‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 44 sur 100 · JOINTS A LA JVOTICE. CV · texte numérisé non relu

JOINTS A LA JVOTICE. CV

rapports font disparaître et le désir de .plaire et l'art de captiver les suffrages : aussi \oyez M. Thomas dans la société ; l'on dirait qu'il j surnage sans pouvoir jamais se mêler avec elle : tranquille et solitaire au centre des secousses de Fintérét personnel , les hommes ne sont pour lui que le sujet de ses pensées; observateur indifTérent, s'il est dans an cercle, il se lait, tout l'ennuie et rien ne lui échappe.

H. Thomas juge les caractères avec trop de sévérité, et le génie avec trop d'indulgence ; et j'en conclus qu'il est un peu jaloux des talents ; car on ne peut reconnaître ses défauts qua l'excès de ses vertus.

Le travail est pour M. Thomas la seule mesure de la vie ; il veut que chaque heure lui rapporte l'éternité; et si la nature fatiguée réclame ses droits et le ramène au milieu du monde qu'il perd trop souvent de vue, il est comme un exilé qui revient dans sa patrie après une longue absence, et qui s a/flige de n'y reconnaître personne.

M. Thomas écrit tantôt comme Bossnet, tantôt comme Tacite, et quelquefois comme Fontenelle; cependant oh ne dira pas qu'il leur ressemble; car l'empreinte forte et continue de son caractère et de son âme efface toutes les appa* renoes de l'imitation.

Virgile a fait son héros pienx ; Homère , vaillant ; le Tasse, amoureux : celui de M. Thomas est inflexible et féroce , mais toujours imposant; tout plie devant lui jusqu'à la nature : les héros du Tasse et ceux de Virgile habitent un climat délicieux; M. Thomas a placé le sien dans des contrées sauvages et terribles , dans des déserts immenses et stériles; enfin , s'il lui a donné des vertus, il en a fait en même temps un despote, et peut-être un tyran; et pour satisfaire' son humeur contre les hommes, et en laisser l'empreinte dans son ouvrage, il s'est plu à peindre à la fois le maître et les esclaves, et à mettre continuellement h côté d'im héros l'humanité humiliée et avilie.

CVl MORCEAUX

La mémoire de M. Thomas est si vaste et si tenace, qu'il n'a jamais rien oublié : aussi Ton n'a pas tort impunément avec lui ; idées, gestes, procédés, tout s'enchaîne également dans son souvenir, et l'on ne se représente jamais à ses yeux sans éti*e accompagné de toutes ses fautes , de tous ses propres défauts.

Par un de ces hasards dont ii est difficile de se rendre raison , il est lié avec un homme ( Bartfae ) qui n'a aucun rapport avec lui , qu'une sorte de ressemblance vague dans la ligure , comme le moule de terre grasse ressemble à la tête qui lui a servi de modèle.

M. Thomas a mis entre les richesses et lui, deux barrières qu'il ne franchira point, la fierté et l'indifférence.

La justesse de son esprit, plus encore que son caractère, lo rend ordinairement d'une société douce et facile ; nlab si l'on touche, même indirectement» k sa fierté, il est âpre dans ses réponses , et^méconnaît les gens qui l'aiment le mieux.

Je ne m'étendrai point ici sur l'éloquence et les rares talents de M. Thomas: dès que la renommée parle, il faut l'écouter et se taire. On n'aime pas an théAtre ceux qui bourilonnent, à l'oreille de leurs voisins, les airs chantés par une grande actrice. J'ai donc mieux aimé imiter ce mauvais peintre qui saisissait les ressemblances des plus belles personnes |»ar leurs défauts habituek; j'ai représenté M. Thomas isolé au milieu des hommes, plus austère encore dans ses moeurs que dans ses écrits , plus fait pour mourir comme Caton et Kégulus , que pour vivre dans le dix-huitième siècle. J'ai dît qne, preuant sa mesure en lui-même, H voyait tout en grand , les hommes, les vertus, la nature, et jusqu'à son amie, car il a cru trouver nne àme digne de la sienne; mais du moins il n'a pu exagérer les sentiments qu'elle a pour lui.

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