ministre, et fèrmina son féèit dé là manière suivahte : <c 11 né rehVoya pas M. Thomas, si é^est â né psis rehvojrer l'homme de bien tp£àii à idtbé , <^ que de le traiter aVec indifférëtlËe. M; Thomas « demanda la permission de se retirer; Depilis ce « tHonieîli:^ il diitignii plus lés prôtedteiiré que la (c pativfëté. Il semblait croire qu'bii tie lui ôH^it « des services que pour le corrompre ou pour

(i) Mémoires d'un père pour servir à l'instruction <te ses enfansy livre VII.

(a) Le i3 février 1786.

SUR THQJiAS. XXXIX

«Camr^ ;,el$ H^fmi^Pijm pour con8eiwer.I]é- • quifié daos , ses jugeoients: et dm» sa conduite , I il (allait rester libre. »

la<fainîUtf>>de f^UiM- k <luc do Bra^lio rédania conUo l«Si iait» wticiiiés par le directeur de Cicad^tmie-^ dan^s^ r^oDso au discouio du ré* cipioDidwie^ CToslipotir nousun^devoir dedoniier iciila BOte qu'dJe fit iis»érer< dans ie Merctice de France, du i8 mars 1786, page i33 : a On ne «•peut se dispevsear de dire que jamais M; le duc m de ¥ica6\m n'^igea rien de M. Thomas , qui m pwCt alwmer sa délîcatessp', et* qu'il ne fat pa&

«Joéme^daM la possibilité de le renvoyer divee* « fem^iiâ ou indiieclemenl, pour avoir éprouvé 9 de* sft pevt une généveuse résistance.

« Qn ajoutera cpte le ministre qm s'était d'à**

• bord attaché' M. Thomas eu. qualité de secrén » taire des affaire» étuangères, hii avait ensuite

• precuré^par M. le ducde Choiseul^ son parea^ m et 10» ami, la place de aecrétaire^ioterprète des «Soîswaf aveq mille écus d'appointemeot; que « ^ette plfiice,,iia'il a g^dée jusqu'à sa mort, luifti^ % accordée, ài titre de reti^aît^ ^ e% ço^mme réconv

• pense des ser^cea qu'il avait rendus en qualité «de secrétaire; que. M- Thomas en était d^'a «pourvu lorsqu'il fu^ ipvité à se pré9e9ter pour « iioe placée vacante à l'Académie française, et

XL nOTlCE

(c qu'il n'était plus par conséquent dans le cas ^ « on ne dit pas d'être renvoyé , mais même a remercié.

« On dira enfin que M. le duc de Praslin , après a avoir fait ce qui dépendait de lui pour mettre « M. Thomas également à l'abri des protecteurs «i injustes et de la pauvreté y lui conserva toujours CK l'entrée libre de sa maison et une part distin-- « guée dans ^on estime. »

Cette réclamation serait sans réplique , si les fonctions du secrétaire -particulier , qui était l'homme du ministre , avaient été incompatibles avec celles du secrétaire-interprète des cantons suisses, qui était l'homme du roi. Tout annonce au contraire que Thomas avait réuni ces deux places, et qu'il aurait désiré remplir l'une et l'autre plus Jlong-temps. Il tenait d'autant plus à la première, qu'elle établissait des rapports journaliers et de confiance entre le ministre et lui ; qu'elle semblait par conséquent lui ofiBnr la perspective d'une aisance assurée, dont il se ' proposait de faire jouir sa mère et ses sœurs. Voici de sa part un témoignage qu'on ne peut guère récuser. « Une fois , écrivait^il , la fortune ce s'est presque présentée à moi. J'ai été quelque « temps auprès d'un ministre. J'aurais pu, en y « restant, avoir peut-être un jour dix ou douze

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