IV
338 FKAGauBTvtrs.
Aiftsi le scéptidMBws ou le niiiaèsme, qui caracfcérise U philosophie de œe deraiers temps , est ne dfl la «atiété , ée la faligue de croire quelque chose, du besaia de simplifier rout pour dimîm»erie travail de t'inteUigcnce-, de fe coftOefitrutioa de tocrtes les fecwkés dans la sensifciUlé , ;et de oel*6-ci dans le goik si ^ et si unÎTOrsel dtô puissances; et les théories sceptiques, «ises en honoeur par quelques hoiutnes de talent , répandues dans une foule de libres et jusque dans la Irtlérature la pkis frivole, <)nt accru à letir tour raffitiblÎBsemciit général des esprit» et la disposkioii de chaeu» à se foiw? le «entre «t la mewre de toutes choses.
ÎX.
De ÏEspffce.
(extrait par l'éditeur de diffIreiïtes leçons.)
Ni0U8 appelons perception (oette faculté de not«^ esprit <mi , à roocasion de ccrtaiiacs sensations , nous manifeste immédiatement les qualités premict^ de la matière. Les qualités premièfres de ta matière soiït \t seul élément de l'extériorité que nous connaissions; tous iés autres sont sim* plement conçus, et parmi ceuie-ci, kstms ne te seraient point saiis cette coonaiesance préalable , les atxtres pourraient I «trc , roaié ne seiaient point rapportés au-dehors. CW donc par la perception que nous pénétrons dans le «nonde extérieur , que hows jr prenons pied , pour aiott dk«? elle seule franchit l'aibime qui nous en sép»ne , et ia le
sas l'ess^JlCe. 33§
prii^ilége de toucher à cette rive sfoi avitremeiit serait inabordable 4 nous pourrions bien , sans elle, concevoir ^qu'il existe des causes distinctes de la nôtre ; mais , d'une part 9 ces causes nous demeureraient inconnues, et de l'autre , non-iseulement nous ne les rapporterions à aucun corps , mais nous ne les placerions pas même hors de nous, parée qu'il n'y aurait pour nous ni dedans ni dehors*
Les qualités pranières une fois données, les autres élé* nients de l'extériorité , suggérés par divers principes de a<^e nature , apparaissent et se rassemblent autour de ce point &%e dont notre iâftettigence a pris possession. Et d'abord, ea même temps que nous saisirons la soli^ dite et l'étendue , nous ne pouvons nous empêcher de concevoir, parnielà ces qualités que nous percevons, uile réalité que nous ne percevons pas et qui en est le sujet. -Cette conception est celle de la substance ; elle donne l'élément fondamental de la matière ou des corps; car toute matière ou tout corps est un composé indivisible dont la substance est le fond et dont les. qualités sont la forme. Bient6t l'expérience localise dans les corps , et l'induction y fixe d'iune manière permanente, les causes inconnues de nos sensations révélées par le principe de causalité, et qui seraient demeurées éternellement errantes et sons sujet , si les corps n'avaient été découverts par . la perception. Ces causes ainsi localisées constituent dans les ^orps une nouvdie classe de qualités, qui se distinguent des ^alités premières , et par la notion purement rela-^ tive que no|is en avons, et par le procédé tout différent
34o FRAGMÏENTS.
qui nous les donne* La localisation de ces causes com-^ plète l'idée du corps , qui pour nous ne contient rien au-delà de ces trois éléments, les qjaalitésprenpiières^ les qualités secondes et la substance. On a pu voir dans les fragments qui précèdent quelle fut la doctrine de M. Royer^Collard sur tous ces points.
