XCIV NOTICE
O Racine! en pleurant à ta douce harmonie , J*aurai$ appris de toi les grâces du génie.
Bossuet, Fénélon, pontifes immortels , Cultivant l'éloquence à l'ombre des autels , Heureux qui put vous voir! henreux qui put entendre Et ces accents si fiers, et cette voix si tendre ! O jours trop fortunés! qu'étes-vous devenus?
Beaux-arts, d'un siècle ingrat vous êtes méconnus. L'art terrible et sanglant qui façonne au cama«e Ces esclaves guerriers^ instruments d'esclavage , Est l'art qui dans l'Europe occupe tous les rms. Plus d'asyle pour vous ; votre éloquente voix Est partout étrangère et partout importune.
Moi-même qui, pour vous, dédaignât la fortune. De mes plus jeunes ans vous consacrai le cours. Flétri par la langueur aux plus beaux de mes jours. Long-temps j'ai suspendu ma lyre abandonnée.
Mais quel bruit vient frapper mon oreille étonnée ! Je l'entends qui prélude à des accords savants ; Ses fils harmonieux , agités par les vents , Murmurent daus la nuit des sons involontaires ; Ma main , la détachant de ces murs solitaires, La ressaisit enfin après un long repos.
O siècle de Louis , des arts et des héros !
Tu ranimes ma voix , et mon ame attendrie Se réveille un moment pour chanter ma patrie (i).
Ce début serait irréprochable sous tous les rapports, si le poète n'y déclamait contre le fléau de la guerre. Assurément ce n'était pas sous le
(i) Tome V, page i3i.