DU TEMOIGNAGE DES SEVS, ET DE LA CROYANCE EN GENERAL
L'intention évidente de la nature, lorsqu'elle nous a pourvus de nos sens , a été qu'ils fussent pour nous l'instrument infaillible de toutes les connaissances extérieures qu'exige notre condition présente; et en effet ils apprennentj à tous les hommes ce qu'il leur est indispensable de savoir pour satisfaire aux besoins de la vie, et ils le leur apprennent immédiatement, sans le secours du raisonnement ni de la méditation.
Le paysan le plus ignorant a une conception aussi dis* tincte des objets sensible^ et une croyance aussi ferme à leur existence que le plus savant philosophe; mais il ne songe guère à s'informer d'où lui viennent et cette conception et la persuasion qui l'accompagne, au lieu que le philosophe veut savoir comment l'une et l'autre sont produites. C'est là , si je ne me trompe , un mystère impénétrable; mais oïl s'arrête la science, commence là vaste carrière des conjectures, et jamais lea philosophes n'eurent de répugnance à y entrer.
La caverne obscure et les ombres de Platon , les espèces d'Aristote, les spectres d'Epicurç, les idées et les impressions des philosophes modernes, ae sont^ien de plus que des conjectures successivement imaginées pour expliquer le fait incompréhensible de la perception. Mais elles manquent toutes de deux caractère^ qui doivent sç rencontrer dans l'explication philosophique d'un phénomène : il n'est point prouvé qu'elles existent, et quand
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elles existeraient , elles ne rendraient point raison de la perception.
Nous avons vu que la perception renferme deux élë- . ments; d'une part la conception ou la notion de l'objet, de l'autre la croyance à son existence actuelle : tous deux soiit également inexplicables.
Les philosophes les plus éclairés reconnaissent aujourd'hui que nous ne pouvons assigner la cause de nos premières conceptions des choses. L'expérience nous enseigne que selon les lois de notre nature certaines conceptions naissent en nous dans de certaines circonstances ; mais comment sont -elles produites? nous ne le savons pas mieux que nous ne savons comment nous avons été produits nous-mêmes.
lorsque nous avons acquis la conception des objets extérieurs, nous pouvons les résoudre par la pensée dans leurs éléments simples , puis combiner ces éléments et en former de nouveaux composés que nos sens ne nous ont jamais présentés. Mais il est impossible à l'imagination humaine de créer une conception, dont les éléments simples n'aient pas été fournis par la nature à notre en* tendement d'une manière inexplicable.
Nous avons une conception immédiate des opérations de notre esprit, accompagnée de la ferme croyance qu'elles existent; nous appelons cela, ai^oir conscience; mais nous ne faisons par là que donner un nom à cette source particulière de notre connaissance ; nous n'en découvrons pas la nature. De même nous acquérons par nos sens la conception des obJ6ts extérieurs, accompagnée de la croyance qu'ils existent , et c'est ce que nous appelons percevoir ; mais ici encore , nous ne faisons que nommer sans la connaître une autre source de connaissances.
Nous savons que quand certaines impressions sont pro-
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duites sur les organes les nerfs et le cerveau, nous éprou* vons certaines sensation^ , nous concevons certains objets , et croyons que ^es objets ^cistent ; mais la nature accom- . plit cette, suite d'opérations dans les ténèbres. Nous ne ppuvons découvrir ni la cause d'aucune de ces opérations, ni la connexion qui les unit ; nous, ne savons pas même si elles sont unies par une dépendance nécessaire, ou seulement associées dans notre constitution par la volonté du Créateur»
Il paraît absurde qu'une, impression c[uelconque'sur*un corps soit la cause efficiente de la sensation : entre la sensation et le double fait de la conception .et de la croyance des objets extérieurs, nous n'apercevons aucune connexion nécessaire. Il semble que nous aurions, pu avoir toutes les sensations que nous avons sans les impressions organiques qui les. précèdent, et les conceptions qui les; suivent. On ne voit pas pourquoi nous n'aurions pu per-» cevoir les objets extérieurs^ sans impressions sur^nos.orgaoes, et sans leÀ sensations qui dans notre constitution actuelle se mêlent invariablement à ce fait.
Il n'est pas plus facile d'expliquer la croyance qui se joint à la conception et qui est aussi l'ouvrage de nos sens. ,
.Les mots croyance^ assentiment., xofii^iGtwn^ sont inaccessibles à la définition logique, parce que Topératioa de Tesprit qu'ils expriiàent , est parfaitement simple et sui generis ; ils n'en ont pas besoin^ parce qu'ils sont de là langue commune et clairs pour tout le monde.
La croyance a nécessairement un objet; car on rie croit pas sans croire quelque chose, et ce qu'on croit est l'objet de la croyance. On a toujours une conception quelconque , claire ou obscure ^ de cet objet ; car si l'on peut concevoir très -clairement une chose sans (Toire à son
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existence, ou ae saurait rien croire sans le concevoir, La croyance est toujours exprimée dans le langage par une proposition affirmative ou négative ; cette double forme est dans toutes les langues consacrée à cet usage. Il n'y aurait sans croyance, ni affirmation , ni négation dans la pensée, ni manière dans la langue d'exprimer ces deux faits. La croyance admet tous les degrés, de^ puis le soupçon le plus léger jusqu'à la conviction la plus complète. Tout cela est si évident , pour quiconque réfié^ chit, que ce serait abuser de la patience du. lecteur de le développer davantage^
Il est peu d'opérations de l'esprit dont nous ne trouvions que la croyance forme un élément, quand nous les analysons avec soin. Un homme ne peut avoir conscience de ses pro* près pensées , sans croire qu'il pense ; il ne peut percevoir un objets sans croire que cet objet existe; i^ ne peut se souvenir distinctement d'un événement , sans croire que l'événement a réellement existé. La croyance est donc un élément de la conscience, de la perception et du souvenir.
La croyance n'entre pas seulement comme élément dans la plupart de nos opérations intellectuelles, mais encore dans beaucoup des principes actifs de notre esprit. La joie, la tristesse, l'espérance, la crainte, impliquent la croyance d'un bien ou d'un mal, présent ou futur; Festime , la reconnaissance, la pitié, la colère , impliquent la croyance de certaines qualités, dans l'objet de. ces sentiments ; toute action faite dans un but supposa dans l'agent la conviction qu'elle tend à ce but. La croyance joue un rôle si important dans nos opérations intellectuelles , dans les principes de notre activité , et dans nos actions elles-mêmes, que si la foi dans les choses divines est considérée comme le mobile principal de la.