Mais la notion complète du corps n'épuise point la connaissance que nous avons de l'extériorité. L'extériorité est plus étendue que la matière ; car elle embrasse le lieu qui la contient , et la durée au sein de laquelle elle subsiste. L'espace et la durée sont, pour ainsi dire, les deux dimensions de cet infini que nous ne pouvoiis ni nier ni comprendre , et qui enveloppe tout ce qui existe; et il y a pour notre esprit une connexion si étroite^ une dépendance si nécessaire , entre cet infini efc ce. qu'il contient, que nous ne pouvons connaître l'un sans concevoir l'autre, et que nous passons irrésistiblement de la<matière périssable et bordée que nous percevons, à l'étendue sans limites oîi elle est située, et à la durée sans terme dans Lu'iîolle elle apparaît. Pour épuiser la notion de l'extério-* ij. , î a science est donc obligée de passer avec l'esprit de la uotiou des corps à la notion de l'espace et de la durée. C est ce que fit M. Royer-Collard, et c'est dans ce. nouveau progrès de son analyse qu'il nous reste à le suivre.
Quelle notion nous formons-nous de l'espace et comment s'élève et s'engendre en nous cette notion? Quelle notion nous formons-nous de la durée et quelle est l'ori-: gine et la génération de cette notion ? tels sont les deux pjçoblêmes à résoudre. M. Royer-O>llard répondra lui-
DE l'espace. 34 r
même avec étendue à la seconde de ces questions; de tous les sujets qu'il a traités , la durée est celui où il a pénétré le plus avant ; et où il a laissé les traces les plus originales : ses leçons nous fourniront -■ donc de nombreux fragments sur cette matière. L'espace ne semble point. avoir été pour' lui l'objet de recherches aussi approfondies ; quoiqu'il y soit revenu à plusieurs re* prises , on peut dire cependant que c'est une question qu'il a plutôt touchée que traitée; mais il l'a touchée avec justesse et précision; et s'il. n'a pas atteint les dernières limites de l'analyse dans la recherche de l'origine de cette notion , il a^ indiqué du moins k véritable direction, et les points qu'il a reconnus ne sauraient être contestés. Voici en très-fpeu de mots quels sont ces points :
i^ La notion de l'espace existe actuellement dans notre intelligence^ et nous ne pouvons remonter par la mémoire à une époque où elle n'y fut point présente.
2^ L'espace est pour nous ce dans quoi sont placées toutes les choses matérielles , et contenues toutes celles qui ne le sont pas ; il nous est impossible de concevoir rien hors de l'espace. ,
3^' Quand nous essayons de poser des limites à l'espace, nous concevons aussitôt par-delà l'espace que nous avons limité un autre espace qui embrasse ces limites mêmes; en sorte que nous sommes forcés de concevoir l'espace infini.
4**' Nous Vitmaginons pas l'espace infini : imaginer c'est se représenter sous une image, et toute image étant {inie, il n'y a pas d'image possible de l'infini. Mais nous
concewn^ l'espace infini^ c'est-à-dire qu« nQtre raison^ comprend clairemeiit qu'il n% aauraît avou* de bornes.
5"" L'existence de l'espace n,'est point pour nous rela^ tive à celle des corps. Nous pouvons anéantir par la pen* sée tout ce que l'espace contient ; et non-^seulement nou» concevons que l'espace survit à celte destruction ^ maia il nous est impossible de 1 y associer; il résiste à tous le» efforts de notre intelligence pour l'anéasitir. Elle peut concevoir un temps oit les corps n'ex.istaient pas ; éHt ne saurait en concevoir un où Pespace ne fût pas encore ; il est pour elle éternel et indestructible.
6^ Comme il ne dépend point de nous, ni de ne pasir. admettre la réalité de l'espace, ni de lui supposer des bornes , ni d'assigner à son, ^Kistence un commencement ou. une fin , la notion d'un e&paoe réel ^ infini , indépendant des corps y éternel et indestructible, est une notion nécessaire , qui noua> impose une croyance absolue.
Tels sont , d'après M. Royer-^llard , les caractères actuels de la notion de l'espace dans notre esprit. Voici maintenant ce qu'il enseigna sur l'origine de cette notion,
i^ Ija notion de l'espace étant nécessaire, elle neslsiurait dériver de l'expérience. D'ailleurs l'espace ne tombe peint sous l'observation , et quand il y tomberait , comme il est infini, l'observation ne pourrait point l'embrasser.
