IV
La connaissance des corps a donc deux branches; l'une qui les classe en genres et en espèces par leurs qualités sensibles, et qui impose des noms à chaque genre et à chaque espèce; l'autre qui enseigne les qualités cachées de chaque espèce, et les usages auxquels ces qualités cachées les rendent propres.
Quiconque est en possession de ces deux parties de la connaissance des corps , reçoit par les sens une multitude d'informationsqui se dérobent au reste des hommes. Les progrès des sciences naturelles et des arts agrandissent sans x^esse sous ce rapport la puissance de nos facultés perceptives.
Un progrès encore plus grand consisterait à découvrir à des signes .certains le rapport des qualités sensibles aux qualités cachées, indépendamment de la connaissance des espèces.
Des philosophes du premier ordre ont dirigé leurs recherches vers ce noble but, et leurs efforts n'ont point été tout-à-fait infructueux. Lipnée a essayé de déterminer les qualités sensibles qui peuvent indiquer av«c probabilité qu'une plante est vénéneuse, à quelque genre qu'elle appartienne. Il a cité plusieurs exemples où certaines vertus médicales et économiques des plantes sont caractérisées par des signes extérieurs. Newton a pensé que la couleur des ^orps pourrait nous conduire à des coiijec-. tures probables sur la grandeur des molécules qui les composent et qui réfléchissent les rayons de la lumière.
Il y aurait de la témérité à assigner les limites de ce vaste champ ouvert au génie de l'homme et à ses recherches. Les rapports des qualités sensibles aux qualités cachées des corps, sont une mine féconde qui peut un jour enrichir nos sens d'une foule de perceptions inconnues.