‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 79 sur 84 · SI LA DURÉE EST ABSOLUE · texte numérisé non relu

SI LA DURÉE EST ABSOLUE

Locke et Condillac ont résolu tous deux la question dont il s'agit/ dans le sens du scepticisme; le premier avec moins d'assurance j le second d'une manière précise et explicite. L'un et Tautre ont été entraînés à cette conclusion par l'impériettse nécessité d'une doctrine qui leur est commune, et qui consiste à résoudre la durée dans la succession de nos idées. Mais Locke, en qui la rigueur philosophique n'étouffe jamais complètement la voix du bon sens , hésite à proclalmer la conséquence qui dérive nécessairement de cette théorie; il n'est point d'accord avec lui - même , et il répond presque dans le même paragraphe oui et non ; au lieuf que Condillac, plus con^séquent mais bien moins raisonnable , décide sans balancer que la durée n'a rien d'absolu , et qu'elle est uniquement relative aux facultés des êtres qui durent. Cette étrange assertion n'est pas seulement pour lui le dernier anneau d'une théorie à laquelle il lui coûterait trop de renoncer; il la soutient en elle-même, et épuise les ressources de son talent à la présenter sous des formes spécieuses. Nous . pèserons les preuves qu'il a rassemblées contre la croyance unanime du genre humain sur le caractère absolu de la durée; mais auparavant nous devons examiner la théorie de la succession, telle qu'elle est admise par Locke et par Condillac. C'est dans Locke que nous la suivrons principalement.

' « Il est évident, dit Locke à qui voudra rentrer en « soi-mêihe, qu'il y a dans son entendement une suite d'i- « dées qui se succèdent les unes aux autres pendant qu'il <« veille. Or la réflexion que nous faisons sur cette suite

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a d'idées est ce qui nous donne Tidée de la succession ; « et nous appelons durée la, distance qui est... entre les ap- « parences de deux idées qui se préscQtent à notre esprit. a — Que la notion que nous avons de la succession et de a la durée nous vienne de cette source , c'est ce qui me « semble suivre évidemment de ce que nous n'avons au- « cune perception de la durée qu'en considérant cetjte « suite d'idées qui se succèdent les unes aux aujtres dans « notre entendement. — Et je ne doute pas que pour un ic homme éveillé qui n'aurait qu'une seule idée dans respri.ty « il n'y aurait aucune distance du moment où elle y entre « au moment où elle en sort. — Lorsqu'une personne fixe <c ses pensées sur une seule chose... il laisse écdiapper sans « y faire réQc^T^ion une certaiqe partie de la durée qui s'é« a coule... s'imaginani: que ce te^ips-là est beaucoup plus « court qu'il ne l'est effectivement... — C'est doue en réflé- « chissant sur cette suite de nouvelles idées qui se prête sentent l'une aprè$ l'autre que nous acquérons l'idée de c( la succession. Et c'est là je crois pourquoi nous n'a- « percevons pas des mouvements fort lents quoique cons- <c tants. Comme ces mouvements successifs ne nous fr^p- €< peut point par une suite constante de nouvelles idées <i qui se succèdent inamédiatement l'une à l'autre dan^ <( notre esprit , nous n'avons aucune perception de mou- <c vement ; car comme le mouvement consiste dans une <€ succession continue, nous ne saurions apercevoir cette « succession sans une succession constante d'idées qui ^n « proviennent. Qu'on juge après c^la s'il n'est pas fort « probable que pendant que nous sommes éveillés , nos

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