%^ Cette notion n'est point non plus le fruit du raisonnement. Si on le soutenait , il faudrait assigner le principe supérieur, d'où elle aurait été déduite; c'est ce qu'aucun philosophe n'a pu faire jusqu'ici , et ce qui est in^^ossible.
DB l'ispace. 343^
3^ Il parait donc que la coadeptiou de l'asptce est u» fait primitif et irréductible comiBie la conceplioa desr^ab^ tances , et qu'il faut la rapporter à use loi «pédale et pri<^ mitive aussi de notre inteilîgfeuce^
4^ Toofe la question de rorigiiifl de la notion d-espace consiste donc à déterminer ki eirconâlanoa psjdiologîque dans laquelle elle nous a été primitivement donnée,
5^ Or, s'il est évident^ soloti M. Royer^Colkrd, que la diftrëe ae rë v^e à nous dans le seatirarent de notre identité qui nous est attestée p«r la eoascienee et la mémoire ( i) ne l'est pas moins^ selon If» j qu'aucun fait intérieur ne peut lions su|;gérer l'idée de l'espaee^et que si nous ne sor-* tions jamais de nou&4nêmes , nous ne coocevrions jamais le lieu. CW donc au^-dehors, et dajf^S'lefaît de la percep*. . tioo des corps, qu'il faut chercher l'origine de la noti<>n d'espace.
6^ M. RoyerColbrd pense ia vec Stewart qu'elle aa«& apparaît danS'la perception de la solidité et de l'étendue; ou^ pour mieux dire ^ que l'étendue est déjà de l'espace» En ^fet, ce que notiie tact rencontre c'e&t la solidité, non l'étendue; l'étendue est ûnpflilipâblejnoufS la concevonsq^mine une circonstance de la solidité^ »ou$ v^ la touchons pas comme nous touchons la seilâditëXoiieevoir la solidité étendue, c'est concevcHT la solidité occupant une portion de l'espace; c'est Gonceiioir un espace limilié; or^ ao^s ooixcevona nécessahrement la solidité étendue ; nous concevons donc nécessairement l'espace toutes les Ibis que nous peu^cevons la solidité. Et comme d'aâlleuns il est impossible que nous arrivions à l'idée d'espace directement, c'est-à-dire saos une
344 FiiA.cMEirrs.
occasion qui aous la suggère, «t qu'il n'y à pas de fait antérieur à la perception de la solidité qui implique cette*, idée, on a le droit d'en conclure quec'est dans cette per-. ception que le lieu se révèle pour la première fois à notre^ esprit. Telle est la doctrine qui résulte de ce que M. Royer- Collard et Stewart ont écrit sur ce sujet.
7^ L'idée du lieu n'est point contenue dans celle de la solidité, quoique le lieu soit nécessairement conçu à l'o'ccasion delà solidité. Ces deux notions se touchent et s'impliquent à leur origine; mais l'une n'est pas déduite de l'autre. Aussi voit-on la notion du lieu se dégager librement decelle de la solidité et la laisser bien loin derrière elle dan& son développement. Le lieu n'est pas plutôt conçu qu'il nous paraît indépendant delà matière solide qu'il contient; il subsisterait quand elle serait anéantie; il e&istait avant elle, il existera après,; nous ne pouvons le supprimer nile suspendre par la pensée. D'un autre côté ce lieu limité n'est qu'un fragment d'un lieu plus. vaste , qui est embrassé à son tour par un autre lieu plus vaste encore; notre pensée cherche en vain où il s'arrête ; elle ne tarde pas à se convaincre qu'elle ne peut lui assigner de bornes, qu'il n'en a point , qu'il n'en saurait avoir ; et ainsi s'engendre en elle la notion de l'espace infini.
