‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 71 sur 84 · OBIGINE DE LA NOTION DE DUREE · texte numérisé non relu

OBIGINE DE LA NOTION DE DUREE

'sâit-il qu'il dure, avant la succession de ses actes, et fourrait-il rapprendre indépendamment de 'dette succession ?

La question est absolument la mêm«; on ne rélèverait pas , on ne le pourrait pas même , si on se faisait xine idée juste de la succession. Comme la succession présuppose la durée, de même la notion de la succession présuppose la notion de la durée. Où l'esprit classerait-il ses opérations comme antérieures et postérieures , si ce n'est dans la durée? Comment saurait-il que son opération actuelle est seconde , s'il ne se souvenait d'une première? L'exercice de la mémoire précède donc nécessairement la notion de succession; et par ^conséquent la notion de la durée du moi la précède aussi, puisqu'elle est renfermée, comme nous l'avons vu , dans le premier acte de là mémoire. Qu'on ne cherche point la durée dati^ ta succession; on ne l'y trouvera jamais; la durée a précédé la succession ; la notion de la durée a précédé la notion de la smceession.

Elle en est donc tout-à-fait indépendante, dîrà-t-on? Oui, elle en est tout-à-fait indépendante. Il suit de là, ajoutera-t-on , que le moi dure dans chacune de ses opérations , et que si on le -suppose arrêté dans la même , et fixé sur un seul objet, nôn-seulement il connaîtra la durée, mais il durera effectivement tout autant que s'il avait exécuté mille opérations différentes qui auraient eu autant d'objets distincts ? J'en conviens ; je vais au-devant de la conséquence , loin de la désavouer; elle est confirmée par l'expérience. Je pense que dans ilne même ôpé-^ ration, c'est-à-dire dans une opération de même nature j^^

Cl qui serait dirigée vers le même objet , le moi durerait aussi long-temps qu'il aurait la force de la soutenir. Mais comment saura-t-il qu'il dure? Il le saura parce que dans cette opération sans cesse il agit , et sans cesse il sait qu'il agit ; et que, relativement à sa durée qui dérive uniquement de là , il n'y a aucune différence entre agir semblablement et agir diversement. Ceci nous conduit à la véritable origine de la notion de durée. Pour saisir la durée à son origine , il faut remonter plus haut que i'opératioa qui n'est qu'un effet; il faut remonter jusqu'à l'activité qui produit l'opération. En effet, les opérations se succèdent, mais l'activité est continue; les opérations finissent et commencent, mais l'activité est perpétuelle; c'est sa perpétuité continue qui m'atteste mon identité continue, et mon identité continue qui me donne ma durée continue. Nous touchons aux racines mêmes de la difficulté.

Pour la présenter dans toute sa force , je suppose qu'un tableau soit un objet rigoureusement un , et la contemplation ou le regard du tableau une opération rigoureusement une, c'est-à-dire qu'elle ne soit troublée ni interrompue par aucune autre. Me voici regardant le tableau : il s'agit de savoir comment je pourrai savoir que je dure. La durée ne me viendra pas du tableau ; il n'est pas be* soin de le prouver ; elle ne me viendra pas du regard ou de l'action de regarder; cette action est distincte de moi quoiqu'elle m'appartienne , et c'est ma propre durée que je chçrche. Comment donc me verrai-je durer? Dans la supposition que j'ai faite, je regarde uniquement le tableau; mes yeux ainsi que mon attentioa sont donc

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