‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 54 sur 100 · C\X MORCEAUX · texte numérisé non relu

C\X MORCEAUX

et la paix de la vie , j'étais condamné à vivre dans un calme profond, à peu près comme les ombres qu'on nous peint dans rÉlysée, et dont le souvenir et les idées ne sont ell^-mémes que des ombres affaiblies ; enfin, je commence à renaûtre et je reviens sur la terre. La dernière lettre que j'ai reçue de vous aurait pu seule produire cet enchantement : si j'étais Orphée, je dirais que c'est Eurydice qui le rappelle à la vie. Votre style ingénieux et touchant doit faire plus de miracles que cette lyre qui enchantait les ombres ; mais la personne à qui vous aviez confié cette lettre si intéressante et si aimable ne s'est guère occupée de mon bonheur. Votre lettré est datée du i^^ mai, et je ne l'ai reçue que le a S octobre, c'est-à-dire, six mois après; elle m'est arrivée de Bruxelles par la poste. Je dois encore des remercîments à cette personne, telle qu'elle soit, de ne m'avoir pas oublié tout-à-fait ; je lui ai l'obligation de connaître un bonheur que j'auraisignoré : malgré mes torts apparents, vous avez bien vouhi encore vous souvenir de moi. J'ai lu ces caractères tracés par une âme sensible et partout animés d'une imagination si douce et si tendre. Ah ! la récompense la plus flatteuse de mes ouvrages est d'avoir pu intéresser une âme telle que la vôtre ! Je vis et je respire donc où je ne suis pas. Si loin de moi, vous daignez me lire et m'en tendre, vos yeux ont pu se fixer sur les pages que j'ai écrites, et quelquefois une larme d'attendrissement a pu vous échapper; si quelquesuns des sentiments de mon cœur ont pu passer dans le vôtre, si j'ai deviné quelquefois ce qui pouvait vous toucher, cette gloire me suffit et je n'aspire point à en avoir d'autre. Vos bontés mettent beaucoup trop de prix à mes faibles talents ; mais je sens qu'ils auraient été plus dignes de vos élo-* ges, si le ciel m'ei\t rapproché de vous. J'aurais pu alors vous voir et vous entendre ; j'aurais puisé dans vos conversations et dans le commerce le plus doux, l'art d'intéresser et de

Page 1