SI LA DUR^E EST ABSOLUE
le rapport des espaces parcourus aux temps employés à les parcourir ; elle est plus grande ou moindre , si les espaces parcourus dans des temps égaux sont plus grands ou moindres, ou $i les temps employés à parcourir des espaces égaux, sont plus grands ou moindres. La vitesse appliquée à la succession des idées ^ n'est et ne peut être qu'un rapport de nombres : elle est plus grande ou moindre, selon qu'un nombre plus ou moins grand d'idées ont apparu dans des temps égaux; ou, pour parler une langue plus raisonnable^ selon que l'esprit, dans des temps égaux, s'est dirigé vers un nombre plus ou moins grand d'objets.
Locke avait donc observé que dans des temps égaux, l'esprit contemple ou peut contempler un nombre plus ou moins grand d'objets; et c'est ce fait qu'il énonce quand il dit que les idées se succèdent tantôt plus vite, tantôt plus lentement. Soit le soleil une idée , et le soleil aperçu successivement en différents points de l'espace , une succession d'idées; Locke dira qu'en ce cas, la succession de ses idées est uniforme. Voilà Locke dans le paralogisme des astronomes } il suppose ce qui est en question , savoir des temps égaux ou inégaux, et par conséquent une mesure invariable du temps , avant la succession par laquelle il engendre tout ensemble le temps et la mesure. Pour Locke comme pour les astronomes, la mesure a donc nécessairement précédé l'observation : elle en est indépendante; c'est dans l'observateur, non dans la chose ob^ servée , qu'elle réside. Lpin que ce soit l'observation qui donne la mesure, elle la présuppose'. Comment Locke au*
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rait-il reconnu que la succession des idées est une fausse mesure de la durée , s'il n'avait pas eu la vraie mesure ? Comment aurait-il su que les idées vont plus ou moins vite, c'est-à-dire qu'elles ne vont pas uniformément, s'il n'avait pas eu l'uniformité sous les yeux ? L'allégation même de l'inégalité , prouve la connaissance de l'uniformité; et Locke n'aurait jamais pu écrire que nous ne durons pas uniformément , si ses facultés ne lui avaient ap« pris le contraire.
5. Dans l'hypothèse de Locke, ni la succession des idées ne peut être inégale, ni la durée qui en dérive. En effet si les idées ne durent point , leur succession n'est ni lente, ni rapide, ni accélérée, ni retardée; elle suit un cours absolument uniforme ; c'est le nombre seul qui mesure la durée ; or , il n'y a pas de succession plus uniforme que celle du nombre. Il n'y a pas lieu d'examiner si l'inégalité de la durée a des limites, puisqu'elle est im-i possible.
Ainsi la théorie qui dérive la durée de la succession est convaincue de paralogisme et de contradiction. Les arguments qu'on en dérive contre le caractère absolu de la durée sont donc sans force. Passons maintenant aux raisonnements particuliers de Condillac. Ils se réduisent à deux que nous allons citer.
a L'idée de la durée n'a rien d'absolu, et lorsque nous « disons que le temps coule rapidement ou lentement, cela « ne signifie autre chose, sinon que les révolutions qui « servent à le mesurer , se font avec plus de rapidité ou de a lenteur que nos idées ne se succèdent. On peut s'en con-