‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 38 sur 84 · Les mathématiciens exigent souvent que nous con · texte numérisé non relu

Les mathématiciens exigent souvent que nous con

t66 ESSAI IV. -^ CHAPITRE III.

cevions de$ choses impossibles , pour parvenir à prouver qu'elles le sont: c'est le cas, de toutes les démonstrations,' ad ab^urdum. « Concevez , dit £u<;lide , une ligne droite qui, étant menée d'un point de la circonférence dW cercle à un autre point , passe hors du cercle. » Je le con-^ çois, et je raisonne dans cette supposition jusqu'à ce que j'arrive à une conséquence manifestement absurde; d'où je conclus que la chose que j'ai conçue était impossible»

Après avoir établi que la faculté de concevoir une proposition n'est point un critérium de sa possibilité ou de son impossibilité, j'ajouterai quelques observations sur l'étendue de la connaissance h4amaine, touchant le possible et l'impossible.

I. 11 y a beaucoup de propositions, que nous jugeons à la fois vraies et nécessaires. Telles sont les propositions mathématiques , et un grand nombre d'autres. Les propositions contradictoires de celles-là , sont nécessairement impossibles. La connaissance de l'impossible a donc au moins la même étendue que celle des vérités nécessaires.

a. t^ar les sens, par la mémaire, par le témoignage et par d'autres voies encore , nous connaissons comme réelles beaucoup de choses qui ne semblent pas néces-» saires. Or tout ce qui est réel est possible. La connaissance du possible est donc au moins aussi étendue que celle des réalités.

3. Quiconque allègue une possibilité ou une impossibilité qui n'est pas contenue dans ces limites, est tenu de la prouver. Je ne dis pas qu'il lu la prouvera pas : on le fait en plusieurs cas, particulièrement dans les malhématiques; tnais je dis, que la conception n'est point une preuve admis* sible. Les mathématiques offrent plusieurs exemples d'inr possibilités Ibrt étonnantes^ et dont on n'est convaincu que

ERREURS RELATIVES A LA CONCEPTION. l6j

par la démonstration. Si le raisonnement démons ti*atif s'appliquait à d'autres sujets avec la même précision et la même étendue, nous rencontrerions probablement d'autres impossibilités qui ne nous causeraient pas moins de sur^ prise.

On dit^ par exemple^ que Dieu aurait pu £siire un monde ^ dans lequel il ne serait entré ni mat physique, ni mal moral. Nous n'en savons pas assez pour nier cette proposition ; mais en savons-nous assez pour l'affirmer ? Quelle preuve avons-nous^qu'un tel monde était possible ? C'est, dit-on 9 que nous pouvons le concevoir. Il est vrai; mais est-ce là une. véritable preuve ? Je ae saurais tenir pour arguments solides ^ ni même pour difficultés graves, tout ce qu'on dériye de la supposition d'une possibilité que rien ne démontre, et que démentirait peut-être la na* ture des choses, si nous la connaissions.

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