‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 17 sur 84 · LA MEMOIRB EST UNE FACULTE PRIMITIVE. 5'J · texte numérisé non relu

LA MEMOIRB EST UNE FACULTE PRIMITIVE. 5'J

çt toutes les opérations de notre entendemeat par une Ëiculté que nous appelcHis . conscience; nous percevons par les sens les objets matérid» et leurs qualités sensibles ; un grand nombre de choses passées sont retenues et conservées par la mémoire. Distinguer et liottifttter ees facultés y c'est tout ce que nous avons feit et pu faire. Mais leurs noms n'expliquent ni l'action propre à chacune d'elles, ni l'irrésistible conviction qu'elles exigent de nous : leur nature est couverte pour noua d'un voile ittip^étrable.

On connaît les disputes des Scholastiques sur la pres^ cience divine : cette controverse si célèbre se poursuit encore de nos jours. Aristote avait dit qu'il n'y a point de prévision certaine des choses contingentes , et 6et\e opinion a été généralement adoptée sur ce seul fondement que j ne concevant point ce genre de prévision , nous devons le juger impossible. De là la difficulté d'accorder la prescience divine qui implique la nécessité des événements futurs , avec la liberté humaine qui périt si l'on admet cette nécessité. I^es uns ont sacrifié la prescience à la liberté , les autres la liberté à la prescience.

11 est remarquable que les combattants n'aient vu de difficulté que dans la conciliation de la prescience du futur avec la liberté , et qn^ils n'en aient point vu dans la conciliation du souvenir dû passé avec cette mêthé liberté. A mou gré cependant la difficulté est absolument la même. Je conviens que nous sommes hors d'état d'expliquer la prescience des actions d'Un agent libre ; mais je soutiens qu'il n'est pas plus facile- d'en expliquer la inémoire. Essayez de prouver que les actions d'un agent libre ne peuvent être prévues , vous verrez que les mêrties arguments prouvent avec la même force que les actions d'un agent libre ne peuvent être connues par la mémoire. Il est vrai que le passé a réellement existé ; mais "

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il est vrai aussi que Tavcnir existera réeliemeut. U n*y sr pas un raisonnement tiré de la constitution ou de la si'* tuation de l'agent , qui ne s'applique également à ses ae-* tions passées et à ses actions futures. Le passé a été, il n'est point; l'avenir sera, il n'est point; le présent a la même relation avec l'un et avec l'autre , ou il n'en a ni avec l'un ni avec l'autre.

Pourquoi donc a-t-on supposé une disparité si grande dans des cas si parfaitement semblables ? Je n'en vois qu'une seule raison; c'est qu'étant doués de mémoire, nous savons par expérience qu'il n^est pas impossible qu'un être intelligent , même un être fini , connaisse avec certitude les actions passées des agents libres sans les déduire d'aucune loi nécessaire ; mais comme nous n'avons point une faculté de prescience qui éclaire l'avenir comme la mémoire éclaire le passé , il nous est extrêmement difficile» de la concevoir même dans l'Être suprême.

Une faculté que nous possédons en quelque degré,: nous concevons aisément que l'Être suprême la possède: à un degré plus éminent; mais une faculté à laquelle rienne correspond dans notre constitution , nous semble impossible. IjCS lois de notre nature nous donnent la con* naissance intuitive d'une foule de choses passées; mais Qous n'avons aucune connaissance intuitive de l'avenir. Nous aurions pu avoir la connaissance intuitive de l'a» yenir et n'avoir pas celle du passé. Cette constitution de nos esprits aurait beaucoup moins d'avantages et beaucoup plus d'inconvénients que notre constitution pré-» sente; mais elle ne serait ni plus étonnante, ni plus inexplicable. Si Dieu nous l'avait donnée, nous ne fe«« rions point de difficulté de lui accorder la connaissance de l'avenir ; mais nous en ferions beaucoup pour lui ac-w corder celle du passé.

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, Nos facultés primitives sont toutes inexplicables , et la mémoire en est une. Celui qui les a faites, est le seul qui comprenne parfaitement comment elles sont faites , et comment elles produisent en nous non-seulement la con-^ ception des choses qu'il nous importe de connaître, mais la ferme conviction de leur existence.

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