‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 50 sur 84 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES CONCEPTIONS OÉNéRALES FOKMlÉES PAR L*ANALTSK. '

Nous allons maintenant examiner par quels procédés de l'entendement se forment les conceptions générales.

Il me semble qu'on peut eu distinguer trois; le premier , est celui qui analyse un »ujet bu qui le résout en ses attributs connus, et qui donne à chacun de ces attributs un nom spécial: les philosophes Vsippellent abstractmn.

Le second , consiste à observer qu'un oa plusieurs attributs sont communs à plusieurs sujets ; on pourrait l'ap*peler généralisation ; le plus souvent on le comprend ààn%r abstraction.

I) serait difficile de dire si ces opérations sont siihulta** nées, ou si l'une des deux précède l'autre. D'un côté, il semble qu'il suffise de comparer deux objets pour apercevoir qu'ils ont un même attribut ; un sauvagequia sous les yeux de la neige et de la craie, voit sans difficulté que ces deux objets sont de la même couleur; d'un autre côté , il paraît impossible qu'il fasse cette remarque sans

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al>straire, c'est-à-dire , sans séparer la couleur commune à ces deux objets ^ des autres qualités par lesquelles ils diffèrent.

Il est donc probable qu'il n'y a point de généralisation sans quelque degré d'abstraction ; mais nous pouvons abstraire sans généraliser. Rien ne m'empêche de faire attention à la blancheur d'une feuille de papier qui est devant moi, sans appliquer cette couleur à d'autres objets ; or, la blancheur de cet objet individud est une conception abstraite, mais n'est point une conception générale , puisque mon esprit ne l'applique qu'à un seul individu. Toutefois l'abstraction aide à la généralisation ; car plus nous distinguons d'attributs dans un individu, plus nous avons de moyens de le comparer avec d'autres individus et de saisir entre eux des rapports.

Le troisième procédé de l'entendement par lequel nous formons des conceptions abstraites est celui qui consiste à combiner en un seul tout un certain non^ibre d'attributs dont nous nous sommes formés des notions abstraites, et à donner un nom à cette combinaison. C'est ainsi que nous créons les genres et les espèces. !Nous allons examiner successivement ces trois opérations.

L'abstraction, proprement dite, n'est pas plus difficile à pratiquer qu'à comprendre. Qu'y a-t-til de plus aisé que de séparer les différents. attributs réuais dans un sujet? de distinguer dans un honune, par exemple.^ sa taille, sa eomplexion , son âge , sa fortune, sa naissance , sa profession, et cent autres dioses qui lui sont propres? Saisir ces attributs , et en parler avec clanté, sont dés actes dont tout homme est incontestablement capable.

Il y a des distinctions qui exigent plus de discernement, ou une étude plus approfondie du sujet. Un peintre démêle dans uii tableau le style de Raphaël ou du Titien^

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qui échappe au grand nombre; le jurigGoasulte.cai'actérisie les actions , les contrats et Les crimes par des nuances auxquelles on n'a point occasion de réfléchir quanit on ne se livre point à l'étude des lois; il y a aussi des hommes qui excellent dans le talent de distinguer, eommed'autres excellent dans le raisonnement; mais sans vm certain degré de ce talent, l'homme na serait fm& une créature raisonnable.

Il est à peine nécessaire d^obserter^-que notre pensée sépare avec une parfaite facilité beaucoup d'attributs qui sont inséparables dans la nature des choses. Ainsi nous distin-guons dans un corps-sa solidité, son^poids, 30Bétendue; dans^ celle-ci , la longueur, la largeur, l'épaisseur; cependant aucune de ces choses ne peut être actueUement séparée ,^ ni des autres, ni du corps lui-même. Jl peut y avoir aussi dans un sujet, des attributs qui en soient inséparables, > dont BOUS n'avons aucune connaissance y ni par conséquent aucune conception ; mats nous n'en ooncevons pas moios» distinctement ceux qui nous sont connus.

