‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 26 sur 81 · DE L'INTÉRÊT BIEN ENTEKDU · texte numérisé non relu

DE L'INTÉRÊT BIEN ENTEKDU

a quodhaec tantum quantum sensu movelur^ad idsolum « quod adest, quodque praesens est, se accomodat, pau- « lulumadmodùm sçntiens paeteritum aut futurum: liomo « autem quoniam rationis est particeps , ppr quam conse- « quentiaâ cernit, causas rerum videt,earumque praegres- « sus et quasi antecessiones non ignorât; similitudines « comparât, et rébus prœsentibusadjungit atque annectit « futuras; facile totius vitae cursum videt, ad eamque de- « gendam praeparat res necessarias (i). »

J'observe maintenant, qu'aussitôt que nous avons la . conception de l'intérêt bien entendu, notre nature nous porte à nous y attacher et à le rechercher ; et cette propension devient non-seulement un principe d'action , mais un principe régulateur et souverain, auquel il nous paraît que tous les principes animaux doivent être subordonnés.

Je suis très porté à croire avec le docteur Price , que dans les êtres intelligents, le désir du bien et l'aversion du mal sont unis par un lien nécessaire à la nature intelligente, et qu'il implique contradiction qu'un être ait la notion du bien et celle du mal sans avoir en même temps du goût pour l'un et de la répugnance pour l'autre. Peut-être y a-t-il encore, entre l'entendement et lés meilleurs de nos principes d'action, d'autres rapports nécessaires que la faiblesse de nos facultés nous empêche de saisir : nous avons tout lieu de croire qu'aux yeux de l'Intelligence suprême ils sont inséparablement unis.

Préférer un plus grand bien éloigné à un moindre qui est présent, accepter un mal actuel pour éviter * un plus grand mal ou pour obtenir un plus grand bien futur, c'est au jugement de tous les horomep une con-

* Cicero, deOfficiis, lib. I.

ia8 ESSAI HI. PART, III. CHAPITRE II.

Et en .effet une même situation , une même manière d'être , fait le bonheur de l'un , le malheur de l'autre , et semble parfaitement indifférente à un troisième. Nous voyons des hommes dont la vie entière est rendue misérable par de vaines frayeurs ou d'iuquiets désirs qui n'ont d'autres fondements que de fausses opinions. D'autres* s'épuisent en journées laborieuses et en nuits sans sommeil pour saisir un but qu'ils n'atteignent jamais , ou qui ne leur donne, s'ils en viennent à bout, qu'un plaisir douteux si ce n'est pas un dégoût positif.

Les misères delà vie auxquelles personne ne peut échapper sont loin de produire le même effet sur tous les hommes. L'événement qui jette l'un dans le désespoir et dans la. plus profonde infortune, fait ressortir la vertu et la magnanimité de l'autre. Celui-ci reçoit le malheur comme le lot de l'humanité, et comme une leçon du père miséricordieux et sage que nous avons dans le ciel; il s'élève au-dessus de l'adversité; il devient plus sage et meilleur, et par conséquent plus heureux.

Il est donc de la dernière importance pour la conduite de la vie d'avoir de justes notions des biens et des maux qu'elle présente ; or c'est à coup sûr l'office de la raison de corriger nos opinions fausses , et de nous en donner de justes et de. conformes à la vérité.

En effet , Jes passions et les appétits des hommes les rendent souvent indociles aux décisions de leur raison , et insensibles à ce qu'elle déclare le plus grand bien. On. peut appliquer à toute déviation volontaire de notre véritable intérêt ou de notre devoir le vers de Juvénal: Video meliora proboque , détériora sequor. Quand nous agissons ainsi , nous nous condamnons nous-mêmes , nous savons que nous nous conduisons comme les bêtes, tandis que nous devrions nous comporter en hommes; nous som-

de l'intérêt biik ewtendu. 129

mes convaincus que la raison aurait dû réprimer la passion, et non lui céder lâchement.

Lorsque les conséquences de notre conduite retombent sur notre tête nous nous les imputons à nous-mêmes ; nous nou% reprochons amèrement rfbtre folie , et nous sentons que qous en aurions encore du regret quand même nous n'en serions pas responsables devant Dieu. Nous avons péché contre nous, et attiré sur notre tête un châtiment mérité.

D'où nous pouvons conclure que si le principe de l'intérêt bien entendu ne nous donne pas l'idée de bien et de mal dans la conduite, elle nous donne du moins celle de sagesse et de folie. Quand les passions et les appétits rendent à ce principe l'obéissance qu'ils lui doivent , il produit en nous une sorte d'approbation intérieure, et une sorte de remords et de désapprobation quand il leur cède à son tour.

Sous ce double rapport, le principe de l'intérêt ressemble tellement .au principe moral ou à la conscience avec lequel il est d'ailleurs si généralement en harmonie , qu'on les confond ordinairement l'un et l'autre sous le seul et même nom de raison. Cette ressemblance a conduit beaucoup de philosophes de l'antiquité et quelques-uns des temps modernes à résoudre la conscience ou le sentiment du devoir dans l'intérêt bien entendu.

Quand j'en viendrai à traiter de la conscience , j'aurai occasion de faire voir que ces principes d'action sont toutà-fait distincts, quoiqu'ils nous prescrivent le même système de conduite.

i3o essai m. — Fart. iii. — chapitre iii.

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