‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 20 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

' ORIGINE DE NOS IDJ^ES , ET PARTlCULliREMENT DE GEI.LE O^

LA DURiE, SELON LOCKE.

Locke s'est pmposé de recherdier « comment Tame «r vient à recevoir des idées; par quel moyen elle en ac^ « quîert cette prodigieuse quantité que l'imagination de « l'homme, toujours agissante, lui présente avec une va- « riété presque infinie; d'où elle puise tous ces matériaux,

72 ESSAI m.' — CHAPITRE V.

« qui sont conune. le fonds de tous ces raisonneineiits, et « de toutes ses connaissances '? » L'entreprise était digne d'un philosophe tel que Locke ; personne n'était plus capable d'y réussir, et personne aussi ne pouvait la former avec un amour. plus sincère de la vérité; toutefois ses efforts auraient été plus heureux, s'il ne s'était hâté d'élever un système , sans cette prudence patiente qui est si nécessaire quand on veut réduire les faits en notions gé*^ nérales,

Yoïti y en peu de m€>ts , le résumé de toute k doctrine de Locke à ce sujet*^ Nos idées ou notions sont de deux sortes, simples, ou complexes. Les idées simples sont l'ouvrage de la nature ; l'entendement est purement passif quand il les reçoit; elles lui sont suggérées par deux facultés , qui sont la sensation et la réflexion, et elles deviennent les matériaux de toute notre connaissance. Les idées complexes sont formées par l'entendement lui-même^ qui, ayant acquis des idées simples par la sensation et la réflexion , les rappelle , les compare , les combine d'une infinité de manières, et com.pose ainsi de nouvelles idées. Il n'est pas au pouvoir de l'esprit le plus élevé, de l'intelligence la plus étendue , quelles que soient la subtilité et la variété de leurs opérations, d'inventer une seule idée simple qui ne sorte pas de l'une ou de l'autre des deux sources que nous avons dites. Comme notre action sur les corps se borne à les diviser et à les recomposer sous des formes nouvelles, mai« qu'il n'est pas en notre pouvoir de produire ni d'anéantir une seule particule de matière ; de même toute l'énergie de l'entendement se borne à composer, comparer et abstraire les idées simples que la nature nous donne, sans pouvoir en créer une seule. Toutes nos idées simples résultent de l'action des objets extéri^irs

ORIGIIVE DE l'idée DE DURÉE, SELON LOCKE. 73

$ur nos sens , et de rapplication de la réflexion aux opérations de notre esprit.

Berkeley et Hume ont adopté cette explication de l'origine de nos idées ; mais elle a été combattue par d'autres philosophes non moins célèbres, et pleins de la même estime pour XEâsai sur t entendement humain.

Le docteur Hutcheson de Glascow a soutenu dans ses Recherches sur t origine de nos idées de la Beauté et de la Vertu ^ que ce sont des idées simples et primitives , et qu'elles sont le produit de facultés également primitives, qu'il appelle sens de la beauté et sens moral.

Le docteur Price, dans sa Reuue des principales ques* lions et des principales difficultés de la morale ^ a observé' avec beaucoup de justesse quevsi l'on prend les mo\& sen-^ sation et réflexion dans le sens que Locke y attache au commencement de son livre , il est impossible d'en dériver quelques-unes de nos idées les plus importantes , et qu'il y a beaucoup de notions simples qui sont le pro* duit incontestable du seul entendement, c'est-à-dire, de notre faculté de juger et de raisonner.

Locke dit , que « par réflexion , il entend la connais^ « sance que l'ame prend de ses différentes opérations et « de la manière dont elles s'exécutent ^. » Dans ce sens , la réflexion n'est autre chose que la conscience , qui nous apprend eu effet tout ce que nous savons des opé-* rations de notre ame; aussi Locke répète-t-il souvent que les opérations de notre esprit sont les seuls objets de, la réflexion.

