‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 25 sur 84 · THÉORIES SUR LA MÉMOIRE, IO · texte numérisé non relu

THÉORIES SUR LA MÉMOIRE, IO

sauce du syllogisme , quand il a dit que la mtyéure était le mâle, la mineure \dL femelle^ et que ce» deux. êtres> étant unis par le moyen terme ^ engendrent la cowcld-. sion. Â eoup sûr l'esprit humain ne s'est jamais égaré davantage qu'en s'étudiant lui-même ; et cependant je suis^ convainou qu'il n'est arrivé à aucun philosophe de soutenir une plus grande absurdité que cette théorie de la croyance et des caractères qui distinguent l'une de l'autre^ la perception, l'imagination et la mémoire.

L'assentiment qtie nous donnons à une proposition est une opération de l'esprit dont nous avons conscience , et que nous connaissons pariaitement, bien que sa simplicité ne permette pas de la définir, £n comparant cette opé* ration avec la force, la vivacité, ou toute autre modification de nos idées , non - seulement elle nous paraît en différer ^ mais nous ne pouvons lui trouver aucune ressemblance avec elle.

Qu'une forte croyance et une croyance faible différent en degrés , cela se comprend aisément ; mais comment comprendre qu'il n'y ait qu'une différence de dégrés entre croire et ne pas croire ? N'est-ce pas dire en d'autres termes qu'il n'y a qu'une différence de degrés entre quelque chose et Hen^ ou, ce qui revient au même, que rien est un degré de quelque chose ? .

A toute proposition susceptible de devenir l'objet d'une eroyance , correspond une préposition contraire susceptible de devenir l'objet d'une croyànoe opposée. Selon Hume, c'est la même idée plus oU moins vive. Ainsi les contraires ne diffèrent qu'en degrés; ainsi le plaisir est un degré de la douleui* , k haine un degré de l'amour. Mais à quoi bon signaler les absurdités qui découlent d'une par^lle doctrine? la plus forte de toutes est la doctrine elle-mên^.

Io8 ESSAI III. — CHAPITHE vii.

II n'est personne qui ne sache ce que c'est que voir un objet , ce que c'est que se souvenir d'un événement passé, ce que c'est que concevoir une chose qui n'existe pas. Il nous est aussi évident que ces opérations sont de nature différente, qu'il nous est évident qu'une saveur diffère essentiellement d'une couleur , et lune et l'autre d'un son. Le jour viendra peut-être où nous croirons que la perception , l'imagination et la mémoire , ne sont que des nuances d'une même opération ; mais ce jour*là nous croirons aussi que la saveur, la couleur et le son, ne sont que des degrés différents d'une même sensation.

Dans le troisième volume de son Traité de la nature humaine , Hume s'est aperçu que sa théorie de la croyance prêtait à de fortes objections ; il a cherché à la rectifier; mais il n'est pas aisé de déterminer la nature de cette rectification. Il semble persister à croire que la croyance n'est qu'une modification de l'idée : seulement le mot vivacité n'est plus à ses yeux une expression convenable pour l'exprimer; il met à la place des équi« valeûs, et dit : « que nous saisissons plus fortement l'idée (c dont nous sommes convaincus et que nous avons sur « elle une prise plps ferme et plus entière. »

Certes , il est méritoire à un philosophe de reconnaître et de rétracter ses erreurs ; mais c'est une gloire à laquelle Hume ne me paraît avoir ici que des titres bien légers. Quelle différence y a-t-il entre saisir une idéeplus fortement ^ avoir sur elle une prise plus forte ^ et avoir cette même idée à un degré supérieur de force et de vivacité ? Je ne vois pas même que l'expression nouvelle soit plus propre que l'ancienne. Quelle que soit la mio-* dification de l'idée dont il fasse la croyance, que ce soit sa force, sa vivacité, ou une^ modification sans nom, il suffit qu'il suppose que la perception , la mémoire et

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