DU MÊME A LA MÊME
(1774 ou 1775.)
Madame , je vous dois des excuses d'un silence bien long , naûs très-involontaire, et que je ne me pardonnerais pas s'il n*afâtété forcé. Vous me fîtes l'honneur de m^écrire, il y a près de deux ans, une lettre que je lus avec le plus tendre 'aaérèiy et où tontes les grâces de l'esprit se mêlaient avec la seosîbiiité la plus touchante. Je me disposais avec empresseaieiii à TOUS répondre , lorsque je fus attaqué d'une maladie tmUe sur les yeux ^ qui a duré deux années entières et qui n'est pas encore entièrement guérie. M<rnacé presque de^ perdre la vue , j'ai passé ces deux années âans un état d'infimdté et de langueur qui a prodigieusement afifaibli ma santé 9 et auquel plusieurs maladies successives se sont jointes. Cet état a été pour moi une espèce d'anéantissement : je ne pouvais ni lire ni m'occuper ; la pensée même était pour moi une fatigue, et j'en sentais aussitât le contre-coup sur des organes faibles et délicats: j'étais obligé de laisser errer mon imagination et mes idées au hasard , comme dans un songe. Ma vie n'était plus qu'un rêve pénible , et tout sentiment vif y en donnant une secousse trop forte à mes nerfs, ajoutait à mon mal. Privé du plaisir de penser, de sentir, redoutant toutes ces impressions vives qui nous avertissent
ï chaque instant de notre existence,, et qui sont le charme-