CHAPITRE XXI
DU PEKFECTlQSrirEMSftT DES SSIfS.
Nous podîvons coBsidérÈr nos sens sous deù% rapports ; coii>t^ source de plaiéir et de doulear ^ et coimoe source d'inatruclion.
Sotis le premier rapport, ib ûe réelameat ni tt^dmet* teût aucuD perfêctioiHieineDt. he& sensatfoiis àgtédiAes et désagréables sont des moyens que la nattireeii) ploie pour d^ certaines fins; le degré de chacune répond à $â fin partieu'ltère, et ce serait l'en détourner que de vonloir la diminuer ou l'accroître.
La douleui^ pfaiysique indiqua toujours qlielqtie (ïésc^dre dans le cDrps, et elle nous avertit tfy porter remède. Nous sommes natureliement . disposés à pn>£te(r de éet avertissement et à prévenii' on éloigner Id mal autant qu'il déjieudde nous^ par là tempérance, l'exercice^ le régime, ou les secours de la médecine. Lorsque nous n'fttoâs aiitôun: moyen de prévenir ou d'éléigner la douleur, elle est merveîtlensement adouciie par le courage et la patience^ L'ame qui lui est supérieure est éprouvée, elle n est pas malheilretise. La douleur ne laisse poiiit dé roEtiords après elle ; soufferte dans une bonne Cause , et supportée aivec dignité , elle devient un triomphe : les sauvages^ mêmes savent vaincre l'horreur des toixrments, et dans tous les pays de là terne , le devoir , Tbonneur , l'opinion j et souvent de misérables intérêts font braver chaque jour les maux le» pius aigu».
Uestcertain que la vie présente est une condition labo-
rieuse, pleine de douleurs et de dangers; rhommele plus heureux n'est pas celui qui souffre le moins , maïs celui dont Tame sait supporter la souffrance avec le plus de fermeté.
Nos facultés actives et perceptives s'améliorent et se perfectionnent par l'exercice : ainsi le comporte notre constitution. Par une loi contraire , plus les sensations agréables ou désagréables se répètent , plus elles s'affaiblissent. L'habitude peut rendre supportables et même indiffë-* rentes à la fin , les sensations les plus pénibles; les sensa-^ tiens agréables peuvent devenir insipides , et causer enfin le dégoût. Les plaisirs sensibles sont renfermés dans des limites que la nature a posées et qu'elle garde elle-même; tout ce qu'on fait pour les franchir est aussi inutile pour le bonheur qu'avilissant pour la dignité de l'homme.
L'homme qui se contente d'obéir aux lois de la nature dsttis la satisfaction des besoins corporels et qui méprise les raffinements de la volupté, recueille toutes les puissances que les sens peuvent donner. Si une vie douce et voluptueuse rend la sensibilité plus susceptitjle au plaisir , elle la rend en même temps plus susceptible à la douleur dont personne en ce monde ne peut éviter les atteintes; elle la dispose en outre à une foule de maladies qu'une vie plus simple aurait éloignées.
Les sens considérés comme source d'instruction , sont' susceptibles d'un perfectionnement étendu et qui mérite tout^e l'attention du philosophe ; car si nous avons des facultés plus nobles, nous n'en avons pas de plus utiles : tout ce qu'il nous est donné de savoir du monde matériel, les suppose; et le philosophe leur doit, comme le pâtre, la plus grande partie de ses connaissances.
Quelques-unes de nos perceptions peuvent être appelées originelles ou primitives, parce qu'elles n'impliquent