Toutes les propriétés d'un cercfe , par exemple , sont inséparables de la nature du cercle , et s'en déduisent par le raisonnement ; cependant on peut n'en connaître qu'un fort petit nombre et avoir une notion très^istincte d^un cercle; et peut-être le cercle a^t^il une foule de propriétés auxquelles les géomètres n'ont jamais songé.

' Nous pouvons donc sépaner de leur sujet , et les uns des autres , dans la conception, des attributs qui , dans la nature des choses, ne peuvent exister isolément. Ce qui est impossible dans la réalite, est possible dans la pensée.

Après avoir considéré l'abstraction proprement dite , passons à la généralisation. Nous avons dit que cette opération oosisiste à observer, qu'un ou plusieurs attributs sont €<^mmuns à plqsieurs sujets.

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Personne ne doute qu'il n y ait des attributs communs à pitisieurs individus. Plusieurs hommes ont plus de cinq pieds six pouces , plusieurs ont moins; plusieurs hommes sont rtchies, plusieurs sont pauvres ; beaucoup sont nés en Angleterre^ beaucoup en France : il serait ridicule de multiplier les exemples pour établir une pareille vérité. , Il est donc certain, qu'il y a des attributs innombrables, eommuns à plus ou moins d'individus, et si c'est 1<^ ce que ks Scliokstiques appelaient des universaux à parte rei, on peut affirmer qu'il y a de tels universaux.

Mats oa a élevé des doutes sur la réalité des universaux quand ils expriment des qualités, parce que les qualités sont iuhérentes à leur suqet. On a dit que chaque sujet a ses qualités propres , et que ce qui est la qualité d'un sujet ne peut pas être la qualité d'un autre sujet. Ainsi la blancheur de cette feuiUe de papier sur laquelle je trace des mots ne peut être la blancheur d'une autre feuille , quoique toutes deux soient appelées btafwttes. Le poids d'une pièce de monnaie n'est pas le poids d'uiie autre pièce , quoiqu'on attribue à .toutes deux le même

poids.

Je réponds que la èlanckeur de cette feuille de papier

n'^st point la Hanchmr en ^néral^ et que les conceptions signifiées par ces deux formes de langage sont aussi différentes que ks expressions elles-mêmes. Xa blanolteur de cette feuille de papier signifie une qualité individuelle Féellement existante , et n'est poiat une conception gêné* raie , quoiqu'elle puisse être une conception abstraite ; la blarkcheur en général signifie une conception générale, qiii ne suppose aucune existence, et qui embrasse dans le même sens tout ce qui est blanc. Personne , je pense , n'a jamais entendu ni avancé que la blancheur de cette feuille de papier soit la blancheur de cette autre feuille ,^

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l'absurdité serait palpable;. mais tout le monde dit avec une parfaite intelligence des termes que Tune et l'autre feuille sont blanches, d'une blancheur abstraite qui n'im-^ plique aucune existence , et qui resterait la même quand tout ce qu'il y a de blanc dans l'univers serait anéanti.

Il paraît donc que les noms généraux des qualités aussi bien que ceux des attributs , conviennent dans le même sens à plusieurs individus; ce qui suppose nécessairement que ces noms signifient des conceptions générales.

Si l'on demande quelle est l'époque de la vie oîi Thomme commence à former des notions générales^ oa peut répondre que c'est aussitôt qu'un enfant peut dire avec intelligence qu'il a deux frères ou deux sœurs. Di* moment qu'il fait usage de substantifs au plurieii , il a des conceptions générales; car l'individu n'a point de pluriel.

Comme il n'y a pas dans la nature entière deux indi-^ vidus qui soient conformes de tout point, de même il y éa a fort peu qui n'aient quelque trait de ressemblance. C'est un des plaisirs les plus vifs dp l'intelligence que de dé-^ couvrir ces traits quand ils sont cachés , et d'en former des rapprochements, inattendus. Nous nous livrons de bonne heure à ce penchant qui est proprement et qu'on appelle esprit. L'auteur d'Hudibras a remarqué qu'entre le matin et une écrevisse, il y a cela de commun que l'un et l'autre de noirs deviennent rouges; Svirift a trouvé une ressemblance entre l'esprit et un vieux fromage : des ana*^ logies si subtiles sont une preuve d'esprit ; mais il existe entre les choses une quantité innombrable de ressemblances et de rapports qui se révèlent aux intelligences les plus bornées; tels sont les rapports de couleur, de grandeur, de figure, de physionomie, de temps, de lieu, d'âge.

