‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 28 sur 84 · DE LA CONCEPTION. I I · texte numérisé non relu

DE LA CONCEPTION. I I

a signification? Je crois pourtant que lorsqYi'e les idées et sûÂt nommées vraies tin fausses , il y é: toujours quelque a proposition tacite qui est le fondement de cette déno- « tàïnatioti , comme on lè verra si l'on éxamihe les ocôatc siôns particulières où elles viennent à être ainsi nomce méès. Nous trouverons, dis-je, dans toutes ces rencontres, « quélqu'espècè d'affirmation ou de négation qui autorise « cette dénomination - là. Car nos icfées n'étant autre « thosb que de simples apparences ou perceptions dans et notre esprit, on ne saurait dire, à les considëréf proccprement et purement en elles-mêmes, qu'elles soient « vraies ou fausses, non plus que le simple nom d'aucune « cbd^e né peut être appelé vrai ou faux '. »

Notisr observerons eu passant, que dans cet endroit, cômi^ dans beaucoup d'autres, Locke exprimé, par le mot perception aussi bien que par le mot idée , ce que j'appeHe conception ou simple appréhension. II l'avait 'tié^dL employé dans le même sens, dans son chapitre sur la perception. « La perception , avait-il dit , est la première « faculté de l'esprit qui est occupée de nbs idées ; c'est ce aii'ssi la première et la plus simple idée que nous « recevions par le moyen de la réflexion; quelqUes-uns la « désignent par le nom général de pensée Cette face culte d'apercevoir est , ce me seitiblé , ce qui distingue k les anfimaux d'avec les êtres d'une espèce infériiRure..... ce Elle est lé premier degré vers la connaissance, et elle « siert d^iùt^oductibn à tout ce qui en fait le sujet ^. » ' Locke n'a fait qUè suivre Fexetaple de Gasseàdi' , de Descartes et de ses disciples, en donnant à Ik simple conception' le nom de perception ; et à son tour il a' été imité par Berkeley, Hume et presque tous les philosophes qui

' Liv II, chap. xxxii, S§ z.

a Liv. II, chap. ix, §$t,%, i5.

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verses, soat-ils empruntes de ees arts. Nous la coosldé* rùits comme une faculté plastiqué , qui Crée des images de tous les objets de la pensée.

En vain votidt*ait-on se délivrer des entraves de cette langue analogique, il faudrait renoncer à s'exprimer, car il n'y en a point d'autre. Cependant elle est mensongère et elle nous tronlpe infailliblement, si nous n'y prenons garde. Tous les termes figurés ont un double sens, et ^ par une p«ite naturelle de notre esprit, nûus retombons sans cesse du sens emprunté dans le sens primitif. Le parai- IHe était juste au point où il avait été institué ; mais nous retendons, nous le prolongeons ,6t nous finissons par as* simtler entièrement ceque nous n'avions fait que Comparer»

Pour éviter ce danger autant qu'il est possible , il faut saisir fortement la différence qui existe entre concevoir une chose et la peindre à l'œil, et l'opposer sans cesse à la ressemblance. Celle-ci frappe et plait tout ^isèmbte ; tandis que la différence est toujours prête à nous ^hap« per ; mais le philosophe doit la retenir , et en faire l'objél constant de son attention ; elle doit être pour lui comme un moniteur vigilant qui l'avertisse des pièges cachés qne ràftialogie tend sous ses pas.

Celui qui peint, fait quelque chose qui subsiste quand sa main s'est retirée^ et qui continue de subsister lors même qu'il n'y songe plus ; chaque coup de son pinceau produit un eflet qui n'est point la même chose que l'action par laquelle il est produit , puisque l'effet demeure après que l'action a cessé. L'action de peindre^ et la peinture qui en résulte, sont deux choses tout-à-fait différentes: la première est la cause, la seconde est l'effet. . Voyons maintenant ce qui arrive quand le peintreconçoit simplement s6n tableau. Il faut bien qu'il l'ait conçu dvant de le produire; par c'est une vérité de fait généra-

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ietnent reconnue que toute œuvre de l'art a existé d'abord dans l'esprit de l'artiste: Qu'est-ce que cette cùnception ? un simple acte de l'esprit sans aucuii doute, une pensée. Mais cette pensée a-f-elle un autre effet qu'elle-même? Le sens commun répond que non. Tout le monde sait que concevoir n'est pas opérer , que projeter n'est point exécuter et qu'on peut résoudre toute sa vie ce qu'on ne fera jamais. Conceifoir aussi bien que projeter et résou^ dre ^ sont ce que les Scolasticpies appellent des actes immanents qui ne produisent rien qu'eux-mêmes; au lieu ^e peindre est un acte transitif qui produit un effet distinct de l'opération , et cet effet est la peinture. Comprenons donc et n'oublions jamais que l'image d'une chose dans l'esprit , n'est rien de plus que l'action de l'esprit qui la coiiçoit.

La manière dont on s'exptime commuiléttient prouve qu'o^n n'y attache pas nn autre sens, quand on n'est point imbu des doctrines philosophiques. Si on vous demandait ce que c'est que concevoir une chose, vous pourriei: répondre très-naturellement que c'est s'en former une image dans l'esprit; et peut-être vous serait-il difficile de vous expliquer plus clairement. Ceci prouve qu'/mage dans Fesprit et conception ^ sont dés expressions synonymes. Une image dans l'esprit n'est donc point l'objet de la ' conception ; elle n'est point un effet dont la coniception soit la cause : elle elst la conception même. Le mode dé la penâée exprimé par le mot concevoir ^ se traduit aussi par la locution se faire une image.

Il est vrai que rien ne produit aussi vite la conception d'un objet que la présence d'une image réelle de cet objet; et c'est peut-être de là que, par une figure de mots très-commune , la eonception a été appelée V image de la cho^e ccmcue. Mais cette image est purement mé-

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taphorique, et c'est pour le faire voir qu'on ajoute qu'elle est une image dans V esprit. Il n'y a dans l'esprit que des pensées; et quand on y met autre chose ^ c'est qu'on désigne par des termes figurés quelque espèce particulière de pensée.

Je sais que la plupart des philosophes soutiennent que l'objet immédiat de la conception est une image réelle qui existe dans, l'esprit, et qui est distincte de l'acte par lequel l'esprit la conçoit. N'ayant d'autre but dans ce chapitre que de constater les caractères de la conception sans aborder les théories auxquelles elle a donné lieu , je ne réfuterai point ici cette doctrine ; elle sera examinée dans le chapitre suivant. Je veux seulement remarquer que dans le langage ordinaire et par conséquent dans l'opinion commune, la conception dune chose et T image de cette chose dans V esprit^ ont une âeule et même signification ; et mon dessein est d'employer toujours les mots communs dans leur acception commune.

4* Après nous être ainsi prémunis contre la séduction du langage^ nous ne laisserons pas de reconnaître , non-seulement qu'il y a une véritable analogie entre la conception et la peinture , mais que cette analogie s'étend aux différentes espèces de conceptions comparées aux différents procédés de l'art du peintre. Ou celui-ci travaille d'imagination , ou il copie ce que d'autres ont peint , ou il peint d'après nature; or, je crois que nos conceptions peuvent se diviser à peu près de cette manière.

Il y a des conceptions de pure imagination, qui ner sont point des copies mais des originaux. Telle fut la conception de l'île de Laputa et du pays des Lilliputiens,, dans l'esprit de Swift, et celle de Don Quichotte, dans . l'esprit de Cervantes : telles sont en général les conceptions des romanciers et des poètes. Nous pouvons nom-^

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