‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 41 sur 81 · DES NOTIONS DE LIBERTÉ ET DE NÉCESSITÉ MORALE, IQI · texte numérisé non relu

DES NOTIONS DE LIBERTÉ ET DE NÉCESSITÉ MORALE, IQI

de ses fers et qu'on lui ouvre la porte de la prison. Cette liberté est celle qui est définie dans l'objection , et je conviens qu'elle n'a rien de commun avec la volonté, pas plus que l'emprisonnement; car aucune contrainte extérieure ne peut atteindre la volonté.

a° Quelquefois on entend' par liberté le contraire de l'obligation imposée par la loi ou par l'autorité légitime. Cette liberté est le droit d'agir d'une manière ou d'une autre dans les choses que la loi ne commande ni ne défend; c'est de celle-là que nous entendons parler lorsque nous parlons des libertés naturelles de l'homme, de sa liberté civile, de sa liberté chrétienne, il est évident que cette liberté aussi bien que l'obligation qui est son contraire, s'étend à la volonté; car c'est la volonté d'obéir à la loi qui constitue l'obéissance, et ta volonté de la transgresser qui constitue la transgression. Sans volonté, l'obéissance et la transgression seraient également impossibles. Qui dit loi suppose la faculté d'obéir et de désobéir; la loi n'anéantit pas cette faculté; elle lui propose des motifs d'obéissance empruntés au devoir ou à l'intérêt, et lui laisse le pouvoir de céder à ces motifs ou de courir les périls de la transgression.

3° Quelquefois enfin on entend par liberté le contraire de la nécessité, et dans ce sens la liberté s'applique aux déterminations de la volonté seulement, et point du tout aux actions qui sont la conséquence de ces déterminations.

Dans toute action volontaire , la détermination de la volonté est l'élément principal, et le seul qui règle le mérite moral de cette action. Une grande question s'est élevée parmi les philosophes. La détermination de l'agent , ontils dit, n'est-elle pas dans tous les cas la conséquence nécessaire de sa constitution et des circonstances dans les-

quelles il est placé ? ou bien a-t-il le pouvoir dans tous les cas de se déterminer indifféremment dans un sens ou dans un autre ?

C'est cette manière d'entendre les mots de liberté et de nécessité, qu'on a appelée la notion philosophique de la liberté et de la nécessité. Mais cette acception n'est point du tout particulière aux philosophes. Dans tous les siècles, les hommes les plus grossiers ont invoqué cette sorte de nécessité, pour se justifier, ou pour laver leurs amis des mauvaises action» qu'on leur reprochait, bien que toute leur conduite impliquât la ferme conviction que cette prétendue nécessité, n'existe pas.

Je Caisse à juger au lecteur si cette notion de la liberté morale est ou n'est pas compréhensible. Quant à moi, je ne trouve, à la concevoir, aucune difficulté. Je considère la détermination de la volonté comme un effet ; cet effet implique une cause, capable de le produire; cette cause est, ou la personne qui veut, ou un être différent : l'un est aussi aisé à concevoir que l'autre. Si la personne ellemême est la cause de la détermination de sa volonté, elle est libre dans l'action voulue, et cette action , bonne ou mauvaise , peut lui être légitimement imputée ; mais si c'est un autre être qui est la cause de la détermination, que cet être la produise immédiatement ou par quelque intermédiaire dont il dispose , cette détermination lui appartient; elle est son acte, son fait, et c'est à lui seul quelle doit être imputée.

« Mais, dit-on, rien n'est en notre pouvoir que ce qui dépend de notre volonté , la volonté elle-même ne saurait donc être en notre pouvoir. »

Je réponds que c'est là un sophisme, et que ce sophisme consiste à prendre une maxime vulgaire dans un sens qu'on ne lui prête jamais, dans un sens directement contraire à celui qu'elle implique. ,

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