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l8 ESSAI II. CHAPITRE XX.
Les philosophes ont soumis à l'analyse ces genres d evidence , pour tâcher de découvrir en eux une nature commune à laquelle ils pussent les ramener. Telle était la prétention des Scholastiques dans leurs ténébreuses disputes sur le critérium de la vérité. Descartes plaça ce critérium dans la clarté de la perception, et posa ce principe célèbre, que tout ce que nous apercevons clairement et distinctement être vrai, Test en effet* : la difficulté est de savoir ce qu'il «ntend par une perception claire et distincte. Locke le plaça à son tour dans la perception de la convenance ou de la disconvenance de nos idées , laquelle perception est immédiate dans la connaissance intuitive, et se produit par l'entremise d'autres idées dans le raisonnement^.
Je me forme, ce me semble, une idée distincte des différents genres d'évidence que j'ai énumérés^ et peut-être de quelques autres encore qu'il n'est pas nécessaire de désigner ici ; et cependant, j'avoue que je suis incapable de découvrir en eux une nature commune à laquelle on puisse les ramener. Le seul caractère commun qu'ils me paraissent présenter, c'est qu'ils nous déterminent à croire, les*uns de cette croyance ferme qu'on appelle certitude , les autres d'une persuasion moins achevée et qui varie selon les 'Circonstances.
Pour nous en convaincre, prenons l'évidence <juî ré* suite du témoignage des sens; prenons-la lorsque ce témoignage est revêtu des circonstances qui établissent son autorité, et voyons, en la rapprochant de chacune des espèces d'évidence que nous avons citées plus haut^ s'il est possible de la ramener à l'une d'entre elles , ou si elle est d'uOe nature spéciale et irréductible.
' Logique de Port-Royal, part. lY, ch. vi.
a Essais, liv. IV, ch. i, p. a ; el chap. III , page 2.