SI LA DUB^E I^X ABSOLUE
« vaincre par une supposition. Si nous imaginons qu'un « monde composé d'autant de parties que le nôtre, ne fût « pas plus gros qu'une noisette , il est hors de doute que a les astres s'y lèveraient et s'y coucheraient des milliers « de fois dans une de nos heures, et qu'organisés comme « nous le sommes , nous n'en pourrions pas suivre les mou- « vements. Il faudrait donc que les organes des intelligences (c destinées à l'habiter, fussent proportionnés à des révoa lutions aussi subites. Ainsi , pendant que la terre d« ce ce petit monde tournera sur son axe et autour de son « soleil , ses habitants recevront autant d'idées que nous « en avons pendant que notre terre fait de semblables « révolutions. Dès-loTs il est évident que leurs jours et « leurs années leur paraîtront aussi longs que les nôtres « nous le paraissent '. 3x
ff J'ai prouvé ailleurs que l'idée de durée ne nous offre « rien d'absolu. En voici une nouvelle preuve. Qu'un *f corps soit mu en rond avec une vitesse qui surpasse i< l'activité de nos sens , nous ne verrons qu'un cercle «parfait et entier; mais donnons d'autres yeux à d'au- « très intelligences , elles verront le corps passer successi- «f vement d'un point de l'espace à l'autre. Elles distingue* a ront donc plusieurs instants , où nous n'en pouvons a remarquer qu'un seul. Par conséquent la présence d'une (c seule idée à notre esprit, ou un seul instant de notre « durée, coexistera à plusieurs idées qui se succèdent dans c< ces intelligences, ou à plusieurs instants de leur durée. « < — Mais ce corps pourrait être mu si rapidement qu'il
I Traité des sensatiorUf p. i lo et 1 1 1.
a n'ofTrtrak qu'un cercle aux yeux de ces intelligences* pence clant qu'à d'autres yeux il paraîtrait passer successive^ « ment d'un point de la cit-conférence à l'autre. Nous « pouvons même continuer ces suppositions, et noiis ne « saurions où nous arrêter. Nous n'arriverons donc jamais « à cette mesure commune y dont Locke croit se faire « une idée. — ^Autre supposition. Plaçons dans l'espace des « intelligences qui voient au même instant la terre dans « tous les points de son orbite 4 comme nous voyons nous- « mêmes un charbon allumé, au même instant , dans tous a les points du cercle qu'on lui fait décrire? N'est-il pas «évident que si ces intelligences peuvent observer ce qui « se fait sur la terre, elles nous verront au même instant « labourer et faire la récolte. On conçoit donc comment « parmi les choses qui durent , chacune dure à sa ma- « mc^e^ »
Avant de discuter les arguments de Condillae , arrêtonsnous à deux considérations qui dominent souverainement toute cette matière.
i*^ La division d'iitie quantité donnée en tel nombre de parties que Ton voudra, ne change point la valeur de cette quantité; la grandeur des parties diminue dans la même proportion que leur nombre augmente. L'étendue de Paris, divisée en lieues carrées ou en millièmes de lignes carrées, demeure une seule et même quantité; et il est évident qu'il n'en est pas autrement pour la durée.
2^ L'étendue nous est donnée par deux sens. Le sens de la vue ne nous donne point l'étendue réeUe , mais
* j4rt dépenser, p. x5o et i5i