Quand on limite la réflexion de cette manière, et qu'on soutient en même temps que toutes nos idées sont des idées de sensation ou de réflexion , on soutient que nous ne concevons jam&is que des objf^ts sensibles on. des opéra-

' »Liv. n, cbaiv. i, S4*

74 ESSAI ru. CHAPITRE V.

iiofis de notre esprit, ce qui est foit éloigné de la vërilé Mais le mot réflexion se prend ordinairement dans ua^ sens beaucoup plus étendu, et il y a plusieurs de nos &cultes intellectuelles auxquelles il s^applique avec plus de justesse qu'à la conscience. Nous réfléchissons^ quand nous rappelons le passé dans notre m^oire, et qu0 nous le considérons avec attention ; nous réfléchissons quand: nous définissons , quand nous distinguons , quand nous, jugeons, quand nous raisonnons, sok à l'égard des objets sensibles , soit à l'égard des objets intellectuels.

Si on prend Ja réflexion en ce sens, qui est le sens, propre, puisqu'il est le plus généralement reçu, on peut dire qu^elIe est la source unique de tout ce que nous avons, de notions exactes et distinctes. Car quoique nos premières notions des objets sensibles nous soient données par les sens, et nos premières notions des opérations de l'esprit paF la conscience, ces premières notions ne sont ni simples, ni claires : les sens et la conscience passent continuellement d'un objet à un autre; leur action est fugitive et instantanée 3 pour que nous concevions distinctement les choses qu'elles nous montrent, il faut que la mémoire les rappelle, que l'attention les examine et que le jugement les compare.

La réflexion n'est pas une faculté proprement dite ; elle est l'action simultanée de l'attention et de plusieurs fa* cultes, telles que la mémoire, la faculté de distinguer , de comparer, de juger. Nous ne devons pas seulement à ces facultés un grand nombre de nos idées simples, nous leur devons encore toutes nos idées exactes et précises, les. seules qui soient les matériaux du raisonnement. Parmi ces idées , il en est beaucoup qui ne sont ni des notions d'objets sensibles, ni des notions de nos opérations intellectuelles et qui, par coq^quent, ne peuvent être appe-* lées idées de sensation ou de réflexion^ selon la définition

ORIGINE DE l'idée DÈ DUREE, SEtÔW LOCKE. 'jH

de Locke ; mais ou peut les appeler idées de réflexion , si L'on donne à <^e mot le sens plus étendu que l'usage autorise.

Le plus souvent Locke renferme la réflexion dans les limites de sa définition , mais quelquefois il retombe sans s'en apercevoir dans l'acception que le langage commun donne à ce mot, et cett« confusion répand quelque obs** ourité sur sa théorie de l'origine des idées.

Ces observations générales devaient précéder celles que nous allons faire, sur la manière dont Locke explique l'origine de ndée de durée.

« La réflexion que nous faisons, dit*il, sur cette suite « de différentes idées qui paraissent l'une après l'autre ce dans notre esprit, est ce qui donne l'idée de la succesf€ sion ; et nous appelons durée la distance qui est entre « deux parties quelconques de cette succession '. »

Locke semble donc supposer que Tidée de successioiï «st antérieure à celle de la durée, soit dans le temps, £oit dans l'ordre de la nature; mais cela est impossible, car la succession présuppose la durée, comme le remar- «pie très-bien le docteur Price, et ne peut en aucune manière la précéder. Il aurait été beaucoup plus juste de dériver l'idée de succession de celle de durée , que l'idée de durée de celle de succession.

iMJais comment obtenons-nous l'idée de succession? % C'est , dit Locke , en réfléchissant sur cette suite de diffé-. ce rentes idées, qui paraissent l'une après l'autre dans notre « esprit. » '

Réfléchir sur une suite d'idées j n'est rien de plus que s'en souvenir et considérer avec attention ce que la mémoire nous en rappelle ; car si nous n'en avions pas le souvenir, nous ne pourrions y penser. La réflexion dont

> Essai y liv. II, chap. xiv, % 3.

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parle Locke , renferme doue la mémoire , sans laquelle oa ne réfléchit point sur le passé,, et sans laquelle, par conséquent , on n'acquiert point l'idée de succession.

