III. Induction de la durée hors de nous
(FKAGMBirr DBS 23" BT 25* LEÇOHS.)
Nous avogoa saisi la Botion de la durée à sou origine dans le premier acte de la mémoire. C'est de nos opérations et de nos sensations que nous nous souvenons : la mémoire est un retour sur nousHnêmes. Ce n'est cepen* dant pas notre durée qui est l'objet propre de la mémoire; mais ucHisne pouvons nous souvenir d'aucune de nos opérations sans croire à notre identité continue depuis cette opération jusqu'au moment où la mémoire nous la rap« pelle. Or, le sentiment de notre identité continue, dérivé de celui de notre activité contenue , n'est autre chose que notre durée. Ce sentiment, on l'appelle la vie. Le mys-* tère de la durée est donc caché dans un mystère plus profond , celui de la vie. Quand est-ce que le moi cornmenqt^ et la vie avec lui? Chacun de nous Ta su pour luimême; mais aucun n'a retenu ce grand événement, quoi« qu'il y ait assisté ; l'observation ne nous l'indique point avec certitude chez les autres; nous pouvons seulement nous assurer que l'être intelligent est né , dès que nous voyons l'individu agir relativement à ce qu'il a &it ou senti auparavant. Il ne faut ,pas dire avec Fichte..et son école que le moi se pose ou se crée; sans doute , il ne se pose ni ne se crée; mais 'il est posé ou créé avant qu'il acquière le sentiment de sa personnalité; il subsiste en le conservant. Nous n'avons aue^e iilée d'une vie qui ne Siérait pas dans le temps ^ d'une vie sans souvenirs ; nous
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n'avons même aucune idée d'une vie dans laquelle la durée passée ne serait pas le gage d'une durée future ; d'une vie sans prévoyance et sans avenir : il nous semble qu'il suffise d'avoir duré pour devoir durer encore.
Mais le progrès de notre durée ne s'arrête pas là. Dés <jue nous avons acquis la notion de la durée ; elle devient indépendante du sentiment de notre existence identique et continue, qui la renfermait. A l'occasion de notre propre durée , nous concevons une durée nécessaire et illi- , mitée, théâtre éternel de toutes les existences et de toutes les successions contingentes , et non-seulement nous la concevons , mais nous sommes invinciblement persuadés de sa réalité.
Nous durons : premier fait; de là nous savons que tout dure : second fait. Remarquez que je dis de là nous sa^ vons que tout dure y et non pas de la tout dure ; ce n'est pas notre durée qui constitué' la durée de toutes choses ; mais, dans l'ordre de l'acquisition de nos connaissances , nous n'arrivons à la durée de toutes choses ^ puis à la durée indépendante des choses qui durent, qu'en passant par la notre. Dès que nous sommes entrés en possession de notre durée , nous sommes forcés de la mettre hors de nous; nous l'y mettons par une induction nécessaire, comme nou^ y mettons la causalité et la substance; c'est-à-dire qu'à Toecasion de notre durée, nous comprenons instinctivement que toutes choses durent, comme si elles étaient luieméme chose avec nous ; et à l'occasion de cette durée de toutes choses, nous comprenons instinctivement une durée nécessaire, indépendante des choses elles-mêmes et de leurs