‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 17 sur 100 · SUR THOMAS. XLV · texte numérisé non relu

SUR THOMAS. XLV

inorée dans ses travaux, surtout si on le compare avec ses successeurs, on a pourtant lieu de r^retter qu'il n'ait pas connu suffisamment les divers écrits de Descartes, a Quelques auteurs, tf dit -il en parlant de ce dernier, assurent qu'il « n'avait point lu les ouvrages de Bacon , et il «nous dit lui-même, dans une de ses lettres, < qu'il ne lut que fort tard les principaux ou- « vrages de Galilée. Si cela est, il faut convenir « que la gloire de Descartes en est bien plus « grande (i). » Le fils de l'un des meilleurs esprits de ces derniers temps, M. PortaUs, a combattu ces assertions dans un livre posthume de son père, ouvrage excellent qui n'est point assez répandu. On y lit, au sujet de Descartes, le passage suivant : « Ses lettres et sa vie , écrite par « Baillet, établissent au contraire qu'il connais- «sait les ouvrages du chancelier d'Angleterre, « et la lettre par laquelle on voudrait prouver « que le philosophe français n'avait lu que très- « tard Galilée , ne se rapporte qu'à quelques dé- « couvertes en mécanique , ou à quelques inven- « tions d'optique que Descartes pouvait fort bien « ignorer, quoiqu'il eût connaissance des princi- « paux ouvrages de GaUlée. Les écrivains du

(i) Tome III, note a, page 34a.

XLVI irOTICE \

u dîx-huitieioe siède reipontaient raremeiH.HUx « aaiiroQs, et ipanquaieut .généralement de c^ « esprit de recherches, qui. est pour les philolo- « g^fis^ les.histoiîeps et les. critiques, ce que.res- « prit d^observation est pour les ;iiaturali$);es, les ,« pbyMci^ps^ lies. philosophes (i). »

Su retouchant l'éloge deDescartes^ Thomas j laissa des phrases ambitieuses, des.expressipns rforoées. Telle est, par exemple, l'hyperbole suivante que La Karpe, d^s sou Cours de Hftéra-tWCy relève d'autant plus sévèreiqent, que l'esprit, révplutionnaire, dans sa déoaence, 1'^ pr^^e À;la)letti^.r«cTfuit que la phflo^ophie.çt la .xévccjritéi^rontquelque cbo^fî sur UL.tçn;e,, on hp- « pavera, celui «qui a jeté . les Jonfle^çnlis, 4^ ,Pjqs .«, couwissances „et.. reçriééy pour ainsi , dire,7V/îv^tefidem^t hi^maip, (a)..» Lps mpts pour.fmsi 4i^e ne ^trouvent; pas dans U prei;i^èrie éditipq ; :^e(qi|ii reu^t. l'hyperbole plus choquaalte.

Ces ^);es sont rachetées par des. beautés du premier ordre. On, remarque principalement, un portrait de Venviei^ue nous avons annpn{^ plus hi}u( , et qui est, supérieur à celui que nous avpns

(i) De V usage et de l'abus de Vesprù philosophique durant le dix-huitième siècle, tome I, page 19, note i. (a) Torae III, page aSa.

SDR THOMAS. XLVJf

rapporté, .page rxiii de certç Kpttce. « Avjqc.;ses

«s€ottiBents^,aQn: génie et ^ gloire, .il (<Des-

< csMcs) dut trouver l'Envie à Stockholmt comme

€ il Tarait trouvée à Udrecht, à La Haye. et daos

«'ànifilerdam. L'finvîe le suivait de ville en ville,

« et. de* climat en dînoat £Ue avait Ihiochi les

« mers avec lai; elle ne cessa de le poursuivre

tt que loBs^pi'eUe rvit enti>e elle et lui im tom-

« .keau. AX^ra elle sourit un «lôoieat s^f^ tpii(ibe,

« et cevrut 4aas Paris, où la, renommée lui dé-

m. noQjçadt CoraeUle et Ture^ne.

«Homœesde géme».dexIU6^^e pays que, vous « sojez, voilà v<>tre iSort. Les. n^hwr^ fies per- « m isécutions, les» injustices, le «^ris.d^sqoMrs, c l^difFâ^nce du peuple ,, les ealoomies ()e,Kos «; rivaux ou.de ceux qui croiront Vétrq»,riadi- ^.g>t»oe , Texily et p^ut-elre une mort .qbscwe.à «( àoiq cents lieues de votre; patrie, voilà ce que « }€ vous annpnce.} Faut-il que pour cela: yops «r jnenonciez. à- éclairer les. hommes? Ifoq, sws • a doute, jet quajid vous le voudriez, eq étes^yous «( lesmailrcs? Êtes^voiis les. maîtres de do^t^r «* votre, géniç, et de résister à cette impulsion il r^Mde et terrible qu'il vous donne ?N'étes-vous « pas nés pour penser, comme le soleil pour «répandre sa lumière? N'avez-vous pas reçu « comme lui votre» imouvem^nt? Obéissez donc

XLVIII WOTICE

« à la loi qui vous domine, et gardez- vous de •c vous croire infortunés. Que sont tous vos ence nemis auprès de la vérité? elle est éternelle^ et « le reste passe; etc., etc. (i). »

Thomas ayant envoyé son Éloge de Descartes à Voltaire , ce dernier lui fit une de ces réponses aimables et saillantes qui coûtaient si peu à son inconcevable &cilité. Il finissait par l'engager à venir dans sa solitude, pour y vivre avec lui comme un fi*ère que Féloquence , la poésie et la philosophie lui avaient donné (2). Cette lettre respire tant la cordialité, que, pour l'honneur du malin vieillard de Ferney, Ton doit croire que ce ne fiit pas après l'avoir écrite qu'il se permit aux dépens de l'orateur ce jeu de mots si cruel et si connu : « Il ne faut plus a dire du gali-Mathias , mais du galirThomas, »

Les cinq éloges couronnés de Thomas établirent sa réputation jusque chez l'étranger qui les traduisit. Ils se recommandent par l'enthousiasme de la gloire, des talents et de la vertu, par une véritable passion pour tout ce qui contribue au bonheur de l'humanité; ils supposent des veilles laborieuses, des études continuelles,

(i) Tome m, page 33o.

(a) Voyez cette lettre, tome III, pag..4oa.

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