IV NOTICE
fugitives et par une comédie intitulée le Plaisir y qui eut les honneurs de la représentation.
Les Réflexions philosophiques et littéraires sur le poème de la Religion naturelle ^ publiées en 1756, sans nom d'auteur, furent le début de Thomas dans la carrière des lettres. Le commencement de sa préface indique assez l'esprit qui l'anime. c( L'auteur, dit-il, du léger ouvrage que ce l'on présente au public n'est ni théologien ni ce critique ; c'est un homme de lettres qui expose ce son jugement sur un ouvrage de littérature , (c sans flatterie, ainsi que sans aigreur; c'est un « chrétien qui défend sa religion avec zèle, mais ce sans fanatisme. En combattant un grand génie, « il rend hopmage à , ses talents ; il plaint ses ce erreurs, et respecte sa personne; son coeur ce n'est empoisonné ni par l'envie, ni par l'af- «e freux sentiment de la haine (i). »
Grimm qui souvent prononce en maître sur des livres qu'il ne connaît point , a jugé celui-ci de la manière suivante : ec Un imbécille échappé «t de leur école (a), vient d'attaquer le poëme tf de la Religion naturelle , que vous avez lu avec ce tant de fruit et de satisfaction. Il a fait impri-
(1) Tome IV, page 365.
(2) De I école des. jésuites.
SUK THOMAS.
c mer près de trois cents pages de réflexions a philosopliiques et littéraires sur ce poème. < Vous verriez ce que c'est que ce philosophe , tû son délire pouvait mériter un seul de vos « regards C * )• ^ Cette réfutation n'en est pas moins Tune des plus solides que l'on ait opposées à Voltaire. Il y règne en général une discussion modérée, approfondie et méthodique, qui suppose dans un jeune homme de vingt quatre ans une lecture immense. Le critique s'y montre- avec raison toujours sévère sous le rapport de la morale ; mais quelquefois il est injuste sous le rapport du goût. Son esprit, porté à l'enflure, se décèle involontairement dans la plupart de ses observations : il n'est pas seulement inexorable pour les négligences de style, pour les tournures prosaïques, pourries expressions d'une causticité burlesque, on voit qu'il supporte avec une véritable peine les locutions simples , les mots familiers, dont l'emploi bien ménagé est loin de déparer une composition sérieuse. ;
Voltaire , ce me semble , ne parle nulle part de cet ouvrage, dans la volumineuse collection de ses œuvres. Il est pourtant difficile de croire qu'il n'en ait pas eu connaissance: rien de ce
(i) Correspondance, février, 1757.
VI WOTICE
qui intéressait son amour-propre n'échappait à l'activité de ses recherches. Quoi qu'il en soit, Thomas, plusieurs années après, condamna cette production à l'oubli ; il paraît même l'avoir £aiit désavouer, dans un ai^rtissement qui précède les premières éditions de ses autres diverses eu un volume. Voici comment s'exprime l'éditeur : « cet ouvrage fut attribué à M. Thomas; oe <( n'était assurément pas sur la bonté des choses, a ni sur le style qu'on pouvait fonder une pa- « reille conjecture. . . Nous avons voulu savoir tt la vérité ; personne ne pouvait mieux nous la c< dire que M. Thomas, et il nous a déclaré que a cet ouvrage n'était point du tout de lui. »
Ce fut également en 1756 que Thomas, au nom du corps auquel il appartenait, adressa une ode à M. Moreau de Séchelles, contrôleur général des finances. Sensible aux louanges hyperboliques du poète, le ministre augmenta les revenus de l'université d'une somme de vingt mille francs. Voilà ce qu'il y a de mieux à dire de cette pièce , dont l'objet fut rempli.
Lorsque le désastre de Lisbonne consternait tous les esprits, lliomas composa un mémoire ^ur les causes des tremblements de terre qui remporta le prix accessit j au jugement de l'Aca-
SVK THOMAS. VII
demie xoyale des Sciences, Belles* Lettres et \nsde l^oilen, le 3 août 1757.
« On setÈt plus que jamais, ditTautelir, €X)ni-
c bîen il set^ait ayantageux pour le genre humain
« de connaître ce qui cause les tremblements de
« terre... s'il y a quelques présages qui les an-
« noncent , et par quels robjens on pourrait les
« prévenir et les empêcher ( 1 ). b Après avoir rap-
p<Nrté les opinions des anciens et des modernes
à ce sujet, et les avoir discutées, il finit par ces
pieuses réflexions : « Quelque capables que
« soient les tremblements de terre d'effi^yer les
« plus hardis, line bonne conscience les envi*
« sage d'un ceil tranquille et soumis. Elle les re^
« garde comme étant dans Tordre de la provi*
« dence, pour faire trembler les impies, en leur
« faisant voir des abymes sous leurs pieds ,
« toujours prêts à les engloutir au premier ordre,
a en attendant le moment terrible auquel ces
a réservoirs de la justice divine , s'allumant tous
« ensemble, inonderont la terre d'un torrent
«r de flamofies, et y causeront avec le feu du ciel
ff j'embrasement général anoncé dans les livres
m saints (a), w
(i) Tome rV, page 14a.
(a) Épître de saint Pierre, chap. ID.