ORIGINE DES ERREURS SUR LA SUBSTANCE
rapports qui les unissent? C'est cependant de ces rap-^ ports que dérivent toutes les lois des sociétés, tous les droits et tous les devoirs qui constituent la morale pu<^ bliquë et privée. Le bonheur des nations, comme celui ded individus^ est donc intéressé dans les erreurs qui pré-* valent tour- à- tour sous le noiti de philosophie, quoique ces erreurs paraissent purement spéculatives. Ce ti'était peut-être pas à fierkeley à faire cette remarque^ lui qui a prêté au scepticisme des armes nouvelles; il l'a faite, parce que la supériorité de son génie et de son caractère rélevait bien au-dessus de tous les préjugés d'opinion. La philosophie tontre laquelle il s'est élevé n'est point celle que nous avons en vue ; tnais ce qu'il a dit de l'une convient à l'autre. Je puis donc me ihettte ii couvert sous Ib nom de Berkeley. Le pastege que je vais citer se t trouve dans le traité' qui a pour titré Itis, § 33i et suiv. ^ Ce n'est pas une chose de petite conséquence a dans un état que le genre d'études philosophiques qui «prédomine; la religion, les mœurs, le gouvernement « civil d'un pays prenant toujours quelque teinture de la a philosophie régnante. Elle n'affecte pas seulement l'esc( prit des savantà qui en font profession , mais elle a une « influence considérable , quoique indirecte et éloignée ^ « ëur les idées des personnes du premier rang et sur la « conduite du peuple entier. N'a-t-on pas vu , par exem- «( pie, la philosophie polémique et scfaplastique produire <( des controverses dans la jurisptudene'e et dans la reli- « gion ? Le Fatalisme et le Sadducéisme n'ont-ils pas ga- « gné du terrain durant cette passion générale pour la
a philosophie corpusculaire et mécanique qui a régné dans a les esprits depuis un siècle? Elle pouvait, je^ l'avoue, a occuper utilement une portion du loisir des personnes « curieuses de ces sortes de recherches ; mais depuis « qu'elle s'est établie dans les universités sur le pied d'un a exercice nécessaire, qui fait une importante partie des « études, elle s'est tellement emparée des esprits, et les <c a si bien fixés aux objets corporels et à la considération a des lois du mouvement que , quoique cela se soit fait « indirectement, par accident et non à dessein, elle n'a a pas médiocrement dégoûté le monde de tout ce qui est « spirituel , intellectuel ou moral. Certainement , si la « philosophie dePythagore et de Socrate eût été en vogue « aujourd'hui, nous n'aurions pas vu la cupidité prendre un <c empire si général et si absolu sur l'esprit des hommes, ni « le zèle du bien public regardé comme une noble extra- « vagance parmi ceux qui passent pour la portion du a genre humain la plus rusée, aussi bien que la plus « avide. Bien des gens croiront que je me moque , si je « dis que les plus grands hommes ont toujours eu une « haute estime pour Platon , dont les écrits sont la pierre <c de touche des esprits légers et superficiels , dont la phi- « losophie fut l'admiration des siècles , qui [fournit des « citoyens , des magistrats , des législateurs aux États les « plus florissans , ^ussi bien que des Pères à l'église et des « docteurs aux écoles. Il est vrai que de nos jours on se te soucie peu de sonder les profondeurs de cet antique sa- « voir. U serait pourtant avantageux à la patrie que ilotre a jeune noblesse , au lieu des doctrines modernes , fût