Remarquons ici , qu'à proprement parler et dans la rigueur du langage philosophique, aucune espèce de succession ne peut nous être manifestée ni par les sens, ni par la conscieace. £n effet , le témoignage de ces facultés se borne à l'instant présent , et il n'y a point de succès^ sion daDS un instant. Les sens seuls n'observeraient pas le mouvement des corps qui est un changement succès^ sif de lieu, s'ils n'étaient aidés de la mémoire.

Cette observation semble contredire le sens commun et le langage ordinaire , dans lequel on dit qu'on voit les corps se mouvoir , et que le mouvement est une qualité sensible. Mais cette contradiction entre la philosophie et l'opinion commune n*est qu'apparente. Elle vient unique* ment de ce que les philosophes et le vulgaire, définissant \e présent d'une manière différente, posent d'une manière également différente la limite qui sépare les sens de la mémoire.

Les philosophes appellent présent \e point indivisibla^ du temps qui sépare le passé du futur. Mais il convient mieux aux habitudes et aux affaires de la vie de donner ce nom à une portion plus ou moins étendue du temps. C'est dans ce sens que nous disons F heure présente ^ F année présente^ le siècle présent ^ quoique un seul point de ces périodes soit le présent dans la rigueur philosophique.

Les grammairiens observent que le temps présent des verbes n'est point borné à un instant indivisible ; qu'il est assez étendu pour avoir un commencement, un milieu, une fin ; et que dans les langues riches et exactes , ce3 différentes parties du présent sont exprimées par des formes différentes.

ORIGINE DE ikDÉE DE DURÉE, SELON LOCKE. 'J'J

Les mêmes besoins et les mêmes circonstances des relations sociales qui ont fait donner au présent une durée indéterminée ont fait reculer dans la même pro^» portion les limites apparentes des sens. Ainsi l'on peut dire : yW vu ce matin telle personne , et il serait ridicule de reprendre cette façon de s'exprimer , car elle est autorisée par l'usage, et elle présente une idée trèsdistincte. Cependant , à parler rigoureusement , les sens ne témoignent que ce que nous voyons, et non point ce que nous avons vu. Par une fiction convenue j'attribue donc au témoignage des sens , ce qui relève du témoignage de la mémoire.

Rien n'exige dans les affaires de la vie une démarcation très-exacte entre la sphère des sens et celle de la mé* moire , et voilà pourquoi , au lieu de borner la première à l'instant indivisible de la durée qui est le véritable présent, nous l'étendôiis à une portion plus large, à laquelle nous conservons le même nom, et qui a un commencement, un milieu et une fin.

Ou s'exprime donc avec une parfaite propriété dans la langue commune , quand on dit qu'on voit un corps se mouvoir et que le mouvement des corps est perçu par les sens ; mais le philosophe qui distingue les véritables fotictions des sens de ce qui appartient à la mémoire, observe que nous ne voyons pas plus le passé que nous ne nous souvenons du présent, et il conclut de là , que sans la mémoire nous ne discernerions ni mouvement ni succession quelconque. Nous voyflTris, en effet, le lieu présent d'un corps; et nous nous souvenons du progrès par lequel il y est arrivé ; l'idée du mouvement est composée de ce double témoignage de nos yeux et de notre mémoirel Voyons maintenant comment, de l'idée de la succession *, Locke fait naître l'idée de la durée.

^& ESSAI III. CHjLPItR^ V.

« La distante^ dil-il , ^i est eatre cfitelque partie de la « $q£C€SÛ08 de nos idées, ou entre les apparences de deux a idées qui se présentent à notre esprit, est ce que nous «c appelons durée ^ ;»

Pour Riieui;: compreadre oeci , appelons la distance d'une idée à la première qui lui succède^ un éléaient de la durée ^ à la seconde^ deux éléments, et ainsi de suite. Si dix de ces éléments composent une durée^ un seul est aussi une durée; autrement la durée serait constituée de parties qui n'auraient point de durée, ce qui est impo^ sible.

