CHAPITRE IV
1ï^ liA SUITC 9£ NOS PSZfSERS.
Chacun de nous a ta conscience d'une suite de pensées qui se succèdent dans son esprit, durant l'état de ydiUe, sans avoir besoin d'être excitées par les objets extérieurs. . Sous. ce rapport^ l'esprit peut être comparé à une liqueur en fermentation. Le repos est l'état naturel d'un liquide , et il y persisté tant qu'il n'est point troublé par quelque cause extérieure. Mais un liquide en fermentation contient en soi un principe qui l'agite , indépendamment de toute impulsion extérieure , et qui entretient en lui jinriïouvement continuel.
l68 ESSAI IV. CIJAPITBE IV,
11 n'y a sûrement aucune similitude entre le moave* ment et la pensée ; mais il y a une analogie si naturelle et si frappante , que les mêmes termes expriment t'nn et lautre et que plusiieurs des modifications de la pensée n'ont pas d'autre nom que celui qu'elles empruntent aux modifications du mouvement. Un grand nombre de pensées sont excitées par les sens, et les causes ou les occasions qui les produisent , peuvent être considérées comme extérieures. Mais quand ces causes n'agissent point sur nous, la pensée subsiste par l'action d'une cause interne. Telle est la constitution naturelle de l'esprit humain, qu'il est agité d'un mouvement continuel non-seulement de pensées spéculatives, mais de sentiments, de passions et d'affections qui s'y joignent*
Les anciens appelaient , je qxov& ^ fantaisie {^^ctvteLfntt) cette succession non interrompue de pensées. Les modernes lui donnent en général le nom d^ imagination. Si l'on ne veut point revenir à l'ancienne dénomination , on • devrait au moins adopter un mot moins équivoque que celui d! imagination ; car, indépendamment du sens dout il s'agit , ce mot en a deux ou trois autres.
Souvent aussi on désigne ce phénomène par l'expression de série ou suite d'idées^ ce qui pourrait induire à penser que c'est une suite de pures conceptions ; mais cette opinion serait une erreur. Il n'entre pas seulement des conceptions ou des idées dans la succession de nos pensées ; les opérations de notre esprit s'y trouvent continuellement mêlées.
La mémoire, le jugement, le raisonnement, les passions, les affections , les desseins, en un mot, toutes les opérations de l'esprit, excepté celles des sens, se produisent occasionellement dans une suite de pensées et y entrent comme éléments ; en sorte que si la suite de nos