‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 52 sur 100 · JOINTS A LA NOTICE. CXVII · texte numérisé non relu

JOINTS A LA NOTICE. CXVII

noD cœur; autant en fait madame de Marchais ayec laquelle j'ai (Bné aujourd'hui. Elle parle toujours de vous avec intérêt, et elle aime à en entendre parler. Vous tournez la tête à toutes les jolies femmes, elles aiment tant la gaieté: et qui mieux en effet embellit le teint? Je ne vous parle point de M. de Marchais : vous savez comme vous avez fait sa conquête. Pour moi , j*ose venir à la suite et la leur disputer à tous par un inviolable et tendre attachement , etc.

LETTRE

DU MÈBIE A Bf>* LA MARQUISE VIOLANTE CHIGI.

( 177a ou 1773.)

?, je vous dois des remercîments, sans avoir le bonJbeiir de vous connaître ; et le prix le plus glorieux de mes faibles ouvrages est d'avoir pu intéresser une âme telle que la votre. Sans doute en me lisant vous m'avez prêté vos propres charmes ; et mes écrits se sont embellis à vos yeux de tous les sentiments qui étaient dans votre cœur. C'est à cette illusion que je dois les bontés que vous avez bien voulu me témoigner dans votre lettre. Je l'ai lue et relue avec autant de fecoonaissance que d'intérêt; vous cachez votre nom, mab partout les qualités de votre âme se trahissent; j'y vois tout ce que la nature donne de sensibilité, orné de tout ce que l'esprit peut donner d'agréments : j'y vois le goût des arts et des lettres et cette heureuse habitude de penser, le plus doux des besoins pour celui qui l'a une fois connu.

Quelques philosophes austères ont voulu priver les femmes de connaissances; mais l'esprit n'est qu'un^grâce de plus pour la beauté même. Vous l'avez senti, madame, et

CXVJII MORG£ACX

VOUS n'avez négligé aucun des charmes que vous pouvez avoir. Je vous félicite de la vie solitaire que vous menez : non , ce n'est pas dans le tumulte et le bruit que l'âme s'élève ; que la raison s'épure ; que le coeur se remplit de ces senti* ments doux et tendres si nécessaires au bonheur. La nature a attaché ces sentiments à la retraite; et ce qu'on appelle les sociétés et le monde n'est bien souvent que l'art de s'oublier soi-même.

Je suis flatté , madame , d'avoir ce sentiment commun avec vous : quoique vivant à Paris, je m'en échappe souvent pour aller passer dans la solitude plusieurs mois de suite, qui s'écoulent avec délices entre la nature et l'amitié. Ce n'est que par là que je puis mériter le nom de philosophe que vous me donnez. Je tâche d'avoir la philosophie du bonheur : je cultive les lettres par goût , je fuis souvent le monde par lassitude et par l'amour du repos. Ce monde est étranger à mon cœur; mon âme n'est point faite pour les mouvements violents 9 et tout ce qui l'exerce trop vivement la fatigue. Que je serais heureux , madame , si la retraite que j'aime étidt moins éloignée de celle où vous passez vos jcwrs! je sens que j'y serais alors plus atuché, je sens que cette âme élevée et sensible qui se peint à chaque ligne de votre lettre, parlerait souvent à la mienne; mais il me &ut probablement renoncer à ce bonheur : vous ne quitterez point le beau ciel de votre Italie pour voyager en France , et je ne sais si je serai jamais assez heureux pour voir le beau pays que vous habitez. D'autres vont visiter en Italie des statues et des tableaux; ils vont errer à travers les ruines de l'ancienne Rome et les magnificences de la nouvelle : pour moi , si jamais je pouvais faire ce voyage, j'irais voir les vertus unies aux talents, et les grâces de l'imagination à la sensibilité du cœur ; j'irais chercher un portrait qui manque à ceux de toutes les femmes célèbres dont j'ai osé parler; alors je ne

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serais pas teDté de passer la Toscane , et quand je vous aurais vue, madame t j'aurais vu tout ce qui peut m'intéresser en Italie. Agréez le profond respect et les sentiments de re^ ooaaaissance avec lesquels j'ai l'honneur d être , etc.

LETTRE

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