REMARQUES SUR LES FONCTIONS CROISSANTES ET LES INTÉGRALES DÉFINIES
37. Le problème des moments que nous avons posé au n° 24 nous conduira à considérer une distribution de masse quelconque sur une droite Ox. Une telle distribution sera parfaitement déterminée si l’on sait calculer la masse totale, répandue sur le segment Ox. Ce sera évidemment une fonction croissante de x, et réciproquement, étant donnée une fonction croissante de x, on pourra toujours imaginer quelle représente, de la manière indiquée, une distribution de masse. Ceci nous amène à faire quelques remarques sur les fonctions croissantes. Soit donc y (x) une fonction croissante définie dans l'intervalle (a, b),
E15. Égs Ég une suite infinie de nombres positifs décroissants, tendant vers zéro. Les nombres p(x + En) (n== 10, 722,0) seront aussi décroissants, mais ils resteront > y (x). Ces nombres tendent donc vers une limite déterminée A. Soit
ëi , € » €3)9 une autre suite infinie de nombres positifs décroissants, tendant vers zéro, on aura encore
lim y (x + en) = B (n=21,2,8,...) Mais il est facile de voir que A =—B, et nous pourrons dire que (x +)
tend vers une limite déterminée, dès que la quantité positive & tend vers zéro, d’une façon quelconque. Nous écrirons
+ lim (x ++) = (x), et il est clair que de même y(x—:+) tend vers une limite que nous dé-
signerons par y (x). On a évidemment
p Q) < p (x) Sp (x).
Lorsque (x) = (x), nous dirons que x est un point de continuité;
+ - + lorsque y (x) > y(x), x est un point de discontinuité, et y (x) — y (x) est la mes'ire de la discontinuité.
Dans tout intervalle (a, 8), il y a des points de continuité. En effet, soit À = p (8) — y (a), et choisissons quatre nombres p, q,r, s, de façon que a<p<q<r<s8<h; il est clair que l’une au moins des deux différences p(g)—p(r), p(s)—pt(r)
sera € 4: Supposons, par exemple, que ce soit la première de ces L LA L L À différences qui soit plus petite que LÉ
Écrivons p — a’, g—=f", nous aurons maintenant un intervalle (a, 8’), tel que P(B)—p (a) < $ ef Eee De même, en partant de l'intervalle (a', 8’), on pourra trouver un
intervalle (a”, B”), tel que
a’ é” a” e B" "Hs B'.
En continuant ainsi, on obtient une infinité d’intervalles (a,B), (a,8), (a”, 8°), ..., (a, pa), .….,
tels que PB) — p (a) < À On pourra faire en sorte que lim a@% — lim p® —= y pour M == Or il est clair que y sera nécessairement un point de continuité, car — es p(r) —+(r) ne peut pas être plus grand que y (8) — y (a), quel que soit n: cette
différence est donc nulle. Il est à peu près évident que la somme des discontinuités que peut présenter y (x) à l’intérieur de l'intervalle (a, b) ne peut jamais surpasser y(b)— (a). Donc le nombre des discontinuités qui surpassent un nombre donné est fini, et il est clair par là qu’on peut ranger les discontinuités par ordre de grandeur décroissante. Les points de discontinuité de l'intervalle (a, b) peuvent donc être rangés dans une suite simplement infinie à indices entiers positifs
Lis Moy gs y) Cela est vrai même lorsque l'intervalle considéré s'étend à l'infini; on le divisera en intervalles (a,b), (b,c), (c,d), (d,e),
On trouvera une suite infinie de discontinuités pour chaque intervalle; l’ensemble des discontinuités constituera une suite à double entrée, qu'on sait ranger comme une suite simple. De 1à on peut conclure de nouveau, d’après un théorème de M. Cantor, qu’il y a des points de continuité dans tout intervalle. A la vérité, ce théorème se trouve démontré par les considérations précédentes.
38. Si maintenant, à cette notion d’une fonction croissante, on veut associer l’image d’une distribution de masse, on sera conduit à dire qu’en un point de discontinuité il y a une condensation d’une masse
finie, Un tel point est un point matériel de masse AE AUEN et, superposé à ces masses condensées dans des points, il y aura une distribution continue de masse. Il convient de regarder toujours p(b) — gp (a) comme la masse comprise dans l'intervalle (a, b). L’intervalle (0,x) contient alors la masse (x) — (0) ou y(x) simplement,
si l’on suppose (0) —0. On voit alors que (x) — p(x) est la partie de la masse concentrée au point x, qui est censée faire partie de l’in-
tervalle (0, x), tandis que la masse y (x) — y (x) est censée faire partie de l'intervalle (x, x’), (x > x). En changeant donc la valeur de (x)
dans un point de discontinuité naturellement il faut qu'on ait toujours
! x à) à p(x) <p(x)< y (x)|, on ne change en rien la distribution de masse, on fait seulement une nouvelle convention, relative à la façon de compter
une masse concentrée en æ, comme appartenant aux intervalles (0, x) et (x, x’).
Considérons maintenant le moment d’une telle distribution de masse par rapport à l'origine. Posons a =x,, b—x,, et intercalons entre x, et Zn, n —1 valeurs
LC eo CRI Ensuite prenons n nombres E&,,&,,...,£,, tels que
Gr: = Ës Se.
La limite de la somme
& Co (x) — 9 (xo)] + & Le (&) — p (m)] +... + Enlo (tn) — p (tn -1)]
sera le moment, par définition. Considérons plus généralement la somme
(A) . F(é)Lp (x) — P(to)] + f (Éa[ (x) — P(t) 14... Hf(En) (tn) —p(tn-1)],
elle aura encore une limite que nous désignerons par b J ru) a p (ui a
Nous aurons à considérer seulement quelques cas très simples comme 1 . , . / / f{u)=uf, f{u) = Eu © il n’y a pas intérêt à donner toute sa géné-
ralité à la fonction f(u). Ainsi il suffira, par exemple, de supposer la fonction f(u) continue, et alors la démonstration ne présente aucune difficulté, et nous n'avons pas besoin de la développer, puisqu'elle se fait comme dans le cas ordinaire d’une intégrale définie.
La valeur d’une telle intégrale ne change pas, si l’on change la valeur de y (x) aux points de discontinuité qui se trouvent a l’intérieur de l'intervalle (a, b). Et, en effet, puisqu'il y a des points de continuité dans tout intervalle, rien n'empêche de supposer que x,,%,...,æn-1 soient toujours des points de continuité. Il faut remarquer seulement que a et b aussi pourront être des points de discontinuité, mais un changement de valeur de w(x) dans ces points-là affecte la valeur de l'intégrale, puisque (a) et y (b) figurent explicitement dans la définition de l'intégrale comme limite de l'expression (A).
Posons a = &,, b—£,+1, l'expression (A) peut s’écrire
[@) ob) — fa) @)— p (ty) Lf(Ë )—/f(é)] — p(x)[f(& )—/f(4)]
— P(Xn) Lf(Ën +1) — [Exr)], et l’on a
Ex S Xe S Er
En passant à la limite, on a donc
b b ( [(u) d œ (u) = f{(b) p (b) — f (a) p (a) nu | p (u) d f (u).
Dans le cas FO a = 0— y (0), f Eee — p (b) +f eos.
u+zx b+x (u + xŸ
Faisons croître b indéfiniment, en supposant que + (b) reste finie, on aura
°dp(u) f"pwdu Jute (u + xÿ
Il importait de ne laisser subsister aucun doute sur la légitimé de l’intégration par parties dans les circonstances actuelles.