‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 41 sur 100 · SUR THOMAS.^ ' XCV · texte numérisé non relu

SUR THOMAS.^ ' XCV

règne pacifique de Louis XY qu'il fallait en dénoncer les ravages. Sous ce prince, à la vérité, les beaux-arts fleurirent moins que sous son prédécesseur ; mais la cause n'en existe pas dans Tamour des conquêtes, puisque personne ne le porta plus loin que Louis XIY. Il fallait la chercher dans les progrès du luxe et de la corruption , dans la direction nouvelle que prenaient les idées. D'ailleurs, est-il vrai qu'à l'époque où Thomas écrivait, tous les rois de TEurope ne respiraient que les combats? Frédéric, Marie- Thérèse, Catherine, Gustave ii'encourageaient-ils donc pas les talents ?

Thomas est quelquefois sorti du ton sérieux de la haute poésie , pour descendre à celui de la poésie légère. Quelques-unes de ses pièces fugitives ne sont pas sans agrément. Tels sont les vers extraits d'une lettre sur madame de V***(i). Je crois qu'il s'agit de madame de Yillemane, qui fixa quelque temps l'inconstance de Louis XY, et qui conserva la séduction de la figure jusque dans sa vieillesse, par un pbénoAiène qui vraisemblablement ne s'était pas renouvelé depuis Ninon de Lenclos.

Dans les oeuvres posthumes de Thomas, on

(i) Tome VI, page 6i.

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remarque une Traduction en vers de là satire dixième dé Ju^énal, sur les vœux des hommes.

A propos de cette pièce , nous observerons qiie plusieurs éditeurs ont eu tort d*attribuer au même écrivain la traduction en vers du fragment de la sixième satire latine, où se trouve la peinture trop fidèle des excès de cette impératrice romaine , dont le nom est devenu un ontrage.

Il est vrai qu'au mois de juin 1796, M. de Foqtanes envoya cet essai de traduction , comme étant l'ouvrage de Thomas, à nn journal fort répandu à cette époque, intitulé: la Décade pki* losophique^ littéraire et politique; mais lui-même en était Fauteur : c'est un fait qu'il m'a certifié plusieurs fois. Sous le nom d'un littérateur mort depuis onze ans, sous l'abri d'un talent noo moins chaste que célèbre, il fot bien aise de prouver que notre poésie était capable de rendre tous les détails avec bienséance. Il eut le secret plaisir d'entendre citer ses propres vers, comme étant les meilleurs de l'homme auquel il les avait attribués. Sans doute il allait tout l'art d'im versificateur aussi habile pour reproduire la révoltante énergie d'un pareil tableau , sans manquer au respect que commande la délicatesse du lecteur français. Nous renvoyons, à la fin des pièces qui suivent cette notice, la lettre de M, de

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Fonûiies , pour satisfaire ceux qui regretteraient de ne pas rencontrer dans cette édition les vers qui passent pour être de Thomas:

Le dernier écrit important de celui-ci est son Traité dé la langue poétique. Un mois avant sa mort , il écrivait à madame Necker : « Je me suis «amusé à faire un morceau de prose qui n'est «point encore achevé, mais qui est déjà assez «étendu. Ce qui m'en a fait naître Tidée, c'est ^\e Journal de la langue française , qui se fait «ici, et que vous connaissez. L'auteur m'avait «envoyé tous ses numéros (i). J'ai voulu lui « écrire pour le remercier , et ma lettre est « presque devenue un ouvrage ; mais ia partie «la plus considérable est un morceau sur la «langue poétique. J'examine ce qu'elle a été «chez les peuples anciens et modernes, et ce «quelle est parmi nous. J'en fais à-peu-près « Ffiistoire. Je cherche comment , et jusqu'à quel «point elle est distinguée de la prose, et com- « meut son caractère s'est formé parmi les nations « les plus connues (j). »

(î) L'auteur était Doinergue, qui rédigea ce journal à Lyon , jusqu'au moment où les feuilles consacrées à la' politique prirent la place des feuilles littéraires.

(a) Lettre écrite d'Oiillins , le 24 août i785,iome VI, page 5ii.

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