Car, supposez une succession d'autant d'idées qu'il vous plaira; s'il n'y a point de durée en elles, et s'il n'y a non plus aucun intervalle de durée entre elles, il est évident qu'il n'y aura aucun intervalle de durée entre la première et la dernière , quelque grand qu'en puisse être le nombre. Il suit de-là que chaque élémeat de la durée a nécessaire*» ment de la durée, comme chaque élément de l'élendue est nécessairement étendu. Rien aumoude n'est plus évi-» demment prouvé.

Mais remarquez qu'il n'y a point de succession d'idées dans ces éléments, puisqu'ils sont les intervalles qui sé-r pareut les idées successives; et cependant ces éléments ont de la durée ; il s'ensuit donc manifestement qu^ l'idée de la durée est indépendante de l'idée de la sucées-^ sion.

Nous pouvons mesurer la durée par la succession de nos idées , comme nous mesurons l'étendue par pieds et par pouces; mais à l'égard de la durée, comime à l'égard de l'étendue , la notion de la chose mesurée précède nér cessairement la mesure.

ibid.

ORICmS B£ L^IBÉB DE DURIÉE y* SBLON LOCKE. ^9

' Lodie a tiré de sa théorie plosîears conséqueiK^es qui peuvent nous aider à l'apprécier : a S'il étak possible , « dit-il, qu'un homme éveillé n'eàt qu'une seule idée dans «( Fesprit, sans qu'il arrivât aucun changement à celte «e idée, et sans qu'aucune autre vînt se joindre à elle, la du-« « rée serait nulle pour lui , et il n'y aurait aucune dis- « tance du premier moment au dernier >. »

Dire qu'une seule idée parait n'avoir pas de durée y et que la répétition de cette idée^ qui n'en a point, semble en avoir, me parait aussi absurde que de prétendre qu'on peut former un total en additionnant des zéros,

Locke conclut encore de sa théorie, que la même pé** riode de temps paraît plus longue lorsque la succession des idées est rapide, et plus courte lorsqu'elle est lente ^;

Il n'y a pas de doute que les mêmes intervalles de durée ne nous paraissent plus ou moins longs selon les cir-^ constances. Le temps se traîne pour celui qui souffre, ou qui attend impatiemment l'accomplissement de ses espérances; il vole pour celui qui jouit des charmes d'une conversation animée, ou dont tes sens et l'imagination parcourent un grand nombre d'objets agréables.

Selon la théorie de Locke, la succession des idées devrait être rapide dans le premier cas , et lente dans le second. Mais il me semble que c'est précisément le contraire qui a lieu. Dans la douleur et dans l'attente , nous ne sommes occupés que d'une seule idée; la pensée ne saurait s'en distraire, et plus cette contention d'esprit est forte, plus le temps nous semble long; mais quand une musique délicieuse charme notre oreille , qu'une conver^ sation vive^ semée de saillies brillantes nous captive , la

I Lk. I[, diap. ïtv, J 4

8o ESSAI III. CpAFITRÉ V*

succession de nos id^es est très-rapide , et néanmoins le temps nous paraît très-court.

J ai entendu dire à un officier distingué j homme de sens et bon observateur, qu'au fort d'une bataille, le temps s'écoulait avec une singulière rapidité; on ne saurait pour«* tant supposer que la succession des idées soit alors plus lente qu'à l'ordinaire.

Si , comme Locke le pense , les idées ne duraient point , et si la durée pour nous résultait uniquement de leur succession dans notre esprit, cette succession devrait nouspa-* raître toujours uniforme; car elle ne pourrait plus être ni lente, ni rapide y ni accélérée , ni retardée. Or, il n'est personne qui ne sache et qui ne sente, que tantôt ses pen^ secs se succèdent avec lenteur , tantôt avec vitesse et rapidité*

Il n'y a point d'idées plus incontestablement simples et primitives que celles de l'espace et du temps. Il est essentiel au temps et à l'espace d'être composés de parties; mais chacune de ces parties est semblable au tout, et de la même nature. Comme l'espace a trois dimensions ^ ses parties peuvent différer et en figure et en grandeur; mais le temps n'ayant qu'une seule dimension^ ses parties ne peuvent différer qu'en grandeur; et, comme il est un des objets les plus simples de la pensée, la conception que nous en avons ne peut être qu'un fait primitif de notre iconstitutiou , et le produit d'une faculté originelle de l'entendement.

