‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 45 sur 100 · DÉTAILS SUR THOMAS · texte numérisé non relu

DÉTAILS SUR THOMAS

EiLtndts des manuscrits de Hkrault db Sécbellu.

Thomas avait pour habitude, lorsqu'il se portait bien, de travailler dans son lit jusqu'à sept ou huit heures ; il se levait ponr continuer son travail en se promenant Vers les neuf heures on lui apportait son déjeuner, toujours très- frugal. Après son déjeuner, il se remettait sur son Ht , ôtait ses souliers, s'asseyait les jambes croisées, comme Malebranche, fermait ses rideaux et ses fenêtres, et se concentrait ainsi jus- (\«L'aii&ier. Dans ces moments il ne pouvait souffrir personne dans sa cbambre, il eût même été gêné de savoir quelqu'un dans la chambre voisine.

Les jours d'Académie , après l'assemblée , il allait chez madame ?Iecker, chez laquelle d'ailleurs il passait tous les joors deiix heures quand elle était seule. Il avait pour elle no extrême attachement; quelquefois cependant il se reprochait le temps quMl y passait; il disait que si cette connais* sauce eût été à refaire, il ne l'aurait pas faite.

A son retour, rarement il composait, il se faisait lire quelque ouvrage, mais jamais ou presque jamais les ouvrages nouveaux : quelqu'un lui en rendait compte.

A la campagne, il travaillait fort souvent en plein air : il s'asseyait, le dos appuyé contre une charmille, travaillant à voix basse, la tète baissée, une prise de tabac à la main, tfalt portait continuellement à son nez, sans s'apercevoir que c*était toujours la même.

Une fois au travail, il y tenait si fort, que, même en montant à cheval , il travaillait ; en sortant de sa chambre il «vait l'air agité , poursuivi par sa pensée : en arrivant au-

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près de son cheval , il le caressait ; dans sa distraction , il lui demandait souvent comment il se portait. Le venait-on chercher pour dîner ou pour souper, il fallait l'arracher de rétude : Toujours diner, toujours souper^ toujours se coucher, disait-il souvent , on passe plus de la moitié de sa vie à recommencer ces choses. Thomas craignait les visites. D'Alerabert, Watelet, Chabanoa, Ducis, Champfort et moi étions seuls exceptés. II mangeait rarement en ville, et avait renoncé à y souper : il disait qu'il n'y avait que les paresseux qui courussent ainsi les dîners.

Sa manière de vivre était celle d'un homme qui éprouve un sentiment intérieur et profondément concentré. Il parlait bien , très-purement, sans affectation , ne s'abandonnant jamais, toujours maître de lui et de ce qu'il voulait dire. Du reste, il aimait à rire : il racontait des histoires piquantes et les racontait bien.

Il lisait toujours le même livre, c'était Cicéron , et ne manquait jamais de l'emporter à la campagne.

Lorsqu'il ne composait pas, il se faisait lire des ouvrages entiers: La Calprenède, l'Histoire universelle des Anglais. Ses auteurs favoris étaient, parmi les poètes, Homère, Euripide, Virgile, Métastase et le Tasse. Voltaire éuit toujours dans ses mains. Racine, J.-B. Rousseau, Ju vénal , qu'il traduisait souvent, lui plaisaient aussi beaucoup.

Quand Thomas avait conçu du mépris pour quelqu'un , et qu'on lui en parlait, il répondait froidement: Je ne le connais pas. Il était doux, patient, sobre, bon, compatissant, sensible à l'excès , mais jamais emporté ; il traitait ses domestiques avec bonté; jamais un mot qui pût leur faire sentir leur condition.

Plusieurs hommes de lettres reçurent de lui des secours considérables, relativement à eux et relativement au bienfait teur. Malfilàtre fut du nombre : il allait avec adresse audevant des besoins.

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