CXXVIII MORCEAUX
LETTRE
DU MÊME A M. DE LàCRETELLE L*ilINÉ.
Nice, oe 6 février 1785.
Je vous remercie bien véritablement, monsieur, de ne ni'avoir point oublié à la distance où je suis de vous , et de m'avoir fait tenir un ouvrage aussi précieux que le vôtre. Je l'ai lu avec le plus vif intérêt. Sagacité d'esprit, finesse de vues, justesse dans les idées» humanité dans les seutimenis, pathétique dans tous les morceaux qui en étaient suscepti> blés, expressions heureuses, noblesse à la fob et sagesse dans le style, voilà ce qui m'a frappé d'un bout à l'autre de ma lecture. Partout vous occupez, vous fixez l'attention, vous intéressez l'âme ; et l'ouvrage le plus utile est en même temps un ouvrage très- agréable. On aime et l'on chérit celui qui voit et discute ainsi nos préjugés, et les maux qu'ils nous causent.
Votre premier discours est une histoire piquante, faite, pour ainsi dire , sur des matériaux qui n'existent pas , mais à qui vous donnez, en les créant, toute la vraisemblance qui représente à nos yeux la vérité. Vous ralliez l'histoire d'une opinion à celle des sentiments naturels de l'homme » et à celle des lois et des usages de nos temps barbares, qui ont dû la faire naîti^e. Vous faites parfaitement voir comment elle a dû survivre aux causes mêmes qui l'ont produite , et qui en partie ne subsistent plus. Cette marche heureuse et ce développement pourraient s'appliquer à l'histoire de presque toutes nos opinions et de nos préjugés modernes , qui, nés dans l'ignorance, se conservent avec nos lumières « nés dans la barbarie, restent encore dans l'état de civilisa-
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IMB, et offrent chez tous les peuples de TËuit^ un nié- Unçe biaarre et nu contraste ânguUer d'usaçk», de yices, d*erreurst de iwrius» de <H>linM8saiices ei de lois ^in se ooidiNitteot. Nous ressemblons dans notre «arche à ce serpent de k fable y (pii, a^oc uue seule tête , a pu aisëment francbîr d'une partie de son corps les buissons qui l'arrétaieQt , mais dont les cent queues pliëes et repliées de mille manières sont restées dans les broussailles, à travers lesquelles elles n'ant pu pnsser. Il fiaut le délivrer de cette partie de luiaéne, pour qu'il puisse continuer sa roule.
Votre second discours prétait plus à réloqueoce, et vous en avez tiré un grand parti. J'aime fort le morceau où vous peiçKs si bien l'espèee de terreur avec laquelle un jeune bmainc, rejeté jusqu'alors du sein d'une famille, et qui ne répondait que de lui-même à la société, en retrouvant ou redemandant à la loi des parents , va désormais entrer en partage de tous les hasards de flétrissure et d'infamie, à iaquette oo préju^ barbare peut l'associer. Cette idée est belle et vraiment éloquente. Et l'histoire de cette famille malheureuse y dont le crime d'un seul a détruit les vertus, le iioaheor et les talents ! £t ce jeune homme si intéressant et né pour les vertus, qui, échappé du pied de l'échafaud d'un pcRy pauvre et orphelin, implore la pitié, est repoussé de tontes parts par l'horreur et le mépris , et dont l'âme dégradée devient féroce, pour se venger d'une socivté féroce qui ie repousse et le rejette hors de son sein ! Il est impossible de peindre avec plus de chaleur et de force les effets terribles du préjugé, c'est les mettre en drame et en action ; ce qui eu bien pkis puissant sur les esprits que tous les raisonnements du mondie. Jamais la logique n'a déraciné un seul préjugé, ni une opinion populaire : il faut ébranler Famé et l'imagination, comme vous aves fait.
Je retrouve le même caractère et le même genre -de beautés I i
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dans plusieurs morceaux du troisième dtsfX)ui*Sy surtout dam celui où vous faites voir comment les lois se sont, pour ainsi dire, rendues les protectrices du,préjugé, et se soot associées à lui par la barbarie des supplices. Il y a là une peinture effrayante , et une réclamation bien noble de rhumantté dans la punition même du plus grand das crimes. Ce morceau était difficile e^ environné d'écueils, et vous avec sa les éviter avec beaucoup d'art. Le sentiment qui vous anime vous sert de sauve-garde; et vous couvres, pour akud dire, de toute la pitié du genre humain celle que vous inspire un monstre même. Le morceau de la fin, et cette famille désolée que vous amenez au pied du trAne, présentent un tableau doux et touchant, et l'emploi le plus attendrissant de l'autorité royale.
Je regarde, monsieur, Tensemble de ces trois discours comme un des meilleurs ouvrages que nous ayons, et par son utilité et en même temps par l'exécution. Vous vous êtes défendu partout de cette exagération qui ressemble ellemême à un préjugé , et qui par là même est moins propre à le combattre. Vous avez partout cette mesure qui ne met jamais en défiance celui qui écoute contre celui qui parle. Je vous remercie et pour moi, et pour la nation, et pour les malheureux à qui un si bon ouvrage ne peut manquer d*étre utile. Il doit fixer les regards du public, et peut-être réveiller ceux du gouvernement sur l'effet d'une opinion qui , comme vous le remarquez fort bien, ne doit point être nnéantie tout-à-fait, mais modifiée et conduite par la justice.
Les autres morceaux que vous avez réunis dans le même volume , sont tous intéressants par les vues du bien public , et la philosophie éclairée que vous mêlez à la discussion d^^ nos lois. Vous raffermissez l'alliance des lois avec la poliiiquo et la morale. Vos réflexions, suitout sur la réforme de nos lois criminelles, n^e paraissent une table excellente des grands
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objets qu'il y aurait à examiner et à traiter dans cette partie. Cette table, si courte, est comme ces éclairs qui découvrent daas b nuit un Tas te horizon.
Encore quelques ouvrages pareils, monsieur, et vous aures la réputation solide et bien méritée d'un excellent esprit et d'un de nos bons écrivains... Adieu, monsieur^ je ^^os embrasse et vous remercie de nouveau. Agréez ma recoDoaissance et mon inviolable attachement.
J'ai l'honneur d'être, etc.
TITKB Dfi l'OUVAAGB 0« l.ACaXTKLLE.
Discours sur le Préjugé des Peines Infamantes , couronne aamois d'août 1784, par l'Académie de Metz.
lettre sur la Réparation qui serait due aux Accusés juges innocents.
Dissertation sur le Ministère Public.
Kéjlexions sur la Réforme de la Justice Criminelle. Paris , chezCuchet, rue et h6tel Serpente.
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