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Ces rapports doiment naissance à un nombre égal d'attributs généraux, qui se retrouvent dans les langues ksi plus grossières.

Les anciens philosophes appelaient ces attributs de» imwersaux, et ils les divisaient en cinq classes : le genre, l'espèce y la différence spécifique , les propriétés et les accidents. Je ne sais si ces cinq classes comprennent tous les universaux; les énumérations de ce genre ont peu d'avantage et sont rarement complètes. Tout ce qu'il est utile de savoir, c'est que chaque attribut commun à plusieurs individus, s'exprime par un terme général qui est le signe d'une conception générale.

Le penchant irrésistible qui entraîne les hommes vers les conceptions générales, est attesté par la métaphore et les autres figures de mots fondées sur la similitude ; car la similitude n'est qu'un rapport des objets comparés 'dans quelques-uns: de leurs attributs , et si les objets n'a-' vaient aucun attribut commun, aucune similitude n'existerait.

Les similitudes et les analogies qu'ofFre la nature sont inépuisables; non-seulement elles charment l'esprit quand elles sont employées avec goût dans les ouvrages d'imagination , mais elles nous aident puissamment à communiquer nos idées et nos sensations par le langage; elles suppléent aux mots propres dans les grossiers dialectes des nations barbares oit toute pensée est une métaphore ; et quand on examine de près les langues les plus abondantes et les plus poKes , on rencontre dans lés mots el les façons de parler les plus propres en apparence, de& traits qui attestent visiblement leur origine métapho-» rique.

Comme un étranger se naturalise par un long séjour et . devient citoyen adoptif de la nation chez laquelle il

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S est établi ; de Hiéme les mots , dont la signification avait été empruntée de Tanalogie , acquîèreat le droit de «ité dans le langage , et perdent insensiblement par rqsage leur dénomination étrangère A^/igufts^ Quand nous parlons de connaissances étendues , de vertus rigides , d af-^ fections tendres, de phrases claires, nous ne songeons, guère que ce sont des expressions figurées : en effel , il y en a peu dans la langue qui aient plus de droits à ^tre regardées ^omme propres ; cep^idant quand on le& analyse , on voit qu'eUes ont eu un sens m^aphorique pour les premiers qui les employèrent, et qu'eUes ne dohreoi qu'à l'usage et à une sorte de prescription d'avoir perdu la dénomination défigurées et d'être considérées comme propres. Cette observation s'étend à une partie considérable , peut-être même à la plus grande partie des mots qui composent les langues les plus parfaites. Quelquefois 'même un nom propre exprime une conception générale , et un individu est en quelque sorte généralisé ; ainsi , lorsque le juif Shylock dit dans Shakespeare : ^ Daniel corne éo judgment ; yea ^ a Daniel! dans oette phrase, le nom pr<^re de Daniel est un véritable attribut : Daniel étant un homme d'une sagesse extraordinaire, son caractère est abstrait de sa personne et devient une concep-» tion générale applicable à d'autres individus.

L'abstraction et la généralisation ^nt des &cultés inhérentes à la nature humaine, il n'est personne qui n'en fasse dans le langage un usa^ habituel. Mais de même qu'il est fort différent de voir , et de comprendre comment nous voyons ; de même autre chose est d'e^ cuter ces opérations, autre chose d'expliquer <;omme elles s'accomplissent. L'un est du ressort de tous les hoînmes; c'est un acte naturel que nous accomplissons sans y songer: l'autre appartient aux philosophes; et quoique cette

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recherche ne préseis^ pa» en elle-même beancoùp de diifieulté« , Faffnbiguité du langage et plus «icore les hypo^ thèses des philosophes Pont entourée de ténèbres.

