‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 51 sur 100 · DU MÊME AU MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME AU MÊME

«7 septembre 1766.

J*at reçu, monsieur, votre lettre obligeante, et je ne puis vous dire coiiil»ieD j'y ai été sensible. Du haut de vos knon-

CXVJ MORCEAUX

lagnes vous lorgnez donc ce qui se passe dans nos plaines des bords de la Seine, et mon souvenir vient quelquefois se fourrer à travers vos ordonnances. Pour moi , je me rapelle toujours avec un nouveau plaisir, monsieur, les heures agréables que j'y ai passées avec vous à pied, à cheval, à table et dans les bois ; tous ces moments-là se sont écoulés bien vite, et je désirerais beaucoup les voir revenir. £n attendant, je profite de vos conseils pour ma santé; je modère mon appétit, comme si vous étiez assis près de moi, je suis vos avis encore plus que votre exemple, et je tâche de difTérer mes maladies pour le temps où je pourrai vivre et mourir de votre main. En vérité , je crois , vous feriez aimer le métier de malade, et vos contes charmants seraient la distraction du monde la plus gracieuse pour tous ceux qui voudraient s'en aller de celui-ci tout doucement. Comme pourtant je n'ai pas encore pris tout-à-fait mon parti là-dessus , je m'occupe le plus que je peux des moyens de vivre. Je monte toujours achevai; au lien des bois de Liesse, ce sont les boulevards de Paris; Meudon, Versailles, Saint- Germain me tiennent Ueu de Montaigu , d'Ap et de Couci ; ainsi , je cours après la santé et quelquefois je l'attrape. Je me sens beaucoup plus de forces que je n'en ai eu depuis long- temps, et il ne me manque plus que cinq ou six conférences avec vous pour me bien porter. Ma réception à l'Académie ne sera que vers le milieu de janvier, et j'aurai l'honneur de vous envoyer mon discours dès qu'il paraîtra : je ne sais trop cependant à quoi il pourra vous servir, si ce n'est à guérir quelque insomnie invétérée de quelques-uns de vos malades; car les harangues académiques ont eu de tout temps cette merveilleuse propriété , et leurs efforts ne ressemblent pas mal à ceux de l'opium. Croyez-moi, une dose de votre gaieté vaut mieux que tous ces discours. Vous êtes heureux, et vous faites circuler le bonheur autour de vous. Adieu, je vous embrasse de tout

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