PORTRAIT DE THOMAS
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1|. Thomas n'est pas grand ; son air est simple et modeste*, sa figure et ses traits peuvent s'accorder avec la célébrité , et ne l'annoncent 4>as. On dirait que la nature ait vouiu lui ménager en tout le plaisir d'étonner : c'est elle qni, dès sa naissance, le doua des vertus et du génie; c'est rlJe qui le créa sublime et grand. Mais il voulut s'agrandir encore ; sa taille l'élevait au-dessus des autres hommes ; il voulut monter sur un piédestal , et se mettre loin de notre vue. Ainsi ses idées pures devinrent sévères; son style noble et majestueux s'eonoblit trop peut -être, et ses défauts en tout genre furent l'excès de la perfection.
Il n'était pas alors dans le secret de la nature ; elle Tinstruisit, et l'émule de Lucain devint le rival d'Homère; et, s*il ne renonça pas en apparence aux maximes des Brutus et des Régulus , du moins il se conduisit comme Fénélon , et il en a la sensibilité. Ainsi M. Thomas fit des progrès dans l'opinion, sans avoir eu peut-être beaucoup à acquérir; car les premières idées d'un sublime écrivain paraissent toujours téméraires. M. Thomas , qui fut couronné tant de fms , avait ceiiendant rencontré des critiques; mais Marc- jinrèie vl
CIV MURCKAUX
V Essai sur les Éloges ont fait taire l*envie. De grands pas tracés sur le sable semblent hors de proportion ; que le géant se montre , op est pénétré de respect. Ne vous effrayez point de cet air austère et indigné, et de ces opinions rigides et sauvages. La physionomie de M. Thomas exagère toujours ses expressions, ses expressions exagèrent ses idées, et ses idées exagèrent ses sentiments; mais ses sentiments sont justes et vrais : le cœur du sage est une portion de la divinité» infaillible comme elle.
M. Thomas est plus jaloux des siècles à venir que des siècles passés; c'est dans la postérité qu*il décoavre ses rivaux : les grands hommes qui l'ont précédé lui laissent l'espoir de les surpasser; il a leur mesure et le sentiment de ses forces : son inquiétude ne peut tomber que sur les possibles. On le croirait donc moins occupé de ses idées que de la crainte d'en latssirr à ses successeurs; et l'on voit bien que si la gloire était une femme, il la poignarderait avant de mourir, afin qu'elle n'appartînt à personne.
M. Thomas aime la solitude. Loin des villes, on ne se rapproche des honmses que par la pensée , et le génie ne voit alors que ^es inférieurs; c'est par cette raison que la retraite le polit, et que les dépendances de la société et les distinctions de rang ou de fortune le rendent sauvage au railieu du grand monde, et lui donnent souvent de l'humeur.
Les petits rapports qui unissent les hommes entre eux, sont autant de fils déliés par lesquels ils se touchent dans tous les points de leur existence; mais M. Thomas ne tient à ses semblables que par deux grandes chaînes, la gloire et la vertu : ces chaînes, fortes en apparence, isolent en effet celui qui n'en porte point d'autres ; car ce n'est plus le suffrage des particuliers qu'il doit rechercher, c'est celui des nations et des siècles ; ce n'est plus l'approbation de l'individu, c'est celle de son cœur et de son Dieu. Ces grands