Qiiaod je con$idib*e une biUe de billard , sa eouleur est un attribut que j'exprime par le mot blanc; sa figuré en est un autre que j'exprime par le mot sphérique ; le mot dur me sert à exprimer le degré de ki cohésion ^ ses parties ; le mot élastique , la £siculté qu'elle a de reve^ nir sur elle-même quand elle frappe un corps dur; j'in^dique le caractère spécifique delà matière qui la compose par le mot woire; et l'usage auquel elle est destinée en disant qu'elle est une bille de biUard.

Tous ces mots qui expriment les difFérent^ attributs de ia bille, ont une significatrân distinete, et s'appliquent dans cette signification à une foule d'individus; ils ne désignent pas une chose individuelle ^ mais des attributs commuas à phisîears choses individuelles; un enfant les comprend parfaitement, et tes applique avec justesse à tinis les individus chez lesquels ces attributs communs se rencontrent.

Puisqu'on a donné le même nom d'analyse à la décomposition chimique par laquelle on résout un corps dans ses éléments constitutifs , et à cette résolution d'un objet complexe en ses divers attributs par laquelle nous obtC'noas les plus simples de nos conceptions abstraites , il y a sans doute quelque analogie entre ces deux opérations ; mais il y a aussi une telle dissimititude qu'on tomberait dans de graves erreurs, si on appliquait indistinctement à la seconde tout ce qui appartient à la première.

Il est évident que l'analyse chimique est une opération manuelle, qui s'applique à la matière et qui emploie des instruments matériels; au lieu que l'analyse qui nous occupe est une opération de l'entendement qui n'exige

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point d'instruments^ et qui n'a point d'effets extérieurs. Nous appellerons celle-ci analyse intellectuelle pour la distinguer de l'autre.

Le sujet de l'analyse chimique est le corps compose lui-même; ce sujet nous est si imparfaitement connu, qu'il peut nous paraître parfaitement simple , alors même qu'il renferme plusieurs éléments , et qu'après que nous sommés parvenus à le résoudre dans ses principes constituants, nous ne savons ni comment ni pourquoi un tel corps résulte de la combinaison de ces principes.

Le sel marin , par exemple , a toutes les apparences de la simplicité , ses plus petites parties sont parfaite*^ ment homogènes, et il serait impossible au goût le plus exercé et à l'œil le plus perçant de découvrir qu'il est un composé; cependant l'art du chimiste le résout en acide et en alkali , et le reproduit par la combinaison de ces deux substances. Comment se fait-il qu'un tel composé soit produit par la combinaison de deux substances qui ont avec lui si peu d'analogie? nous l'ignorons : personne,, avant l'expérience , n'aurait deviné que le sel marin fût un composé, ni qu'il pût résulter de la combinaison des deux principes qui le constituent. L'analyse chimique présente en beaucoup de cas les mêmes phéuo^ mènes.

Si l'on veut maintenant y faire attention , on verra qu'il n'arrive rien de semblable dans l'analyse intellectuelle. Pourquoi? Parce que le sujet de cette analyse n'est pas un objet extérieur toujours imparfaitement connu , mais une conception de l'esprit lui-même. Or , il serait contradictoire qu'il y eût dans une conception quelque chose qui ne fût pas conçu.

Je n'aurais pas fait remarquer cette différence entre l'analyse chimique et l'analyse intellectuelle , si quelques

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philosophes n'avaient eu besoin de soutenir à l'appui de leurs systèmes qu'une idée complexe peut paraître parfaitement simple et ne conserver aucune similitude avec les idées dont elle est composée, à -peu -près comme le blanc paraît une couleur simple et ne ressemble à aucune des sept couleurs primitives quoiqu'il ne soit autre chose que la réunion de ces couleurs, ou comme une composition chimique paraît simple et ne conserve aucune analogie avec ses principes élémentaires.

