‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 74 sur 84 · ORIGINE DE LA NOTION DE DUREE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA NOTION DE DUREE

«ne cause; considérée comme cause intellectuelle, elle n'est autre chose que l'attention; on peut donc dire en un sens que l'attention est la cause de la connaissance; mais elle présuppose et la volonté et les facultés.

De la continuité de l'action, naît la continuité de la durée. Si l'action était composée d'actes élémentaires, distincts et successifs , la durée serait une quantité discrète con^me le nombre ; le moi lui-même , qui ne se connaît que par son action, serait un composé ou une addition de moi élémentaires et successifs ; il se sentirait continuellement évanouir et renaître. Mais le moi est un tout qui n'a point de parties ; il se sent continu sans intermittence; et. c'est pour cela que la continuité de la durée n'admet point d'intervalles ; et c'est pour cela encore que l'étendue nous est donnée sous la forme d'un continu , et que , dans le fait , le temps et l'espace sont des quantités physiquement indivisibles quoique mentalement divisibles à l'infini. Dire qu'une quantité est continue et qu!elle est physiquement indivisible , c'est dire la même chose; toutes nos divisions du temps, l'heure, la minute, l'instant , sont idéales et ne le divisent point. On peut dire qu'il y a succession dans les actes du moi en ce sens qu'ils sont de diverses natures, et qu'ils ont différents objets ; mais l'action elle-même ne se résout point en éléments successifs.

Quand je dis que c'est la continuité de la durée qui nous donne l'étendue sous la forme d'un continu , je ne dis point que, dans la nature' des choses, la continuité de la durée précède celle de l'étendue , ou que l'étendue

n'est continue que parce que la durée l'est auparavant : ii n'y a sûrement ni rapport de cansalilé entre deux choses si hétérogènes, ni rapport de suecession entre deux choses que nous concevons également comni€ éter* nelles et nécessaires; je veux seulement dire que nous avons besoin de la continuité de la durée, comme d'un instrument analogue ponr concevoir la continuité de l'étendue. En effet, le progrès de l'esprit dans la conceptioù de l'étendue doit être continu comme l'étendue ellemême : or, il ne le serait pas, s'il ne se faisait pas dans une durée continue. D'un autre côté, la durée n'est pas mpin» nécessaire à la mesure de l'étendue , que l'étendue à la mesure de la durée ; il n'y a point de mesure sans nombre, et il n'y aurait points de nombre sans la durée ; car les éléments du nombre sont successifs.

Puisque la durée du moi dérive uniquement -de son ac* tivité , sans cesse réfléchie dans la conscience et la mé^ moire, il y a donc suspension, non pas de la durée, mais du sentiment de la durée, quand il y a suspension de la conscience et, par conséquent, de la mémoire. Je pense qu'il en est ainsi dans^ le véritable sommeil , dans la défaillance et dans certains états de maladie. Mais il y a deux sortes de sommeil , le sommeil vériUiAé et le sommeil partiel ou imparfait : ce que nous disons ne s'applique qu'au premier; dans le sommeil imparfait, Fin* finence de la volonté est suspendue, mais non la volonté elle-même. Locke et Condillac confondent les états du som* liieil, lorsqu'ils supposent que la durée est absolument et indbtinctement nulle entre l'assoùpissemefit et le réveil.

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