MS&M III. CHAPITRE M
goage avait précédé cette expérience accidenteiie , et paf conséquent elle n'en résulte pas.
Il y a des propo^itioAS abstraites dont nous découvrons la vérité en comparant les termes qui les composent , et en saisissant entre eux un rapport nécessaire : c'est ainsi que je connais que deux et trois font cinq , et que tous les diamètres d'un cercle sont égaux. Locke ayant aperçu ce procédé de Tèsprit ea a témérairement conclu que toute vérité possible est ainsi découverte. Les philoso-* phes qui Font suivi et particulièrement Hume , ont en général adopté cette théorie.
La connaissance que nous avons de l'existence des choses contingentes, me parait cependant dériver d'unef toute autre source. Je sais que telle cho^e contingente existe ou a existé; d'où vient cette double connaissance? Assurément elle ne vient pas de la perception d'une convenance nécessaire entre l'existence et la chose qui existe ; car cette convenance n'existant pas , elle ne peut être découverte ni immédiatement, ni par l'entremise d'aucun raisonnement possible. Ce qui est, contingent n'existe point nécessairement , mais par la simple volonté du Créateur; sa non-existence n'implique, ni ne saurait impliquer contradiction.
Donc notre connaissance de l'existence de nos propres pensées, de l'existence de tous les objets matériels qui nous environnent, de l'existence de toutes les contingences passées , ne dérive point de la perception d'un rapport ou d'une convenance nécessaire; elle a donc une autre origine.
Le Créateur nous persuade de l'existence des choses contingentes par des moyens qui n'atteignent pas moins sûrement lo but, quoiqu'ils soient d'une autre nature; mais comment produisent^ ils la conviction ? c'est ce qui nous échappe. Nous connaissons nos propres pensées