Ces philosophes ont conclu de là que l'idée d'un esprit pourrait bien n'être qu'une combinaison d'idées sensibles , et que toutes les idées que Locke appelle idées de réflexion y ne sont en effet que des compositions de cette nature; ce qui conduit directement à cette autre assertion, que certaines combinaisons delà matière peuvent, produire la pensée , et qu'ainsi l'homme n'est qu'un assemblage de matière organisée.

La base de ce système, comme on le voit, c'est qu'il est possible que nous n'ayons aucun moyen de reconnaître qu'une idée est complexe, parce que certains corps qui sont des composés paraissent simples à nos sens.

On me permettra de faire deux remarques sur la proposition fondamentale de cette théorie.

I® En admettant qu'elle soit vraie, elle n'affirme qu'une possibilité : or, la possibilité est une chose que nous sommes souvent incapables d apprécier ; et lors même qu'elle est évidente et incontestable, on n'a jamais prouvé qu'une chose soit , uniquement parce qu'elle est possible. La possibilité n'est qu'une hypothèse propre à exercer l'esprit et à diriger ses recherches, mais qui n'a point de titre à notre croyance. I^a transition du possible au réel est familière à ceux qui ont de la prédilection pour une hypothèse; mais pour ceux qui cherchent la vérité sans préjugé

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et sans passion, il y ^ entre ces deux choses un siAme qu'ils ne conseillent point à franchir , tant que la chose qui était évidemment possible ne devient pas à leurs yeux évidemment réelle.

a^En second lieu, la possibilité dont il s agit, loin d'être évidente ou appuyée sur des preuves solides j- me paraît renfermer une contradiction dans les termes. Ou le mot idée ne signifie rien , ou il signifie une conception de Tesprit. Dans ce cas, dire qu'une idée complexe peut être composée d'idées simples, sans que la réflexion la plus attentive parvienne à les y découvrir, c'est dire qu'il peut y avoir dans une coBception quelque chose qui n'est pas conçu; c^est dire qu'une chose peut être conçue et ne l'être pas en même temps , ou , ce qui revient au même, qu'une <;l|ose peut à la fois être et n'être point.

Mais , dit-on , le blanc résulte de la combinaison des «ept couleurs primitives^ et cependant il n'a de similitude avec aucune de ces <x>uleurs ? J'en conviens ; mais qu'a ce fait de commun avec la composition des idées ? Pour qu'il eût quelque rapport à la question, il faudrait sou* tenir que, par cela que le blanc est formé des sept couleurs primitives, l'idée de blanc est composée des idées des sept couleurs primitives. Un semblable raisonnement conduirait à des absurdités sans nombre; et, par exemple , comme il y a des fluides opaques qui sont composés de deux Ou de phisieurs fluides transparents , on aurait le droit de dire que l'idée d'un fluide opaque peul être composée de l'idée de plusieurs fluides transparents.

Les voies de la nature dans la composition des corps et celles de l'entendement dans la composition des idées , sont extrémemeut différentes. Il sera permis de conclure des unes aux autres , quand il aura été découvert que les

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idées se combinent par la fermentation et les attractions électives , et qu'elles se décomposent dans les fourneaux du chimiste par l'action du feu et de l'électricité. Jusquelà nous regarderons comme des idées simples celles où nous n'observons aucune trace de composition , et comme les seuls éléments des idées complexes ceux que la réflexion nous y fait apercevoir.

Si l'idée de l'esprit et de ses opérations peut n'être qu'un composé d'idées sensibles, pourquoi Tidée de la matière ne serait -elle pas un composé d'idées intellectuelles ? La force du peut-être est la même dans les deux cas. Et pourquoi l'idée du son ne serait-elle pas un composé d'idées de couleurs, ou l'idée de la couleur un composé d'idées de sons? Pourquoi l'idée de la sagesse n'entreraitelle pas dans l'idée de la folie, et l'idée de la raison dans celle de l'absurdité? Mais laissons ces mystérieux peut-éthe à ceux qui ont une foi assez robuste pour les admettre.

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