DE L OPINION
Chaque appétit, chaque désir, chaque affection , u'a en vue que sa satisfaction propre et actuelle. Celui qui n'aurait pas d'autre guide , ressemblerait donc à un vaisseau sans pilote et par conséquent sans, destination ; chez lui point de caractère fixe ; la bienveillance et la, méçhauceté, la complaisance et la maussaderie,.la supercherie et la probité, domineraient tour-à-tour, selon le vent de la passion et les fluctuations de l'humeur. ' Il faut que tout homme qui poursuit un but, bon ou mauvais, déploie de l'activité, fût-il le plus enclin du «nonde à l'indolence , et qu'il tienne la bride à toute passion, à totit appétit qui voudrait l'éçajrter de sa route. Ce n'est pas seulement dans les sentier^ de la: vertu qu'on fait connaissance avec les privations et l'abnpgation de soimême; elles se rencontrent sur tous les chemins qui conduisent à un but arrêté , que ce but soit le pouvoir, l'or, ou même le plaisir. Pour garder un caractère uniforme et constant, il faut des sueurs, dçs fatigues, et souvent des combats obstinés avec les inclinations du moment.
Et toutefois celui qui dans la vie poursuit fermement un but quelconque , malgré le frein qu'il doit souvent imposer à ses plus violents désirs, malgré l'abnégation qu'il lui faut parfois pratiquer, goûte en somme plus de jouissance que l'homme sans destination, et qui n'a d'autre soin que de satisfaire en lui l'inclination du moment.
Il faut qu'un chien de chasse poursuive le gibier pour jouir de la part de bonheur qui revient aux chiens de son espèce. Enfermez-le au logis, nourrissez-le d'aliments succulents, donnez-lui tous les plaisirs dont sa nature est susceptible, vous n'en ferez qu'un animal languissant , engourdi , malheureux: aucune jouissance ne peut suppléer à l'exercice auquel la nature l'a destiné. Faites qu'il puisse librement s'y livrer, ni la souffrance, ni la faim, ni la fatigue ne
Il8 ESSAI III. PART. II. — CHAPITRE VIII.
lui semblent des maux; retenez-le , rien ne lui plaît, et la vie lui pèse.
Ce n'est point manquer de respect à la race humaine f que de dire , que l'homme comme le chieq est fait pour la chasse, et ne peut trouver de bonheur que dans une poursuite animée. Il a, j'en conviens, une plus noble proie , mais il faut également qu'il la poursuive ; autrement il végète, ses facultés s'engourdissent, ses esprits s'abattent , et l'existence lui devient un insupportable fardeau.
Même le chasseur de renards , qui n'a pas une piaf haute visée que ses chiens , jouit plus que celui qui n'en a aucune; il tend à une fin, et c'en est assez pour animer ses esprits, lui faire mépriser le plaisir, et supporter avec gaîté le froid, la fatigue et lajfaim :
Manet sub jove frigido Venator, tenerœ conjugis immemorj Seu visa est catulis cerva fidelibus , Seu rupit teretes Marsus aper plagas.
<«/V»«^«%'»'»«/%^<fc/»'V«/«^*'%^*>«/% '%.'«. -*«/«/% %/«^»% «,-»<«S%^%'«. •%.-«. «.-%%.«.-«.%^'%«.«.'%«.-%^».«/Wv>«.-t %.<«/V^'«-«