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plaines de Fontenoi, et, quoiqu'il fut mort depuis près de neuf ans (i), sa perte lui paraissait toujours récente; aussi le choix du sujet fut-il universellement applaudi, et la lecture publique du discours couronné fut-elle entendue , le jour de la Saint-Louis, avec les transports de l'enthousiasme. Grinmi cependant ne craint pas de dire : a J'avoue que je n'y ai trouvé que du ver- « biâge (ql). » Fréron est loin de s'exprimer avec cette injurieuse fatuité; mais son ton est bien différent de celui qu'il emploie à l'égard de JumonvUley soit qu'il veuille infirmer le suffrage de i'Académie, soit qu'il croie apercevoir du 'changement dans les opinions de l'auteur. Un guerrier dont les exploits forment pour nous la plus belle époque. militaire du dix-huitième siècle, fournissait, sans contredit, à l'éloquence des ressources dont l'orateur n'a pas toujours su profiter. On désirerait que celui-ci, en suivant avec moins de scrupule la chaîne des évène-^ ments, eût jeté dans sa composition plus de mouvement et de variété ; mais il est injuste d'y voir, comme le fait le rédacteur de \ Armée litténùre, « une dissertation historique en style
(i) Le 3o novembre i^So,
'•i) Correspondance , septembre 1759.
Xn NOTICE
a pompeux, une gazette ampoulée (i). » Nous nous occuperons ailleurs des beautés et des défauts de Thomas comme écrivain. Nous remarquerons seulement ici que la verve et l'abandon sont les qualités qui lui manquent le plus. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer la description de la bataille de Rocroi par Bossuet, dans l'oraison funèbre du grand Condé , et celle de la bataille de Fontenoi, dans l'éloge de Maurice. Ce parallèle a été fait par l'un de nos meilleurs critiques (q).
L'auteur a beaucoup retouché cet éloge. Il en a fait disparaître l'exorde, justement condamné par Fréron. Ses corrections se sont étendues même sur le portrait de Charles^XII, roi dé Suède, l'un des morceaux les plus saillants (3). Il a rendu son style plus juste et plus sain, en changeant des expressions exagérées, en retranchant des membres de phrases inutiles, et surtout des épithètes redondantes. Il avait trop oublié l'une de ses propres maximes, qui se trouvait à la fin du discours, et qu'il a
(i) Année littéraire, V* volume de 1759.
(2) M. de Fontanes, dans le Mercure de France, germinal an X, (avril 1802).
(3) Tome II, paye 373.
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supprimée , suivant toute apparence, parce qu'on lui en faisait l'application : « Les grands mots « expriment faiblement les grandes douleurs. » Aussi ne voit-on plus dans cet éloge autant d'apostrophes et d'exclamations accumulées , dont l'uniformité était aussi froide que monotone.
Parmi les additions dont il a enrichi son ouvrage, on distingue celle qui concerne le brave Chevert. « N'oublions pas d'observer, dit-il, en « parlant du maréchal de Saxe, à l'occasion du « siège de Prague , qu'il choisit , pour l'exécutf tion de l'entreprise, un homme qui justifiait a son choix par sa valeur; qui, élevé de grade Cl en grade, dut tout à ses actions et rien à ses « ancêtres; qui, pour s'avancer, ajoutait à son ff courage tout ce qui manquait à sa naissance ; 9 qui honora ce nom si dédaigné de soldat de 9 fortune y et le porta avec la juste fierté qu'il flt a le droit d'inspirer.... Qu'il me soit permis l « d'associer en passant le nom de Chevert à celui
I a de Maurice ; aujourd'hui qu'il n'est plus (i) , on
j «mêle pardonnera plus aisément sans doute (a). »
I Une autre addition digne d'être remarquée
(i ) Chevert moumt à Paris le 24 janvier 1 769. (a) Tome II, page 386.
XIV woticï;
est celle où l'orateur peint les attaques de Tenvie contre tout ce qui est grand. « Faut-il , toutes « les fois qu'il s'agit d'un grand honune, avoir à « prononcer le nom de l'envie? Quelle est cette <c maladie vile. et cruelle, commune à tous les « temps, à tous les lieux, et qui partout flétrit « le genre humain ? Les siècles , les gouverne^ « ments, les arts, les lois, les mœurs, tout « change; l'^ivie ne change pas. Ennemie éter- « nelie et irréconciliable de tout ce qui est « grand , à peine elle aperçoit du un talent ou « une vertu, elle accourt et les combat. Elle « outragea Turenne et Luxembourg; elle eût «r voulu obscurcir Condé; elle persécuta Mau- « rice. C'est elle qui, dans les batailles, traver* <c sait ses plans; c'est elle qui disait à des amies « viles: Faites périr l'état, s'il le faut, mais em- <c péchez Maurice de vaincre. C'est elle qui, à « Fontenoy, lorsque le roi, la France et cent <c mille hommes étaient en danger, élevait peutff être dans le cœur de certains hommes une « joie barbare , et fit que le gain de la bataille « fut pour eux un malheur plus grand que pour « la Hollande et l'Angleterre. Quelle punition a pourra être égale à ces crimes de l'Envie ? Son <c supplice est dans sa faiblesse ; son supplice fc est de se voir, de se juger, de se comparer sans
SDR THOMAS. XV
( cesse ; son supplice est de s'élancer continuel-
( lement où les autres s'éléyent et de retom-
f ber toujours sur elle-même, de voir à chaque
t instant des succès quelle abhorre, d'être pour-
c suivie par des triomphes qu'elle déteste ; son
«supplice enfin est d'avoir éternellement et
c profondément gravée dans son ame l'image
« de la grandeur d'autrui, qui pèse sur elle et
« qui Faccable. C'est ainsi que la punit Maurice;
« il vole à de nouvelles victoires (i).»
En transcrivant ce dernier morceau de Thomas, nous nous sommes proposés de donner une idée de sa manière d'écrire. Les tableaux, sous sa plume, se déploient en général avec toutes leurs circonstances ; quelquefois même il nuit à leur effet, en épuisant les moindres détails. Comme il revient volontiers sur les mêmes peintures, nous rapporterons ailleurs un autre portrait de l'Envie, tracé dans l'éloge de Descartes, et l'on pourra comparer lé peintre avec lui-même.
VÉlogedeHênri^Fran^isDciguesseaUy chancelier de Firance, couronné en 1760, est le second que l'Académie Française ait proposé. Ce f/igne chef de la magistrature était mort deux
(i) Tome U, page 397.