‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 38 sur 100 · XC NOTICE · texte numérisé non relu

XC NOTICE

a suivi le conseil que je lui donnais d'abanduiuier « son entreprise ( i ). »

C'est par inadvertance que Marmontel parle d'un chant sur Vltalie : il a sans doute voulu dire VMlemagne. Le sujet du poëine au surplus eût-il été mieux choisi, tout semble annoncer que Thomas n'aurait pu le remplir avec un véritable succès. Les six chants qu'il a laissés suffisent pour démontrer que son génie n'était pas inspiré par la muse de l'épopée. Il s'y montre , par de fréquentes harangues , bien plus orateur que poète. On y trouve de riches descriptions, des morceaux heureusement conçus , des comparaisons justes et belles, des pensées fortes et quelquefois sublimes, enfin des vers fabriqués avec la patience de l'art, et quelquefois dictés par l'inspiration ; mais ce sont presque partout les mêmes proportions démesurées , presque partout les mêmes couleurs et le même système d'harmonie. Le chantre de Pierre 1*^*" parait trop souvent ne toucher qu'une seule corde, et les sons qu'il en tire assourdissent à la fin l'oreille par leur chute uniforme. Nul doute que la muse héroïque ne se plaise au milieu des grandes scènes du monde, qu'elle n'aime l'appareil et la

(i) Mémoires, livre XL

SUR THOMAS. XCF

majesté; mais elle veut aussi de riantes images^ pour tenir en haleine l'esprit, qu'une admiration continue fatiguerait à la longue. A des peinturesimposantes doivent succéder des fictions enchanteresses qui reposent Tame, qui la font tomber dans de douces rêveries , qui l'entourent de tous les prestiges d'un bonheur imaginaire.

Si l'on permet un peu de travail et de lenteur à l'éloquence destinée en général à instruire , il n'en est pas ainsi de la poésie, destinée à plaire avant tout. L'orateur peut quelquefois procéder par la voie de l'énumération et de Tanaljse, afin de mieux entrer dans l'esprit de ceux qu'il éclaire. Le poète au contraire, surtout le poète épique, doit parcourir sa vaste carrière d'un vol sûr et rapide ; il doit la parsemer de fleurs, en y répandant le charme de la variété. Thomas était loin d'avoir ce genre de mérite: il marche à pas lents dans sa route, il s'épuise en longs détails , et les accessoires lui font oublier le sujet principal.

Il n'est pourtant pas un seul chant de la Pe- /réirfcqui n'offre des morceaux dignes d'attention. Celui de la Hollande fournit les prodiges de l'industrie humaine. Celui de V Angleterre fait sentir Tinfluence qu'exerce sur le sort des peuples une constitution appropriée à leurs besoins.

XGlf IfOTiCE

frmdée sur réquilihre des pouvoirs, et madheiireusement achetée par des flots de sang. Trois chants sont consacrés à la France. D'après un privilège accordé à la poésie, le Czar arrive a Versailles pendant le mariage du duc de Bourgogne et d'Adélaïde de Savoie, quoiqu'il n'y soit venu que long -temps après, sous la r^ence du duc d'Orléans. Louis XIY lui raconte l'histoire de son règne, et lui présente les utiles leçons de sa longue expérience. Le poète a su profiter des merveilles d'une pareille époque : on aime les vers où l'empereur de Russie , au milieu d'une fête, demande à son ami Lefbrt de lui faire connaître les personnages qui dounèrent tant d'éclat au trône de leur roi (i). La manière dont est peint le modeste Catinat, qui se dérobe à la renommée , est ingénieuse et dramatique (ta). On ne voit pas sans émotion le monarque visiter l'asyle de la valeur, contempler avec respect les vieux guerriers qui l'habitent, les interroger successivement, curieux de savoir quels sont ceux qui ont combattu sous les ordres du grand Condé et du sage Turenne (3). Le chant des

(i) Chani l de la France^ lome V, page i45.

(a) Ibidem, 147.

(3) Chant ïil de la France^ tome V, page «39.

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