Tels sont, très-rapidement reproduits , les principaux traits de la doctrine de M. Royer-CoUard sur les caractères et l'origine de la notion d'espace ; nous les avons recueillis de plusieurs passages de ses leçons où il traite de l'espace incidemment-; la plupart appartiennent à Reid , à Stewart , à Kant ; mais il leur a donné une précision sa-n périeure.
DE l'espace. 345
Selon sa coutume, M. Royer-CoUard examina les opi-. nions les plus célèbres des philosophes sur la question. Il rendit surtout un compte étendu de la grande polémiquede Leibnitz et de Clarke sur ce sujet, polémique à laquelle Newton se mêla. On sait que Leibnitz soutenait le plein^ sur ce fondement , que dans un espace vide Dieu pou-^ vait mettre quelque matière , et que , s'il le pouvait , le. principe de la raison suffisaate veut qu'il l'ait fait; d'où, il concluait qu'il n'y a point de vide , que Tespace ne^ diffère point de la matière, et n'est autre chose que la situation et l'ordre des corps. Clarke au contraire défendait par de fort bonnes raisons la réalité de l'espace; mais il ne s'arrêtait pas là; il regardait l'espace comme, ne^ pouvant être aucune sorte de substance , c'est-à-dire comme ne pouvant exister par lui-même; il en concluait qu'il n'est qu'un attribut ; et , comme il est immense , rxé^ cessaire , éternel , qu'il suppose un être nécessaire , éternel et infini comme lui. C'est la démonstration célèbre d,e l'existence de Dieu par l'espace. Il suivait de cette idée que Dieu sent et voit toutes choses en lui comihe nous sentons en nous ce qui s'y passe ^ et que ses perceptions des choses ne sont que la conscience de lui-même, doctrine contre laquelle Leibnitz s'élevait de toutes ses forces. M. Royer-Collard, se plaçant entre ces deux grands adver-» saires, soutint avec Clarke, contre Leibnitz , la réalité de l'espace , et avec Leibnitz , contre Clarke , le vice de la supposition que l'espace est un attribut dont Dieu est la substance. Nous aurions inséré cette discussion dans nos fragments , si elle avait été plus complètement rédigée. Nous
nous conteaterons d'en citer uu seul passage , parcequ'it présente un argument très-ingénieux contre la démonstra* tion trop vantée de Clarke et de Newton.
« Les notions de substance et d'attribut, dit M. Royer- Collard , sont des notions partielles et relatives que nous formons, en divisant mentalement ce que la nature ne divise jamais. Dans le fait, nous ne percevons aucun attribut séparé d'une substance; ce serait un adjectif sans substantif. Il faut donc dire nettement à Clarke que si, pour nous du moins et relativement à la connaissance humaine, l'espace était un attribut de la divinité, par cela seul qu'il vient à notre connaissance il introduirait immédiatement dans notre esprit la notion, et non-seulement la notion, mais la persuasion invincible de l'existence de Dteu; de sorte que Dieu nous serait connu , nous apparaîtrait , en même temps et aussi clairement que l'espace, comme le moi sentant nous est suggéré immédiatement par la sen» sation , et la chose qui résiste par sa propre résistance. Mais on sait trop qu'il n'en est point ainsi , et la preuve en est que tant de créatures humaines , avant et depuis Clarke, ont ignoré l'être unique, éternel et nécessaire dont aucune n'a ignoré l'espace, et que celles qui l'ont connu par le raisonnement, se sont appuyées sur la base bien plus solide de la causalité. On peut donc assurer que l'argument de Clarke n'est pas concluant. »
Condillac avait prétendu , dans son explication de ht notion d'espace , qu*elle est formée par abstractio» ; M. Royer-Collard réfuta également cette opinion. News aurions pu citer un morceau très^court oîi les principanx
DE L^feSPACli;. 547
arguHiems de cette réfutation se trouvent rësumés ; mais comme le même sujet se représente dans les iragmests relatifs à la durée et qu'ij y est traité avec beaucoup plus de développements , nous avous supprimé le fragment dont it s'agit '.
De la Durée.
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