Le sens de la vue nous révèle deux dimensions de l'é*tendue; le sens du toucher nous en fait connaître trois; et la contemplation des étendues finies conduit la> raison à la conception d'un espace infini qui les contient. De même la mémoire nous révèle les intervalles finis de la durée et la contemplation de ces durées finies suggère à

ORIGIIÏE DE L'IDEE 0£ DURÉE, SELOIT LOCKE. 8l

la raisoa la conception d'une durée éternelle, qui contient .tout ce qui a un commencement et une fin. Il y a bien de Tappareiice que nos conceptions de l'espace et du temps sont partielles *et incomplètes ; et de-là vient sans doute que nous nous égarons si facilement et nou$ éblouissons si vitQ , quand nous voulons approfondir leur nature.

Les plus petites parties du temps et de l'espace n'étonnent pas moins notre esprit que leur totalité infinie. Nous sommes obligés d'admettre que l'un et l'autre sont divisible^ à l'infini ; ^t cependant il y a des limites audelà desquelles nos &cultés ne peuvent plus poursuivre la division.

L'expérience peut déterminer quel est le plus petit intervalle de durée que l'oreille puisse apprécier, et quel est le plus petit angle sous lequel l'œil puisse saisir un objet. Cet angle et cïît. intervalle varient probablement selon les personnes; mais à coup sûr il est une limite que nul ne petit franchir. Or, les portions de la durée et de l'étendue où nos facultés s'arrêtent sont encore divisibles, et divisibles en des. milliers de parties , pour des facultés plus parfaites.

Je crois que dans la jeunesse , une bonne vue peut apercevoir un objet sous un angle d'une demi-minute de degré; et peut-être existe-t-il des vues encore plus parfaites. Ce degré de perfection paraît déjà bien merveilleux, quand on songe combien doit être petite la partie de la rétine qui sous-tend un angle d'une demi-minute.

Admettons que la distance entre le centre de l'œil et la rétine soit de six ou sept dixièmes de pouce , la sous-tendante d'un angle d'une demi-minute, dans cette supposition, ou, ce qui revient au même, la largeur de l'image d'un objet vu sous cet angle , ne sera que d'un IV. G

Sa E6SA.I III. CHAPITRE V.

dix millième 'd6 pouce« Telle est l'exactitude du pouvoir réfracteur de ♦l'œil d'après ce calcul, qu'il feut de koute nécessité qu'uh rayon parti d'un point de l'objet frappe si exactement le point de la rétiiie qu'il doit frapper, qu'il ne s'en écarte pas de la dix millième partie d'un pouce. Cela montre également que l'esprit peut discerner le mouvement d'un objet , dont l'image ne se déplace sur* la rétine que d'un dix millième de pouce. *

Quant aux intervalles de temps que notre esprit est capable de mesurer avec exactitude, on observe qu'un homme iqui a suivi avec attention le mouvement d'une pendule à secondes, peut battre les secondes pendant une minute sans erreur notable. Mais en continuant pendant plusieurs minutes, l'exactitude n'est plus la même, et les erreurs deviennent énormes. J'en attribue la cause à la difficulté de fixer long-temps son attention aux mo* ments de la durée qui s'écoule , sans rencontrer quelque objet qui la détourne.

Plusieurs expériences m'ont démontré qu'on peut battre les secondes penda'nt une minute sans erreur de plus d'une seconde sur les soixante, et je ne doute pas qu'une longue pratique ne produisît encore une plus grande exactitude. Il s'ensuit , ce me semble , que l'esprit humain est capable de. discerner la soixantième partie d'une seconde.

DE LIDEWTlTi PERSONNELLE, SELON LOCKE* 83

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