INDUCTION DE LA DUREE HORS DE NOUS
révolutions , qui n'a pas pu commencer et qui ne pourrait pas finir. Il nous semble que les choses ne durent que parce qu'elles y sont situées , et que nous ne durons nousmêmes que parce qu'elle s'écoule en nous.
Mais cette indépendance de toutes les choses qui durent et de toute durée particulière qu'acquiert tout-à-coup la durée dans l'ordre de la nature , ne brise pas les liens qui l'attachent à la nôtre dans l'ordre delà connaissance. En premier lieu, cette durée universelle^t nécessaire né s'étant introduite dans notice esprit qu'à la suite et à l'occasion de la notre , elle est nécessairement de riiême nature; en second lieu, quelque part cpie nous l'observions ou que nous la mesurions , ce n'est jamais que la notre que nous observons et qu'av«c une mesure prise dans la nôtre que nous la mesurons.
Vous marchez devant moi ^ je vous vois ici , et je me souviens que vous étiez là; il y a là deux choses : l'espace que vous avez parcouru; ce sont les sens qui me le donnent ; la durée qui s'est écoulée entre le moment où vous étiez là et celui où vous êtes ici; c'est ma mémoire qui me la donne; ma mémoire dis-je, et non la vôtre qui BL'est point à mon service. Mais ma mémoire ne peut me donner que ma propre dorée; elle ne peut pas me donner la vôtre ; je ne me souviens que de ce qui se passe en moi , je ne peux pas me souvenir de ce qui se passe en vous. C'est donc ma durée que je saisis entre ma perception actuelle et ma perception passée ; ce n'est pas la vôtre que je saisis entre votre mouvement actuel et votre mouvement passé. Si je sais qu'un temps s'est écoulé entrie
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VOS deux mouvements , c'est parce que je sais qu'un temps s'est écoulé entre mes deux perceptions ; si je conçois que VOUS' avez duré^ c'est parce que j'ai connu que je durais^ et si je mesure votre durée, c'est parce que je puis mesurer la mienne. Je ne vous prête pas ma durée : la durée n'est pas plus à moi qu'à vous ; mais je ne connais la vôtre que par la mienne, et je n'en sais rien que je n'aie puisé en moi. Ce 4i'est donc jamais votre durée que j'observe, mais toujours ia mienne. Encore moins peut-on dire que c'est dans votre durée qne j'observe la mienne , et de votre durée que j'induis ma durée; c'est au contraire dans ma durée que j'observe votre durée, et de ma durée que j'induis la vôtre : à plus forte raison , s'il s'agit d'un corps inanimé, tel que le soleil, qui dure aussi certainement qu'il est étendu, mais dont la durée ignorée de lui-même ainsi que son étendue, échappe à toutes mes facultés.
Ainsi , quoique je conçoive ta durée des choses comme iddépendante de la mienne , cependant comme je ne me souviens que de moi , et que ma durée est la seule dont j'aie le sentiment, c'est de ma durée que j'induis la durée des choses , c'est sur le type de la mienne que je la conçois , c'est par la mienne seule que je puis l'estimer. En d'autres termes, nous ne trouvcms pas la durée hors de nous; nous ne trouvons hors de nous que de l'étendue et de l'impénétrabilité; la seule durée qui bous soit donnée est la nôtre ; quand nous l'avons, elle introduit dansik>tre entendement la conception d'une durée commune à tous les êtres et indépendante de la nôtre , ainsi que de tous les phénomènes du monde matériel ; mais pour apprécier