DU DEVOIR ET DE L'OBLIGATION MORALE
qtier , serait ici d'un grand poids , parce qu'il n'avait pas coutume d'adopter légèrement les opinions du vulgaire.
« Ceux qui nient la réalité des distinctions morales, « dit - il , peuvent être placés parmi les disputeurs de « mauvaise foi, qui ne sont point persuadés des opinions « qu'ils soutiennent, et qui s'engagent dans la discussion « par envie de contredire, par affectation , ou par le désir « de faire étalage d'un esprit supérieur au reste des hom- « mes. On ne saurait se persuader qu'un homme raisonor nable ait jamais pu croire sérieusement que tous les carac- « tères et toutes les aptions méritassent également l'amour « et l'estime de tout le monde. »
« Quelle que soit l'insensibilité d'un homme, il ne lais- « sera pas d'être souvent touché" par les images du juste a et de l'injuste , et quelle que soit la force de ses préju- « gés , il me pourra s'empêcher de voir que les autres sont « susceptibles de la même impression. Ainsi le seul moyen « de convaincre un adversaire de ce caractère est de l'aa bandonner à lui-même ; car s'il ne trouve personne qui « veuille s'engager avec lui dans la dispute , il y a tout lieu « de croire que l'ennui suffira à la fin pour le rappeler « au bon sens et à la raison x. »
Ce que nous appelons juste et honorable dans les actions humaines, les anciens l'appelaient honestum,rl xuKgv. C'est, d'après Cicéron, ce que nous regardons comme louable en soi, quand même personne n'en ferait l'éloge. « Quod verè dicimus, etiamsi à nullo laudelur, naturâ <c esse laudabile. »
Toutes les sectes anciennes , excepté celle d'Épicure , . distinguaient Y honnête de Y utile, comme nous distinguons le devoir de l'intérêt.
i Recherches sur les principes de la Morale, § i,