‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 69 sur 84 · CARACTERES GÉNÉRAUX DE LA DURÉE · texte numérisé non relu

CARACTERES GÉNÉRAUX DE LA DURÉE

Rival impuissant de la nature^ l'homme a vainement tenté de créer à soa exemple des mouvements perpétuels; mais il a su produire des mouvements uniformes dans une durée limitée quHl a constatée en la comparant à l'unité invariablexju'it possédait; et par là, la main la plui vulgaire, transportant la circonférence de l'équateur sur un cadran d'un pouce de diamètre, a pu créer une nouvelle mesure du temps plus observable , parce que le temps y marche en quelque sorte sous l'œil du spectateur. Le choix de l'échelle de réduction n'est d'aucune importance et n'influe point sur le résultat ; ce n'est pas en effet l'espace qui mesure réellement le temps;, mais la mesure du temps se déduit d'unç similitude de rapports entre les parties de l'espace et les parties de la durée, dans le mouvement uniforme. Quelle que soit don^c la quantité de l'espace parcouru , s'il l'est uniformément dans le nuême temps qu'un point de l'équateur emploie à décrire la circonférence , nous sommes assurés que la vingt-quatrième partie de cet espace , correspond à la vingt-quatrième partie de la durée.

IL, Origine de la notion de durée.

Le premier jugement de la mémoire renferme les notions de durée et d'identité personnelle; ces deux notions sont distinctes , maïs inséparables. Quand je dis notions ou idées, je parle la langue erronée de la philosophie moderne; dans le vrai , ni la durée, ni l'identité personnelle ne nous sont données par la nature soujs la forme

de notions ou d'idées. La première fois que la mémoire nous fait connaître qu'une chose est arrivée, nous jugeons nécessairement qu'il s'est écoulé une durée entre cette chose et le moment présent; et de plus nous jugeons que nous sommes le même être qui existait au temps où la chose est arrivée. Considérant ensuite cette durée et cette identité d'existence, sans faire attention au jugement qui les renfermait, nous formons les notions de durée et d'identité personnelle.

Non-seulement le jugement de la durée est inséparable de l'exercice de la mémoire , mais la durée ne peut nous être révélée que dans le fait de la mémoire. Nous avons observé une analogie frappante entre notre acquisition de l'étendue et notre acquisition de la durée. Comme ce n'est pas l'étendue que nous touchons proprement et que cependant nous n'aurions pas la notion de l'étendue si nous n'avions jamais touché ; de même la durée n'est pas une intuition proprement dite de la mémoire, et cependant nous n'aurions pas l'idée de la durée sans la mémoire. La durée semble se produire d'elle-même dans chacun des actes de la mémoire , comme l'étendue dans chacune des perceptions du toucher. Ce n'est pas de la durée que nous nous souvenons; mais nous ne nous souvenons point sans concevoir et sans croire fermement que nous avons duré entre l'opération ou l'état de l'esprit dont nous nous souvenons et l'acte par lequel nous nous en souvenons.

Je prie que l'on remarque les expressions dont je me sers. Je dis que nous ne nous souvenons ppint sans croire

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