‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 24 sur 81 · DES PRINCIPES RATIONNELS I> ACTION · texte numérisé non relu

DES PRINCIPES RATIONNELS I> ACTION

porter aucun jugement sur des matières abstraites et générales, sans quelque degré de raison.

Si donc il y a des principes d'action , dans la constitution humaine, qui, par leur nature , impliquent nécessairement un jugement de cette espèce, nous pouvons appeler ces principes rationnels , pour les distinguer des principes animaux ; qui impliquent le désir et la volonté, mais qui ne supposent point le jugement.

Toute action délibérée est accomplie comme moyen ou comme fin ; comme moyen, c'est-à-dire en vue d'un but auquel elle conduit; v comme fin , c'est-à-dire pour ellemême, et sans égard à un but étranger.

On n'a jamais contesté qu'une des fonctions de la raison ne fût de déterminer les moyens les plus propres à atteindre les différents buts que nous nous proposons. Mais quelques philosophes, et Hume en particulier, pensent qu'il n'est pas dans ses attributions de déterminer les buts que nous devons poursuivre, ni la préférence que l'un doit obtenir sur l'autre. Ce n'est point là, selon Hume, l'afF#ire delà raison, mais celle du goût ou du sentiment.

S'il en est ainsi, ou ne peut sans impropriété ranger la raison parmi les principes d'action } son rôle est simplement de servir ces principes, en déterminant les moyens de les satisfaire. Aussi Hume soutient-il que la raison n'est pas un principe d'action , mais qu'elle est, et qu'elle ne peut être que l'instrument des passions.

Je démontrerai que parmi les divers buts des actions humaines , il en est que sans la raison nous ne pourrions même "pas concevoir, et qui, en vertu des lois de notre constitution, deviennent, aussitôt qu'ils sont conçus , non pas seulement des principes d'action , mais des principes régulateurs et souverains, auxquels tous les principes animaux sont subordonnés et doivent obéir.

12a ESSAI III. PART. I.lf. CHAPITRE II.

Ce sont ces principes que j'appelle rationnels f par la double raison qu'ils ne peuvent exister que dans un être raisonnable , et qu'une conduite -conforme à ces. principes est ce qu'on a toujours appelé une conduite conforme à la raison.

Les buts d'action que la raison seule peut nous faire concevoir sont au nombre de deux, V intérêt bien entendu, et le devoir. Ils ont entre eux des rapports très-étroits, nous prescrivent la même conduite , et se prêtent un mutuel secours. Aussi les a-t-on confondus sous le seul titre de raison. Mais comme on peut les séparer, et que ce sont réellement des principes distincts d'action , je les examinerai séparément*

Page 1